Mariage homosexuel : le député Marc Le Fur dans le collimateur d’une ligue de vertu

Mariage homosexuel : le député Marc Le Fur dans le collimateur d’une ligue de vertu

Pierre Tartakowsky. Pour le président de la LDH, s’opposer au projet de mariage homosexuel serait attenter à « l’Etat de droit ». Crédit photo : Hegor via Wikipédia (cc).

12/12/2012 – 19h30
LOUDEAC (NOVOpress Breizh) –
Il ne fait pas bon s’opposer au projet de loi légalisant le mariage homosexuel. Pour l’avoir fait, Marc Le Fur, député des Côtes-d’Armor (UMP) et vice-président de l’Assemblée nationale, a été  vivement pris à partie par la Ligue des droits de l’homme (LDH). Cette ligue de vertu voudrait en effet interdire tout débat sur le sujet dans l’enceinte du Parlement. Une nouvelle avancée dans le domaine de la police de la pensée, de la part d’une association qui n’a pas hésité à protéger Cesare Battisti, un terroriste d’extrême gauche condamné pour assassinats en Italie.

Le 28 novembre dernier, lors de la séance des questions au gouvernement, Marc Le Fur s’était adressé à Jean-Marc Ayrault en ces termes : « Notre pays connaît la crise. Nos compatriotes souffrent. Vous êtes obligés vous-même de le reconnaître. Est-ce bien le moment d’imposer par la force une loi dite “du mariage pour tous”, une loi du mariage homosexuel dont nos compatriotes ne veulent pas ? (…) Le 17 novembre dernier, des milliers de nos compatriotes étaient dans la rue pour dire leur opposition paisiblement, calmement, mais fermement. Le 13 janvier prochain, ils seront à nouveau dans la rue, et je serai avec d’autres à leurs côtés. » 

Le député de Loudéac entendait réclamer « un vrai débat, serein mais déterminé : le débat sur la famille parce que c’est bien elle qui est en jeu. (…) Le but de la loi est de protéger l’enfant, la filiation, la transmission. Est-ce bien le moment, alors que notre pays est confronté à de nombreuses difficultés, de remettre cela en cause ? Est-ce bien le moment, sur l’action d’activistes, de refuser un tel débat ? Est-ce bien le moment de dire que l’enfant est pour certains simplement un produit de consommation ? Ce n’est pas cela la famille, ce n’est pas  cela que nous voulons. »

« Des termes inacceptables » pour Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des droits de l’homme, qui n’a manifestement pas apprécié qu’un parlementaire puisse émettre des doutes sur le bien-fondé du projet de loi relatif au « mariage pour tous ». Dans une lettre adressée au député breton, il écrit: « Si votre opinion de citoyen est libre (!), votre responsabilité en tant que législateur ne devrait pas vous permettre de pratiquer l’amalgame, la désinformation, et de jeter le discrédit sur une partie de nos concitoyens. En effet, votre argumentation, marquée par un ordre moral éculé et réactionnaire (sic), tend à attiser des passions malsaines en reprenant les menaces et discours apocalyptiques sur le devenir de la famille et la protection de l‘enfant (?!) ».

Et M. Tartakowsky de conclure, toujours dans la nuance : « C’est pourquoi la Ligue des droits de l’homme appelle tous les parlementaires et les citoyens à se mobiliser pour défendre l‘État de droit, à faire échec aux campagnes de haines, de peurs et d’exclusions, et à soutenir le projet de mariage pour tous. » S’opposer à un projet de loi serait donc, à en croire la LDH, faire montre de « haine » et attenter à « l’Etat de droit ». Selon un juriste, cette réflexion du président Tartakowsky « mériterait à coup sûr d’être soumise à la sagacité des étudiants en droit – au chapitre “totalitarisme” ».

Il est vrai qu’il arrive plus qu’à son tour à la vieille LDH de s’engager dans des causes douteuses. L’exemple de l’affaire Battisti – un terroriste italien membre du mouvement Prolétaires armés pour le communisme condamné par contumace en Italie pour quatre assassinats commis durant la période dite des « années de plomb » et qui avait réussi à trouver refuge en France – est à cet égard significatif.

On sait que la vénérable ligue de vertu avait alors multiplié les pétitions pour soutenir Battisti qui tentait par tous les moyens d’échapper à la justice italienne. Le récent livre du journaliste de gauche Karl Laske – ancien de Libération et présentement enquêteur au site Médiapart – La mémoire du plomb (Stock) vient rappeler opportunément les soutiens qu’en France une certaine bien-pensance s’est empressée d’apporter à Battisti. L’ancien garde des Sceaux Robert Badinter – une référence en matière de respect des droits de l’homme – rappelait que ce dernier « tombait dans la catégorie de ceux pour lesquels nous n’acceptions pas le droit d’asile. »  Une position qui n’avait pas convaincu la LDH.