« La démocratie et son écosystème » : Edwy Plenel a fait recette à Nantes

« La démocratie et son écosystème » : Edwy Plenel a fait recette à Nantes

09/12/2012 – 14H30
NANTES (NOVOpress Breizh) –
Invité le 6 décembre par l’Université permanente, Edwy Plenel a fait recette à Nantes, sa ville natale. Actualité de l’affaire Cahuzac oblige, l’amphi Kernéis était bondé. L’ancien patron de la rédaction du Monde, aujourd’hui directeur du journal en ligne Mediapart, vient en effet de lancer une bombe médiatique contre le ministre du Budget, accusé d’avoir eu un compte bancaire illégal en Suisse.

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Se présentant comme « un ferment de désordre », Plenel fut dès 18 ans un militant de la Ligue Communiste Révolutionnaire, mouvement trotskyste sectaire ne répugnant pas à la violence. Sous le pseudonyme de Joseph Krasny (« rouge » en russe) il débute à « Rouge », éphémère quotidien puis hebdomadaire de la LCR. En 1980 il entre au « Monde » – qui choisit bien ses collaborateurs – où il assure la rubrique « police » dès 1982. 15 ans plus tard il en deviendra le n°2, jusqu’à sa démission et son licenciement en 2005 après la publication de « La face cachée du Monde » de Pierre Péan et Philippe Cohen. En 2008 il crée sur le Net le premier journal payant en ligne : Mediapart, qui aura 16.000 abonnés en 2009 et 48.000 en 2010.

La première partie de l’exposé du patron de Mediapart aurait très bien pu s’intituler « les médias en servitude » comme l’une des dernières publications de la Fondation Polémia. Plenel évoque la grande presse et les médias, qui sont aux mains des banques, des grandes fortunes, de l’industrie du luxe et des marchands de canon. Elle est « polluée par les gros requins », affirme-t-il. Tout en gardant toutefois le silence sur le rôle qu’y jouent les grandes agences de publicité et de communication, sans parler des « grandes consciences » mondialistes et antiracistes comme Pierre Bergé, Louis Schweitzer, ou Bernard Henri Levy. Certains y verront sans doute une connivence idéologique.

C’est le net, le numérique et ses liens hypertextes qui vont dépolluer la mer, affirme le conférencier. Reconnaissant que Mediapart, par ses révélations sur le septennat Sarkozy, avait « tout fait pour l’alternance », Plenel se dit vite déçu par le nouveau pouvoir socialiste « incapable de mobiliser la société ». Le retour de Jospin -autre trotskyste auquel il semble vouer une véritable haine- à la tête de la commission de rénovation de la vie publique est selon lui « un très mauvais signe ». Il lui reproche de se crisper sur le « représentativisme » qui va à l’encontre de la « vitalité et de la démocratie populaire » (sic). Plenel, qui reste fidèle sur ce point à la doxa marxiste de sa jeunesse, développe toujours une vision linéaire de l’histoire. Avec en prime l’idéal du sommet ou de la ligne de crête à atteindre qui ressemble fort au « paradis de la société sans classe ». Pour y arriver, le patron de Médiapart évoque la révolution permanente, invoquant les grands ancêtres de 1789 comme Bailly, la Commune et mai 1968 !

Pour y parvenir, pour détruire « les nouvelles oligarchies qui se reconstruisent sans cesse » Plenel estime que le premier rôle revient aux nouveaux médias, à la révolution numérique qui va pouvoir faire vivre « l’idéalisme de l’utopie concrète » reprise de Victor Hugo. Il n’y a plus besoin de presse papier pour le journaliste, remarque-t-il avec raison : « vous ne voulez pas m’entendre, je fais un site » ! Une réflexion que d’autres ont fait aussi…

Mais, rappelle le patron de Mediapart, le journaliste doit apporter la « Vérité ». Se référant à la philosophe israélo-américaine Hannah Arendt, Plenel voit deux types de vérité, celles de « raison ou d’opinion » qui ne sont pas menacées dans un monde de la guerre de tous contre tous, et les « vérités de fait » du présent ou du passé. De celles-ci il faut débattre, sinon la liberté d’opinion ne serait qu’une mystification. Plenel s’oppose ainsi aux lois mémorielles. Serait-il révisionniste en Histoire ?

Mais attention, l’ennemi est toujours là, c’est « le fasciste » ( !). S’ensuit un développement sur la vénalité de la grande presse entre 1908 et 1939, qui ne joua pas son rôle d’information du danger. Il oublie que la grande presse était aussi corrompue avant 1914, directement subventionnée par les ambassades anglaise ou russe. Aujourd’hui plus de 10% des ressources de la presse viennent des subventions de l’Etat, à commencer d’ailleurs par Mediapart. Une presse où les éditorialistes ont pris le pas sur les « vrais » journalistes, et Plenel de dénoncer « les mensonges d’Etat du 11 septembre » !

La révolution numérique est la 3éme révolution industrielle de la modernité. Mais elle l’inquiète aussi : « Le progrès technologique n’est pas le bien en soi », il doit, selon le conférencier, aller de pair « avec des avancées et des sursauts démocratiques ». Mais là Plenel se remet à nager dans l’utopie : « la révolution démocratique sera un moment de création et d’invention collective », opportunité formidable, la nouvelle presse sera « un idéal d’université populaire, de démocratie participative ». Il en voit quand même certains dangers : l’univers du tout gratuit, du seul divertissement, de l’anecdotique, du suivisme, de la conformité.

« Aucune confiance dans le monétaire, totale dans la démocratie » conclura Plenel qui voit un exemple dans la « révolution démocratique islandaise » et son « non » au FMI, à Goldman Sachs, à la Banque mondiale. Mais son optimisme n’est pas total, revenant sur la débâcle de 1940, il remarque que la France a été le seul pays d’Europe où un gouvernement « d’affaissement national arrivera au pouvoir par un vote de la majorité du parlement ». Citant Marc Bloch, il rappelle toutefois qu’il « ne faut pas regarder que l’histoire des vainqueurs ». Affirmant que la crise est pour demain, il craint que « certains ne choisissent le renoncement national, pire crime de nos prétendues démocraties. J’espère que nous ne le reverrons pas dans quelques années ». Plenel entre contradictions… et bon sens. Rude chemin pour le directeur de Mediapart.

Crédit photo : Olivier « toutoune25 » Tétard, via Wikimedia, licence cc.