« Crise libyenne : la nouvelle donne géopolitique » de Jean Fleury

« Crise libyenne : la nouvelle donne géopolitique » de Jean Fleury

Le 19 mars 2011, la France et la Grande-Bretagne bombardaient la Libye pour soutenir les insurgés qui voulaient abattre Kadhafi, l’homme qui dirigeait le pays d’une main de fer depuis quarante ans. Quelles ont été les causes de ce conflit ? Comment l’intervention étrangère a-t-elle été rendue possible ? Quelles ont été les forces en présence ? Comment fut menée la conduite des opérations militaires? Quelles seront les conséquences de ces évènements ?

Dans son dernier ouvrage, « Crise libyenne : la nouvelle donne géopolitique » (Jean Picollec ed.), Jean Fleury apporte son point de vue sur un conflit dont les conséquences sont loin d’être terminées. Ancien chef d’état-major de l’armée de l’air pendant la première guerre du Golfe, ancien conseiller de François Mitterrand à l’Elysée, le général Fleury connait bien son sujet.

Après avoir expose les ferments qui ont provoqué cette situation de crise, décrit les manœuvres  – plus ou moins occultes – diplomatiques, les jeux des divers lobbies, l’auteur relate les combats des tribus rebelles opposées aux forces fidèles à Kadhafi et les opérations militaires de la coalition.

Jean Fleury souligne qu’ « à l’ONU, les pays dits émergents, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, se sont retrouvés sur une position commune, celle de l’abstention. » Cela confirme, selon lui, « l’apparition d’une nouvelle catégorie de puissances qui entendent prendre la tête du développement mondial et estiment en conséquence qu’ils ont leur mot à dire dans les grands débats de la planète. » Quant aux Etats-Unis, partagés sur l’opportunité d’une intervention, ils préfèreront transférer la responsabilité des opérations à la structure intégrée de l’Otan.

L’auteur, malgré un certain conformisme – « l’opinion internationale a été horrifiée de l’utilisation par Kadhafi de ses avions et de ses hélicoptères pour réprimer les manifestations » – n’en demeure pas moins lucide quant aux conséquences du conflit pour la Libye : « Les combats entre les katibas ayant libéré le pays du joug du dictateur montrent que beaucoup reste à faire ». Sans parler de la déstabilisation de toute la région, à commencer par le Mali.

Mais la nouveauté la plus intéressante que révèle l’affaire libyenne, souligne Fleury, c’est que « le centre de gravité des intérêts américains s’est déplacé de l’Atlantique vers le Pacifique, de la vieille Europe qui n’arrive pas à trouver sa voie vers une Asie en pleine expansion. » Une situation nouvelle, dont l’Europe, si elle voulait s’en donner les moyens, pourrait tirer partie en s’émancipant – enfin – de la tutelle américaine.

Au final, l’ouvrage très clair et très bien documenté de ce fin connaisseur des forces en présence permet au lecteur de mieux comprendre le déroulement du conflit libyen et de ce qu’il a révélé de la nouvelle donne géopolitique.

« Crise libyenne : la nouvelle donne géopolitique » par Jean Fleury, Editions Jean Picollec, 18,50 €

Cet article a été publié initialement sur Novopress Breizh.