Le Noël du patriotisme économique, acheter français pour travailler français - Par Patrick Cousteau

Le Noël du patriotisme économique, acheter français pour travailler français – Par Patrick Cousteau

Le salon du « Made in France » a réuni plus de 20000 visiteurs en deux jours. Signe des temps: même les publicitaires se mettent à vanter les mérites du produit « bien de chez nous ». Le patriotisme économique a décidément le vent en poupe, dommage que son salon s’appelle « Made in France » !

Une marque de lingerie vantant des textiles fabriqués sur notre territoire, par des ouvrières françaises. Mauviel, une société « d’ustensiles culinaires haut de gamme, installée depuis 200 ans dans la baie du Mont Saint-Michel », exposant ses produits dans… des galeries d’art, pour vanter « un savoir-faire transmis de génération en génération ». Jusqu’à La Potagère, une marque de soupe « 100 % fabriquée en France », qui s’étale en affiches 4 par 3 dans le métro parisien ! Au-delà de ce symbolique aspect « terroir », les publicitaires ciblent de plus en plus claire ment les produits dits hexagonaux. Rien de sentimental ou d’identitaire, évidemment, chez ces fanatiques de la rentabilité maximale. Que du business. A l’approche des fêtes de Noël et du Nouvel an, les pubards n’ont qu’une idée: coller aux aspirations de Français de plus en plus disposés à céder aux charmes du patriotisme économique. Paradoxalement, ce cynisme mercantile est plutôt bon signe pour notre économie.

En témoigne le succès du premier salon « Made in France » (sic) qui se tenait le week-end dernier à Paris, à l’Espace Champerret. Avec plus de 20000 visiteurs en deux jours, l’achat bien de chez nous semble plus que jamais perçu comme une réponse à la crise économique. Début novembre, une étude OpinionWay semblait confirmer cette tendance, estimant que 73 % des Français comptent « accorder la priorité aux cadeaux de Noël fabriqués en France ». L’étude indique qu’ils seraient même prêts à payer en moyenne 11 % plus cher ! Et à côté des rayons halal, 78 % des sondés se disent également favorables à la création, dans les supermarchés, de rayons réservés aux produits fabriqués en France.

Fondée fin 2008, ALittleMarket. com est d’ailleurs, malgré son nom anglais signifiant « un petit marché », une plateforme Internet dédiée à la vente de créations françaises faites main, qui défend l’artisanat et revalorise le « fabriqué en France ». Elle met en relation des artisans et des acheteurs à la recherche d’authenticité et d’originalité. Bijoux, vêtements, accessoires de mode, objets de décoration…

Toutes les créations en vente sur ce site sont « originales, fabriquées en très petites quantités et selon un vrai savoir-faire artisanal ».

Petite ombre à ce joli rayon de soleil patriotique, comme tous les secteurs porteurs, le « made in France » est déjà victime d’abus, de contrefaçons ou de surexploitation. Difficile, en outre, pour les consommateurs de s’y retrouver:  si la Yaris de Toyota est assemblée à Valenciennes (Nord), certaines Renault ou Peugeot sont, elles, produites dans des pays tiers de l’Union européenne !

Pour limiter les risques de confusions, plusieurs labels ont donc fait leur apparition afin d’aiguiller le consommateur – citons notamment « Origine France garantie » et « Entreprise du patrimoine vivant ».

 

 « Vos achats sont aussi vos emplois »

Nicolas d’Audiffret, co-fondateur d’ALittlemarket.com, est optimiste pour l’avenir du patriotisme économique: « Est-ce la crise? Est-ce la mise en avant du “made in France” par les politiques? Les Français semblent désireux d’agir à leur niveau pour donner une chance de développement aux produits fabriqués en France. Mais c’est peut-être aussi parce que ces produits sont synonymes de qualité et d’originalité… »

Même son de cloche pour Gilles Attaf, P.D.G. de Smuggler, entreprise de vêtements pour hommes qui estime que « le label Origine France [qu’il a reçu l’an dernier, ndlr] est pour nous un outil de crédibilité. Et cela a un impact tangible: nous avons vu notre chiffre d’affaires grimper de 15 % en un an ».

Fabienne Delahaye, commissaire générale du salon « Made in France », espère, quant à elle, que la promotion des produits nationaux « contribuera à faire revenir des entreprises dans notre pays ». A ses yeux, il faut sensibiliser les acheteurs les plus « distraits »: « Il est important de dire aux consommateurs: vos achats sont aussi vos emplois ».

Concernant le soutien gouvernemental à la production française – histoire de pousser le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, à ne pas rester au stade de la posture –, des partisans du « fabriqué en France » ont créé une page Facebook consacrée au « mouvement des petites marinières ». Les internautes s’y exposent photographiés dans ce maillot de la Navale qui a fait la renommée de Montebourg depuis qu’il a posé dans cette tenue en couverture du magazine « Parisien ».

Ce soutien au patriotisme économique est également porté par Marine Le Pen, qui est venue au salon de l’Espace Champerret pour défendre la production française.

Selon la présidente du Front national, il faut « taper du poing sur la table pour que l’Union européenne autorise la promotion des produits français ».

Le Noël du patriotisme économique - Acheter français pour travailler français

Marine Le Pen au salon « Made in France ».

Devant un représentant de l’industrie des prothèses dentaires, qui s’inquiétait des importations dans ce domaine en provenance d’Asie, la députée européenne s’est emportée: « Voilà un exemple flagrant d’un système où notre argent public, via la Sécurité sociale, finance en réalité des économies étrangères au détriment de notre économie française (…) C’est bien beau de faire du “made in France” une cause nationale, mais il faut prendre des décisions en ce qui concerne le libre-échange que subissent les entreprises françaises ». Au total, Marine Le Pen a passé plus d’une heure à visiter les stands d’entreprises fabriquant des produits réalisés en France, en profitant pour faire quelques emplettes…

Et pour l’anecdote, plutôt qu’une marinière, elle a posé devant les photographes avec un béret sur la tête: « Ça vaut bien une marinière. » Parole de Bretonne !

Patrick Cousteau

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 21 novembre 2012 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

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