Une sacrée chance pour la France - Par Julien Jauffret

Une sacrée chance pour la France – Par Julien Jauffret

C’est une formule magique que l’on se répète de plateaux télé en plateaux télé. Une incantation religieuse. Certains y croient, d’autres la répètent sans conviction. Dès que le sujet de l’immigration est abordé, il y a toujours un sociologue de service, de préférence docte et donneur de leçons, ou un technocrate évaporé pour la placer : « N’oublions pas que l’immigration est une chance pour la France! » A la manière des dépêches au bas de l’écran sur les chaînes d’information en continu, il faudrait faire défiler adresse et revenus de ceux qui parlent à la TV, on y verrait soudain plus clair. Le dernier en date, c’est Vincent Cespedes, le philosophe de « l’encouplement » et du « mélange ». Un vrai bonheur de l’entendre nous expliquer, dans l’émission de Frédéric Taddéï, « Ce soir ou jamais », que « l’immigration est une chance, pas simplement pour le rayonnement de la France, mais aussi sur l’interrelationnel » (sic): « La possibilité d’avoir des étrangers chez nous, c’est une richesse humaine extraordinaire en terme de partage culturel ». Personnellement, ça fait vingt ans que je vis à proximité d’un grand quartier chinois de Paris et je n’en connais pas plus sur Confucius ou l’art de la céramique funéraire sous la dynastie des Qi septentrionaux. En revanche, sur l’art de glavioter en se raclant la gorge et de déposer sur le trottoir son petit nid de bactéries, je partage culturellement au quotidien l’extraordinaire richesse humaine de certains de nos amis chinois.

Quant à l’interrelationnel, il faudrait conseiller à notre philosophe d’aller faire un tour dans une boutique asiate de Belleville et de demander un renseignement basique dans la langue de Molière. Il en tirerait de quoi faire une thèse sur les relations humaines en général et sur celles entre Chinois et indigènes en particulier. L’idée d’apprendre ne se rait-ce qu’un mot de notre langue doit, à vrai dire, paraître à peu près aussi farfelue à [certains] un Chinois que le serait pour un Français l’enseignement obligatoire de l’inuit dès la maternelle.

La dernière mode, c’est aussi de calculer le coût de l’immigration.

Selon certains, ça rapporte; selon d’autres, ça coûte. La contamination économiste a décidément gagné tous les débats. A croire qu’un pays se gère comme une entreprise. Ça rapporte, je prends. Ça coûte, je prends pas. A ce compte-là, signalons aux économistes que larguer une bombe atomique sur Paris ferait vraisemblablement gagner trois points de croissance et relancerait le bâtiment qui, comme on le sait, se porte mal.

L’immigration aurait beau nous rapporter cent milliards de cacahouètes, elle n’en est pas moins à l’origine de ce que Renaud Camus appelle « le grand remplacement », qui voit pour la première fois dans l’histoire de l’humanité un peuple se laisser « transformer » pacifiquement par d’autres peuples.

50000 chômeurs s’ajoutent tous les mois à la liste des 4 à 5 millions de demandeurs d’emploi. Les entreprises ferment en rafale, les usines débrayent, les hauts-fourneaux s’éteignent. Plus personne ne trouve à se loger, on en est à menacer l’Eglise de saisir ses biens pour loger les indigents. On est englué dans une crise qui ne fait que s’aggraver et dont on ne voit pas le bout. De quoi lever un peu le pied sur la question de l’immigration? Perdu. Le ministre de l’Intérieur continue de distribuer les visas comme des petits pains et assouplit encore les conditions de régularisation des étrangers clandestins. Le QCM de culture générale est supprimé, c’est vrai que c’était un peu fasciste d’exiger de Mamadou qu’il arrête de croire qu’on célèbre le dieu Yemonja le 14 juillet.

Que certaines régularisations individuelles soient parfois légitimes, pourquoi pas. Mais la régularisation massive qu’entraînera de fait la circulaire Valls, entrée en vigueur mercredi der nier, est une aberration politique qui consacre l’incapacité de l’Etat à faire respecter la loi, et crée un appel d’air évident, tel que l’ont connu l’Espagne et l’Italie ces dernières an nées. Y a bon nougat, va-t-on se ré péter dans tous les déserts. Violer la loi est récompensé dans le pays-aspirateur des blancs. Il suffit désormais de se planquer quelques années, de justifier huit mois de travail sur les 24 mois précédant la demande de régularisation et le tour est joué. Venez grossir nos ghettos, frères en humanité, venez profiter de nos prestations sociales et de nos hôpitaux. On n’a rien à vous offrir, mais on vous donnera tout, et au bout de quelques années passées chez nous, avec l’aide des associations qui vous prendront en charge, vous aurez même le droit de revendiquer, de manifester et de nous cracher à la gueule. L’histoire de l’immigration en France, c’est l’histoire de deux forces de destruction qui, parfois sans même le savoir, ont conclu une alliance objective.

Le capitalisme, d’un côté, a trouvé le meilleur moyen de faire baisser les salaires en brisant la résistance ouvrière. Le gauchisme, de l’autre, a trou vé le meilleur moyen d’en finir avec la France patriarcale exécrée. Le petit peuple, au milieu, s’est retrouvé à genoux. Il ne lui reste malheureusement plus beaucoup de temps pour se relever avant l’irréversible

Julien Jauffret

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 12 décembre 2012 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

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