Les femmes et l’insécurité - analyse des récents sondages

Les femmes et l’insécurité – analyse des récents sondages

03/12/2012 — 18h00
PARIS (NOVOpress) — Plusieurs études récentes montrent que les femmes sont généralement plus sensibles à l’insécurité que les hommes.

Une étude Ifop/Metro signale ainsi que les femmes sont plus nombreuses à percevoir cette augmentation de la délinquance que les hommes (76% contre 67%). Une étude Ifop/JDD montre que les femmes sont plus nombreuses à être d’accord avec l’idée que l’on ne se sent plus en sécurité nulle part (60% parmi les femmes, 51% parmi les hommes).

Fin novembre, selon l’Ifop pour Dimanche Ouest France, 83% des femmes déclarent se sentir souvent ou parfois en insécurité dans un parking seule le soir (+19% en 10 ans), 76% déclarent se sentir en insécurité dans une rue déserte (+14% en 10 ans), 59% déclarent se sentir en insécurité dans le bus, le métro ou le train (+12% en 10 ans).

Les femmes de moins de 35 ans sont plus nombreuses à se dire en insécurité, notamment dans les rues désertes (82% contre 76%) et dans les transports en commun (68% contre 59%).

Les cadres et professions libérales sont plus inquiètes dans les parkings (92%), les employées et les ouvrières dans les rues désertes (81% et 84%) et dans les transports en commun (62% et 68%). Ces chiffres semblent refléter assez bien les conditions de vies des uns et des autres, les catégories populaires ayant plus de chance de fréquenter des rues et des lignes de transports en commun « mal famées », les cadres ayant plus recours au parking. Que ce soit dans les parkings (88% et 87%), dans les rues (83% et 86%) ou dans les transports en commun (64% et 73%), les sympathisantes UMP et FN sont les plus nombreuses à ressentir ce sentiment d’insécurité.

56% des femmes interrogées déclarent qu’il leur arrive de changer de trottoir quand elles voient une silhouette se profiler à l’horizon, un chiffre qui monte à 62% parmi les moins de 35 ans et qui est plus marqué chez les employées et les cadres (63%) que chez les ouvrières (51%). Ce comportement est aussi plus fréquent chez les sympathisantes UMP (65%) et FN (69%).

80% des femmes déclarent avoir déjà été abordées dans la rue, 70% sifflées, 47% insultées et 19% agressées physiquement. Ces chiffres montent à 90%, 83%, 57% et 22% parmi les moins de 35 ans.

Les cadres et les professions intermédiaires sont les plus nombreuses à se dire abordées (97% et 90%). Les retraitées les moins nombreuses (63%). Les sympathisantes FN (73%) et UMP (75%) sont un peu moins nombreuses à déclarer déjà avoir été abordées. Les cadres (86%), les professions intermédiaires (80%) et les employées (75%) sont plus nombreuses à se dire sifflées que les ouvrières (66%) et les retraitées (51%). Les sympathisantes FN sont aussi moins nombreuses à se dire sifflées (64%). Les cadres sont nettement plus nombreuses à déclarer avoir été insultées dans la rue (73%), de même que les sympathisantes FN (56%). Les cadres sont aussi plus nombreuses à déclarer avoir déjà agressées physiquement(33%).

Le statut social, et son probable effet sur la façon de s’habiller ou de donner l’impression d’avoir de l’argent peuvent jouer dans le fait que les CSP+ soient plus nombreuses à se sentir agressées.

35% des femmes interrogées déclarent avoir déjà refusé une invitation par crainte de rentrer seule le soir, un chiffre qui monte à 42% parmi les moins de 35 ans, un comportement nettement plus marqué parmi les cadres (45%) et en Ile de France (40%).

Un total de 80% des interrogées déclare, d’une façon ou d’une autre, adapter son comportement en cas de sortie le soir. 55% déclarent rentrer en voiture (50% chez les moins de 35 ans), 29% s’arrangent pour rentrer en groupe (38% parmi les moins de 35 ans), 14% mettent un pantalon ou un long manteau (17% parmi les moins de 35 ans), 12% déclarent fuir les regards (20% parmi les moins de 35 ans), 6% se rapprochent d’autres femmes dans les transports en commun. Seules 20% des interrogées déclarent ne pas adopter de comportement particulier.

Les cadres (65%) et les sympathisantes UMP (60%) sont les plus nombreuses à utiliser la voiture. Les cadres sont aussi les plus nombreuses à déclarer fuir les regards. Les professions intermédiaires et les sympathisantes FN sont les plus nombreuses à s’arranger pour rentrer en groupe (34%).

Il en ressort qu’un nombre important de Françaises déclare avoir modifié son comportement par risque d’agression. Près d’une Française de moins de 35 ans sur deux déclare même avoir déjà refusé une invitation pour ne pas avoir à rentrer seule. Dans ces conditions, il est paradoxal que les cadres, qui semblent les plus promptes à prendre conscience des risques, soient aussi, souvent, les moins favorables à une réponse pénale plus ferme.

Une autre étude Ifop, pour Paroles de Femmes, portant sur les violences sexistes et réalisée mi-novembre, nous apprend que 62% des femmes de 18/25 ans estiment que les préjugés sexistes sont présents au sein de leur génération, un chiffre qui monte à 68% en région parisienne.

Selon les jeunes femmes interrogées dans cette étude, les raisons qui poussent certains hommes à faire preuve de violence vis-à-vis des femmes sont d’abord le phénomène des bandes (66% au niveau national – 69% en région parisienne) et l’influence de l’éducation et des valeurs reçues au sein de la famille (62% au niveau national – 68% en Ile de France). Les autres raisons (Internet, les jeux vidéo…) viennent loin derrière.

La sur représentation de la région parisienne et la nature des réponses (valeurs, bandes…) pourraient, indirectement, pointer du doigt le comportement des populations immigrées ou issues de l’immigration dans certaines violences sexistes. Un phénomène parfois évoqué mais assez souvent rapidement « mis sous le boisseau » dans les médias : question du harcèlement dans la rue, débat sur la diffusion d’un film sur les femmes dans les cités…

D’autre part, le rapport 2012 de l’Observatoire National de la délinquance et des réponses signale que 5.5% des hommes et 12.2% des femmes déclarent se sentir souvent ou de temps en temps en insécurité à leur domicile (pour une moyenne de 9%), un chiffre qui n’est pas neutre compte tenu de la fonction de protection (physique et psychologique) que ce dernier est censé offrir.

Alexander Gédef

Crédit photo : DR.