Les militants de l'UMP plébiscitent une motion portée par un ancien lepéniste !

Les militants de l’UMP plébiscitent une motion portée par un ancien lepéniste !

Guillaume Peltier, période FNJ, lors de l’UdT de 1998, où il terminera major. Crédit photo : DR

22/11/2012 — 01h10
PARIS (NOVOpress) — Par-delà les deniers éléments du psychodrame qui secoue l’UMP quant à savoir qui sera le futur président du parti (le camp Fillon revendiquant sa victoire prenant prétexte de l’oubli du décompte des voix dans les DOM), la véritable information politique issue du scrutin de dimanche est la victoire parmi les motions de celle de la Droite forte. Portée notamment par Guillaume Peltier, on peut en déduire que les militants de l’UMP plébiscitent une motion à l’initiative d’un ancien lepéniste !

Un ancien lepéniste qui assume un positionnement d’une droite décomplexée, se plaçant sans problème dans le droit fil des dernières réactions de Jean-François Copé soit au sujet des fameux pains au chocolat, soit au sujet du racisme anti-blanc.

Dépassant le simple sarkozysme revendiqué et pleinement assumé (à tel point que de nombreuses dents ont grincé quant à la récupération de Nicolas Sarkozy), on peut résumer la Droite forte autour de ces thèmes : la reconquête par le peuple et la fusion de la « question sociale » et de la « question identitaire ». La Droite forte, quant à l’islam, prend des positions très « républicaines » : création d’une « Charte républicaine des musulmans de France », dénonçant l’émergence d’« un communautarisme plus revendicatif, plus agressif, plus conquérant ». Avec la promotion d’une « révolution laïque ».

Fidèle en cela à leur mentor Nicolas Sarkozy, les membres de la Droite forte s’emparent d’un thème (il faut dire que Guillaume Peltier s’est fait une spécialité des enquêtes d’opinion) pour en faire un concept politique nouveau et clivant. Pour preuve là encore avec l’islam :  il faut respecter « nos modes de vie, nos traditions, notre identité qui fonde la France d’hier, d’aujourd’hui et de demain », « une France fière de ses traditions judéo-chrétiennes et de ses racines gréco-latines ». En inscrivant dans la Constitution que “la France est une République laïque de tradition  chrétienne”. Et pour cela création d’un ministère de la Laïcité. Tant en séparant l’islam radical de l’islam dit modéré.

De là à voir ces concepts appliqués le jour où l’UMP reprendra la tête de l’exécutif…

En tout cas, certains politologues y voient l’avènement d’une droite « identitaire ».

Guillaume Peltier, période Mégret en 1999 ©DR

Guillaume Peltier, période Mégret en 1999 ©DR

Pérégrinations
Une droite identitaire que Guillaume Peltier s’est forgée certainement au fur et à mesure de ses pérégrinations politiques. A commencer par le FNJ, où lors de l’UdT de celui-ci en 1998 (photo de Une), il en devient le major, présenté comme un successeur probable au directeur national de l’époque Samuel Maréchal (à gauche de Jean-Marie Le Pen sur la photo de Une), en attendant il est censé concurrencer le Renouveau étudiant (RE) – le syndicat étudiant du Front national qui regroupe les éléments les plus « radicaux » et les plus identitaires des jeunes du FN et qui penche à l’époque pour Mégret –, qui n’est plus en odeur de sainteté au sein de la direction du FNJ, par le biais du Forum étudiant. Las, avec ses catholiques amis des JAC – Jeunesse Action Chrétienté, un mouvement catholique qui se mobilise contre le PACS, l’IVG, l’euthanasie, la pilule du lendemain et la contraception à l’école–, il rejoint Bruno Mégret lors de la crise du FN en 1998-1999 et s’en explique dans le numéro spécial de la revue du RE, Offensive, titrée « Pourquoi Mégret ». C’est ainsi  que l’on voit Guillaume Peltier participer au très radical meeting du Front de la Jeunesse du 4 février 1999 en compagnie du GUD, du RE et de Terre et Peuple. Il participe en tant que membre de la direction au conseil national du FNJ-MN (photo ci-contre). Ainsi qu’au conseil national du MNJ à l’automne 1999. Las, Guillaume Peltier, pour plusieurs raisons (certains avancent que c’est dû au fait que son ambition une fois de plus n’était pas récompensée…), quitte le MNR avant d’atterrir au MPF de Philippe de Villiers.

