États-Unis : la Bible corrigée « pour exclure les interprétations homophobes »

États-Unis : la Bible corrigée « pour exclure les interprétations homophobes » – par Flavien Blanchon

18/12/2012 — 12h00
WASHINGTON (NOVOpress) —
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Il s’agit d’une réédition corrigée de la King James Bible (du nom du roi Jacques VI d’Écosse devenu Jacques Ier d’Angleterre), la traduction de référence dans la culture anglicane, dont le quatrième centenaire a été célébré l’année dernière. Le roi Jacques ayant eu un goût marqué pour la compagnie de beaux jeunes gens, cette nouvelle édition a été finement rebaptisée The Queen James Bible (photo ci-dessus)…

Les éditeurs sont restés anonymes mais ont manifestement une réelle culture biblique. Il doit s’agir de pasteurs ou de pastoresses d’une Église protestante libérale, peut-être de l’Église épiscopalienne américaine, toujours à la pointe du politiquement correct, et qui se réclame de la tradition anglicane.

Les éditeurs ont identifié huit versets bibliques susceptibles d’être utilisés pour prouver que « l’homosexualité est un péché ». Ils ont donc corrigé leur traduction « d’une manière qui rend les interprétations homophobes impossibles ». Chaque correction est justifiée par une exégèse élaborée, sinon très convaincante.

Ainsi, en Lévitique 18, 22, selon la King James Version : Thou shalt not lie with mankind, as with womankind: it is an abomination Tu ne coucheras pas avec un homme comme on fait avec une femme : c’est une abomination »). Les éditeurs soutiennent qu’il s’agit uniquement de « rituels païens archétypaux du culte de Moloch », qui incluaient des relations sexuelles avec des prostitués sacrés. Ils retraduisent donc : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on fait avec une femme dans le temple de Moloch : c’est une abomination » (Thou shalt not lie with mankind as with womankind in the temple of Molech: it is an abomination). Il est sûr qu’avec cette addition, l’interdit ne risque plus de concerner grand-monde aujourd’hui.

Le passage le plus délicat est Romains 1, 26-27 : « Leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature; de même aussi les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont, dans leur convoitise, brûlé l’un pour l’autre, commettant hommes avec hommes ce qui est inconvenant, et recevant en eux-mêmes le juste salaire de leur égarement » (their women did change the natural use into that which is against their nature: And likewise also the men, leaving the natural use of the woman, burned in their lust one toward another; men with men working that which is unseemly, and receiving in themselves that recompence of their error which was meet). En Angleterre, il y a un an, une lecture publique de ce texte avait même été interdite par la police pour homophobie.

Mais, là encore, les éditeurs de la Queen James Bible ont la réponse : il s’agit du culte païen, puisque « nous savons que le sexe, aussi bien le sexe hétérosexuel qu’homosexuel (qui n’étaient pas distingués l’un de l’autre à l’époque), était une composante extrêmement importante du rituel païen ». Le sens est que les femmes exécutaient des danses rituelles et que les hommes, pendant ce temps, pratiquaient le culte païen. Voici donc la traduction revue : « Leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature; de même aussi les hommes, privés de l’usage naturel de la femme, ont, dans leur convoitise rituelle, brûlé l’un pour l’autre, commettant hommes avec hommes ce qui est païen et inconvenant ».

Réactions indignées et prévisibles de la part des conservateurs évangéliques, qui se déchaînent dans les commentaires sur Amazon. Joe Carter, une figure de la droite religieuse, qui avait notamment été un des organisateurs de la campagne de Mike Huckabee aux primaires républicaines de 2008, parle pour sa part de bowdlerisation (du nom du Dr Thomas Bowdler, auteur au début du XIXème siècle d’une célèbre édition expurgée de Shakespeare). Au XIXème siècle, accuse-t-il, on expurgeait les obscénités dans Shakespeare, aujourd’hui on corrige ce qui est politiquement incorrect dans la Bible.

D’autres noteront que, pour rendre la Bible gay friendly, les éditeurs de la Queen James Version l’ont rendue encore plus anti-païenne. C’est de la discrimination. Tant qu’à expurger la Bible, pourquoi ne pas en corriger aussi les passages anti-païens ? Il est urgent de lutter contre la paganophobie. Réclamons des lois pour criminaliser la paganophobie !

Flavien Blanchon

Crédit photo : DR