La Catalogne en marche vers l’indépendance ?

La Catalogne en marche vers l’indépendance ?

23/11/2012 – 14h00
BARCELONE (NOVOpress Breizh) — 
« Nous sommes une nation, nous décidons ». Dimanche prochain, les Catalans se rendront aux urnes pour élire les 135 députés de leur parlement. Enjeu de ce scrutin : la mise en place d’un Etat catalan souverain. Une revendication identitaire dans un contexte de crise économique,  qui trouble les partisans de l’ordre établi.

Encouragé par l’immense manifestation populaire  qui s’est déroulée le 11 septembre dernier à Barcelone en faveur de l’indépendance, Artur Mas (photo), l’actuel président de la Généralité de Catalogne, a décidé de mener campagne en faveur de la création d’un Etat catalan indépendant. Le leader de la Convergencia i Unio (CiU, droite nationaliste) espère remporter la majorité absolue qui lui permettra de défendre son projet devant Madrid et l’Union européenne.

« Après trente ans de démocratie, les nouvelles générations, éduquées en catalan, auxquelles on explique que la Catalogne est une nation, sont décomplexées. Et l’indépendantisme est le seul projet politique qui s’offre à elles dans un moment où il n’y a pas d’autre débat que celui des taux d’intérêt de la dette » explique le politologue Josep Ramoneda (Le Monde, 16/11/12).

Comme pour l’Ecosse, le débat autour de l’indépendance de la Catalogne tourne essentiellement autour de la question économique. Aujourd’hui le déficit public de la région représente 3,6 % du PIB, la dette atteint 44 milliards d’euros (22 % du PIB) et le taux de chômage s’élève à 22,5 % de la population active.

Mais la Catalogne dispose d’atouts non négligeables. Outre une population de 7,5 millions et un PIB de 200 milliards d’euros, soit 21% du total espagnol, le pays bénéficie en effet d’infrastructures remarquables avec le port de Barcelone et quatre aéroports internationaux. Barcelone est la ville du sud de l’Europe qui a le plus d’universités, de nombreuses multinationales ont leur siège en Catalogne et les exportations (55,5 milliards d’euros en 2011)  comme le tourisme sont en hausse. « Si la Catalogne devenait indépendante et qu’on considère alors les ventes au marché espagnol comme des exportations, le volume total de ces dernières serait de plus de 60% du PIB, un chiffre supérieur à la majeure partie des pays européens », affirme l’économiste Xavier Cuadras (La Tribune, 18/11/12).

Alors le statu quo est-il favorable à la Catalogne ? Carles Boix, professeur à l’université de Princeton (USA) répond à la question. « La Catalogne peut-elle être viable dans la situation actuelle ? Pour moi, c’est non. » Ce spécialiste des questions politiques rappelle que si la Catalogne apporte 19,5% des recettes publiques d’Espagne, elle n’en reçoit en retour que 14%, ce qui représente pour le pays une perte de 16 milliards par an (La Tribune, 18/11/12). Un argument repris à l’envie par les partisans de l’indépendance.

Tous les sondages  donnent Artur Mas vainqueur des élections. Il est même possible que le leader nationaliste obtienne pour la première fois la majorité absolue, les socialistes  – complètement discrédités après leur passage au pouvoir au début de la crise – s’avérant incapable de tenir un discours répondant à une situation historique sans précédent.

Cette perspective inquiète vivement les partisans du statu quo, qui ne craignent pas l’outrance. Interrogé par Marianne (19/11/12) Antonio Elorza, professeur de sciences politiques à Madrid, parle ainsi de «risques totalitaires » à propos de « l’installation d’un gouvernement régional dictatorial, où toute voix contraire au catalanisme est rejetée du pays (sic) ». Elorza s’en prend vivement à  Artur Mas, l’accusant « d’utiliser les outils de la démocratie, comme les élections régionales, pour imposer un modèle totalitaire et xénophobe (?!)». Pour ce Madrilène, qui ne semble aimer les élections qu’à condition que rien ne change, « en cette période de crise, les dérives populistes totalitaires sont à craindre, et la trajectoire vers l’indépendance de la Catalogne n’est pas à prendre à la légère. » Réponse dimanche prochain.

Crédit photo : Convergència Democràtica de Catalunya via Wikimedia (cc).