[Chronique corse] Michel-Edouard Leclerc défend le « consommateur » et Manuel Valls la « République » - par Paul Le Guern

[Chronique corse] Michel-Edouard Leclerc défend le « consommateur » et Manuel Valls la « République » – par Paul Le Guern

22/12/2012 — 14h00
PARIS (NOVOpress Breizh) — Nuit du dimanche 9 septembre 2012 :
Les clandestins du Front de libération nationale de la Corse –Union des combattants (FLNC-UC) s’en prennent à la grande distribution. Sept supermarchés, la plupart sous l’enseigne Leclerc, sont soufflés. Dans un communiqué rendu public quelques jours plus tard, le FLNC-UC en revendique la paternité, dénonçant « les prix [qui] n’ont jamais été aussi élevés en Corse […] et des hausses sans aucune mesure avec les nécessités de la saison touristique ». Dans ce texte comminatoire, les indépendantistes mettaient « en demeure [les enseignes visées] de baisser significativement les prix pratiqués avant le mois de décembre 2012 et de modifier leur stratégie en s’imposant comme axe prioritaire une politique privilégiant au maximum les produits issus de l’économie corse ». (Le Monde, 11/12/12)

D’habitude prompt à se répandre sur les radios et les télés pour dénoncer les agissements soit du Gouvernement, soit des industriels de l’agro-alimentaire, et pour vanter, subséquemment, les mérites du groupe Leclerc qui, lui, défend les intérêts du « consommateur », Michel-Edouard Leclerc est demeuré, cette fois, étrangement silencieux. A la vérité, la prudence lui commandait d’éviter tout propos qui aurait pu être interprété dans l’Ile de Beauté. Avec, à la clé, des conséquences fâcheuses pour les autres centre Leclerc. Se taire était donc la meilleure solution pour un homme habitué à « communiquer » tous azimuts et à se prendre pour Dieu le Père.

Cela dit, il serait intéressant de savoir si les méthodes bruyantes du FLNC-UC ont donné be bons résultats : les prix ont-ils baissés ? Si oui, on serait obligé d’en déduire que l’organisation en question fait preuve de d’avantage d’efficacité dans la défense du pouvoir d’achat du « consommateur » que les associations dont c’est théoriquement le métier (UFC Que choisir ? et compagnie). Quant aux paysans corses, ont-ils obtenu la place qu’ils méritent dans les centres Leclerc ? Sans que des directeurs se croient obligés de les écraser question prix.

Dans leur communiqué, les clandestins ont oublié de préciser qu’une opération aussi radicale pouvait également trouver sa source dans le refus des patrons des centres Leclerc de payer l’« impôt révolutionnaire ». Trois mois plus tard, les roitelets en question ont-ils régularisé leur situation, sans oublier les pénalités de retard ? Ont-ils sollicité des délais de paiement au percepteur du FNLC-UC ? Ont-ils négocié une réduction de l’impôt dû à la cause corse ? Voilà qui aurait mérité des explications approfondies de la part de Michel-Edouard Leclerc. Dans ce dossier, on veut bien admettre le désarroi d’un homme habitué à régler ses problèmes – petits et grands – au moyen d’un coup de téléphone au ministre concerné…

Soirée du vendredi 7 décembre 2012 : Plus de vingt résidences secondaires sont sérieusement endommagées ou détruites par des explosions. Cette « nuit bleue » fait suite à une première organisée le 11 mai ; celle-ci avait également visée une vingtaine de résidences secondaires. Le FLNC avait prévenu ensuite qu’il ne laisserait pas « s’installer impunément plus de 4.500 résidences secondaires en dix ans » sur une île qui compte « 300.000 âmes ».

Mais le ministre de l’Intérieur n’entend pas se laisser impressionner. Dès le lendemain, il réagissait à la seconde nuit bleue : « Ceux qui commettent des crimes, ceux qui font exploser des villas doivent savoir que la volonté et la détermination de l’Etat de mettre fin à ses agissements criminels sont totales. » Manuel Valls a promis une « politique de harcèlement contre ces individus » (Journal du Dimanche, 09/12/12). Tout cela est bel et bon mais le ministre devrait se méfier de tout ce qui peut ressembler à du « harcèlement », qu’il soit moral ou sexuel. Ce sont des actes réprimés par le Code pénal. Dans sa précipitation, Manuel Valls l’a oublié.

Bien sûr, on peut songer à monter en puissance, en passant du « harcèlement » au « quadrillage ». En 1959, le général Maurice Challe – successeur de Raoul Salan – s’y était essayé en Algérie. Son « quadrillage » avait donné de bons résultats, certes, mais pas suffisamment pour parvenir à éliminer complètement les maquisards du FLN. Il est quasiment impossible de venir à bout d’une action révolutionnaire qui s’appuie sur une population – ou sur une partie de la population. En 1920, les Britanniques en ont fait les frais en Irlande ; l’IRA obligea une armée victorieuse sur le continent (Guerre 14-18) à rentrer dans ses foyers. Ce fut la naissance de l’« Etat libre d’Irlande ».

« On défie en permanence la République », constate Manuel Valls. Sa réponse musclée : « Mobilisation totale de tous les services de police, de gendarmerie et de renseignements, aussi bien à l’échelon local que central ». Qu’ on se le dise…

Paul Le Guern

Crédit photo : Sanggi via Flick (cc).