Rejoignant Villiers et prenant en charge les JPF à partir de 2001, Peltier, non sans un réel talent, va lancer médiatiquement le MPF et Villiers surtout à partir du référendum contre le Traité constitutionnel européen en 2005. Dans le cadre de la campagne présidentielle de 2007, Peltier va surtout transformer le MPF en un parti de droite nationale bien loin du positionnement conservateur modéré des origines. Parlant de patriotisme populaire, ciblant l’islam et le communautarisme, Peltier « droitise » (déjà) Villiers, en puisant, grâce aux maladresses et aux erreurs de Jean-Marie Le Pen, bon nombre de cadres du FN et ex-MNR.

Une campagne qui, à l’époque, rendait Peltier très critique à l’égard de Nicolas Sarkozy, limite présenté comme un « escroc intellectuel » avec sa campagne inspirée par Patrick Buisson, proche précédemment… de Philippe de Villiers et de Jean-Marie Le Pen.

De telles critiques n’ont cependant pas étouffé Peltier puisqu’il a rejoint l’UMP rapidement après l’échec de Villiers et du MPF en 2007… Pour se mettre rapidement au service de Jean-François Copé et de Sarkozy, sous les bons conseils de Buisson.

Une ambition récompensée lors de la campagne présidentielle de 2012 qui permet à Guillaume Peltier d’obtenir un important poids médiatique ainsi qu’une certaine légitimité auprès des militants de l’UMP.

Droite identitaire
Vu cet étonnant parcours, on ne sait pas si les prises de position de Guillaume Peltier puissent apparaître sincères ou si elles ne sont qu’un outil au service d’une vaste ambition, toujours est-il qu’il a su révéler la droitisation des militants de l’UMP, à rebours des élus et notables de l’UMP, bien plus centristes que les militants.

C’est que nous enseigne sur son blog Laurent de Boissieu, qui, au sujet des motions en lice le 18 novembre à l’UMP, nous indique : « La comparaison entre le parrainage des motions par les parlementaires d’une part, et le vote des adhérents sur ces mêmes motions d’autre part, révèle une véritable fracture politique entre l’UMP d’en haut et l’UMP d’en bas. » Ainsi, « La motion positionnée la plus à gauche du parti, “France Moderne et Humaniste” (Jean-Pierre Raffarin, Luc Chatel, Jean Leonetti), a reçu le parrainage de 39% des parlementaires ayant parrainé mais le vote de 18% des adhérents ayant voté. » Alors que « les deux motions les plus à droite (“La Droite populaire” de Thierry Mariani et “La Droite forte” de Guillaume Peltier) ont totalisé seulement 15% des parrainages de parlementaires contre 39% du vote des adhérents. » La Droite forte recueillant même le nombre le plus faible de parrainages de parlementaires par rapport au nombre de votes d’adhérents obtenu.

Avec les rumeurs et les bruits de scission qui parcourent l’UMP, le retour au bercail centriste (UDI) d’élus et de cadres de l’UMP, de nouvelles droites se dessinent. Si nous n’en sommes pas encore à des possibilités d’union des droites comme en Italie (Peltier et la Droite forte refusant encore de s’allier avec le FN et voulant jouer la concurrence avec ce dernier), la situation actuelle le laisse cependant augurer avec cet avènement d’une droite identitaire.

Arnaud Naudin, Novopress