Notre-dame-des-landes : les « autonomes » étaient en train de résoudre la crise du logement !

Notre-dame-des-landes : les « autonomes » étaient en train de résoudre la crise du logement !

Photo : Quand les opposants au projet d’aéroport à Notre Dame des Landes tenaient un stand aux journées d’été d’EELV (Nantes 2010).

Mardi 30 octobre 2012 : les gendarmes chassent les squatters qui occupaient des maisons à Notre-Dame-des-landes. Bien entendu les militants « autonomes » ne font pas le poids face aux militaires.

Il est évident que si les députés et sénateurs d’Europe écologie les Verts occupaient le site, les forces de l’ordre seraient moins à l’aise pour virer les contestataires. Matraquer des parlementaires s’avère politiquement difficile. Certes, certains élus écolos font un petit tour sur le site – on  le verra encore demain – comme le sénateur Joël Labbé. Mais cela ne va guère plus loin.

Les grands chefs de l’écologie se rabattent donc sur des communiqués et des petites phrases. Coprésidents du groupe EELV à l’Assemblée nationale, Barbara Pompili et François de Rugy « condamnent le déploiement disproportionné des forces de l’ordre sur la zone de Notre-Dame-des-Landes et les violences qu’il génère ».

Plus sérieusement les députés EELV demandent que le projet d’aéroport soit examiné dans le cadre de la redéfinition des priorités au schéma national des infrastructures de transports (Ouest-France, 31/10/12). Mais on ne dépasse pas le stade des paroles.

Après quinze jours de mûre réflexion, Cécile Duflot, ministre du Logement, se décide à réagir. Bien entendu, sa protestation demeure millimétrée ; elle fait part d’ « un désaccord, ancien et acté », avec le Premier ministre. « Je ne suis pas le ministre du maintien de l’ordre mais je ne crois pas que, sur des sujets aussi compliqués, la répression et le manque de dialogue – ce qui est le cas – soit la bonne méthode » ajoute-t-elle (RTL, 30/10/12). Bref, Madame Duflot ne prend pas de risques.

Pourtant c’est une affaire qui aurait dû mobiliser le ministre du Logement et ses services. En effet à quel jeu se sont livrés les gendarmes ? Non seulement des maisons squattées par les « autonomes » ont été rasées, mais encore des cabanes en bois installées dans les arbres ont été démontées. Pour ce faire, on a même fait appel à des éléments du groupe d’intervention en montagne de Briançon. On peut donc reprocher aux gendarmes d’avoir contribué à aggraver la crise du logement !

Voilà qui n’aurait pas dû laisser indifférente une ministre qui songe à réquisitionner les appartements vides afin d’y loger des gens qui vivent dans la précarité. A Notre-dame-des-landes  les sans-abris avaient réglé la question le plus simplement du monde : ils avaient construit leur habitation ou bien occupé des maisons abandonnées. L’administration n’était pas sollicitée pour procéder à des réquisitions, l’argent public n’était pas mobilisé pour construire des maisons. La formule idéale en ces temps difficiles. Voilà des gens – partisans de la libre entreprise – que le ministre du Logement aurait du citer en exemple, voire encourager ! Des individus sans ressources réglant eux-mêmes leur problème de logement, c’est plutôt rare.

Mais Cécile Duflot tient trop à son mandat de ministre pour oser déplaire à son patron, Jean-Marc Ayrault, Premier ministre et grand manitou de l’aéroport du Grand Ouest.

Que pense de tout cela François de Rugy ? Lui aussi évite de se mouiller : « Sur ce sujet il n’y a pas de différence entre François Fillon, chaud partisan du projet, et le Premier ministre actuel ». Quant à quitter le Gouvernement, pas question : « C’est un désaccord noté comme tel avant les élections, souligne-t-il. On a pas rogné nos convictions » (Le Monde, 02/11/12). Service minimum en quelque sorte.

Cette guérilla de Notre-Dame-des-Landes n’a guère intéressé le JT de 20 heures. Dommage. Pourtant il y avait de belles images à fournir aux foules « sentimentales ». Evidemment les télés se seraient précipitées, si François de Rugy, Ronan Dantec, Joël Labbé ou Paul Molac s’étaient installés dans une cabane édifiée dans un arbre pour y vivre leur vie. Des parlementaires écolos bretons cernés par la gendarmerie, cela aurait eu de la gueule. La Chouannerie en 2012…Une ministre en train de pleurer pour cause de gaz lacrymogène, voilà qui aurait touché le public féminin. Mais Cécile Duflot n’y a pas songé… et sa directrice de la communication non plus.

On avait pourtant connu Cécile Duflot plus incisive sur ce dossier. C’était le cas en juillet 2011, alors qu’elle n’était que patronne des Verts, à l’occasion d’un rassemblement à Notre-Dame-des-Landes. En cas d’accord avec le PS, « l’une des conditions incontournable sera l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes ». « C’est une question de valeurs, de choix de société, pas du tout un problème d’aménagement, poursuit-elle. Le sujet est éminemment politique et touche au cœur du projet d’alternative à la politique de l’UMP et de Nicolas Sarkozy sur lequel nous travaillons avec l’ensemble des partenaires de gauche. Le budget de cet aéroport chiffré autour de 500 millions d’euros est un vrai mensonge, une escroquerie : si on regarde ce qui s’est passé dans d’autres pays, il faut sans doute compter 2 ou 3 milliards ! » (Libération, 11/07/12).

Certes, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. C’est peut-être ce qui est arrivé à Sylvain Fresneau, un paysan de la commune, leader de l’opposition à la construction de l’aéroport : « On goute avec désagrément le changement tant vanté par François Hollande et mis en musique par Jean-Marc Ayrault, Premier ministre défendant un dossier qu’il portait déjà en tant que maire de Nantes. Mais on ne lâchera pas. On est chez nous ici, les forces de l’ordre non. Sitôt leur départ on reprendra possession des lieux. » (Le Monde, 18/10/12)

Ce n’est pas demain ni après-demain que Jean-Marc Ayrault sera candidat à une quelconque élection dans cette commune. Pourtant il y est présent quotidiennement, à son corps défendant. A l’entrée du bourg de Notre-Dame-des-Landes, la photo du Premier Ministre est affichée sur tous les panneaux et barrée d’un message vengeur : « Wanted Ayrault-Porc » (Libération, 31/10/12). Demain  une « manifestation de réoccupation » est prévue sur le site à partir de 11 heures. La guérilla continue.

Yves Cadic pour Novopress Breizh

Crédit photo : Briand via Wikimedia, (cc).