Dans les coulisses de l'opération des identitaires à la mosquée de Poitiers en chantier

Dans les coulisses de l’opération des identitaires à la mosquée de Poitiers en chantier

Ces “coulisses” sont rapportées par l’hebdomadaire Minute du 24 octobre.
Samedi dernier avant l’aube et jusqu’à l’après-midi, des militants de Génération identitaire ont occupé le chantier de la future « mosquée cathédrale » de Poitiers. Emoi national  ! Jusqu’au premier ministre, tout le monde y est allé de sa condamnation ! Essai de retour à la raison et révélations sur les coulisses de ce joli coup.

L’opération de Poitiers avait été minutieusement préparée, et cela dans le plus grand secret. Même le président du Bloc identitaire, Fabrice Robert, n’était pas dans la confidence. Il savait que quelque chose d’important était dans les tuyaux, avait été réveillé samedi sur le coup de six heures du matin (par le téléphone, pas encore par la maréchaussée…), mais il ignorait quel objectif avait été choisi par les jeunes militants. Et c’est normal: le fonctionnement de la mouvance identitaire est ainsi fait qu’il n’est pas pyramidal.

L’église de Vierzon prise comme leurre pour les journalistes qui accompagnaient l’opération

Afin de préserver le secret de la « cible » choisie jusqu’à la dernière minute, les jeunes identitaires ont dû inventer un leurre. Aux journalistes invités à les accompagner, ils avaient dit, de façon sommaire, que l’action allait se dérouler « quelque part entre Paris et Lyon ». Un peu court pour que les reporters de RMC et de BFM TV acceptent de se rendre, sans autre précision, au rendez- vous nocturne qui leur était fixé… sur une aire d’autoroute, près de Châteauroux, à deux heures du matin !

Aussi, quand les futurs « reporters embarqués », selon la formule en vigueur sur les théâtres d’opération, ont demandé si, par hasard, l’opération n’allait pas concerner l’église Saint-Eloi de Vierzon dans le Cher, les identitaires n’ont pas démenti. L’hypothèse était hautement vraisemblable puisque le diocèse vient de décider de mettre en vente cette « bâtisse des années cinquante, comportant une nef de 26 mètres de long par 11,30 m pouvant accueillir plus de deux cents personnes » – un monument situé, comme l’a écrit « Le Berry républicain » de façon très politiquement correcte, « dans un quartier qui a vécu de grands bouleversements démographiques » – et que les Identitaires, avec l’envahissement d’un Quick halal à Villeurbanne, avec l’Apéro Saucisson-Pinard, avec les Assises de l’islamisation, se sont fait une spécialité de s’opposer aux avancées de l’islam en France.

Or, à Vierzon, une association de Marocains s’est manifestée pour acquérir l’église. De sorte que le quotidien régional a titré, le 9 octobre: « L’Eglise Saint-Eloi, future mosquée ou future salle d’obsèques civiles? » Cette information a fait le tour de la planète après qu’elle a été relayée ainsi par RTL deux jours plus tard: « Mise en vente, une église du Cher pourrait devenir une mosquée » et que France Télévisions y a consacré un su jet, mis en ligne sur son site Internet sous cette accroche: « Et si le clocher de l’église Saint-Eloi diffusait un jour le chant du muezzin? » Le diocèse et le « Berry républicain » ont croulé sous les appels de journalistes, y compris du « Washington Post » et de la télévision publique sud-coréenne!

C’est donc avec la certitude d’être emmenés à Vierzon que les reporters de RMC et de BFM TV sont allés au rendez-vous, où ils ont été pris en charge par les militants qui les ont conduits, toujours sans rien leur révéler, jusqu’à une commune de 500 habitants située à environ une heure de Poitiers où les attendaient des militants venus en voiture de toute la France. Lesquels ne savaient non plus pourquoi ils étaient là. Il était 4 heures du matin. Vingt minutes plus tard, tout le monde sachant maintenant de quoi il retournait et ce qu’il avait à faire, c’était le départ pour Poitiers.

Vers 5h45, l’occupation pacifique de la mosquée en construction débutait, avec le déploiement, depuis le toit de l’édifice, d’une banderole: « 732. Génération Identitaire ». Les « revendications » des occupants: même pas la démolition de l’édifice, même pas le renvoi des Arabo-musulmans mais la tenue de référendums sur l’immigration et sur la construction de mosquées en France (photo en Une).

L’imam lui-même se réfère à la bataille de 732 !

Dans les coulisses de l'opération des identitaires à la mosquée de Poitiers en chantier

L’occupation du chantier de la future grande mosquée cathédrale de Poitiers par les jeunes identitaires a fait le tour du monde dans les médias

La mosquée de Poitiers, dont les travaux sont actuellement interrompus, n’a pas pour seul but de fournir un grand lieu de culte aux musulmans du Poitou. Le bâtiment est éminemment politique. Le conseiller municipal socialiste Abderrazak Halloumi l’a dit très clairement au journal local: « De par sa position de ville relais entre le Nord et le Sud, Poitiers devrait avoir une mosquée centrale, une mosquée cathédrale. »

Le terrain a été cédé gracieusement par la ville, alors dirigée par le socialiste Jacques Santrot et la commune a même débloqué 150000 euros pour l’aménagement d’une mosquée provisoire en attendant que la « mosquée cathédrale » soit achevée!

En 2005 – le permis de construire a été accordé en 2003 –, « L’Express » révélait que ce projet de grande mosquée était « porté à bout de bras par un seul homme: Boubaker El-Hadj Amor, le grand mufti de la communauté musulmane poitevine », qui était alors « l’un des piliers de l’UOIF en France, [président du] conseil régional du culte musulman (CRCM) de Poitou-Charentes » et pilotait « l’institut de formation des imams, situé dans la Nièvre », entre autres activités.

Un homme très controversé pour son rigorisme religieux, ses liens avec les Frères musulmans et son approche très politique de l’« is lam à la française ».

Ainsi, pour con vaincre l’Union des organisations islamiques de Fran ce (UOIF) d’apporter sa contribution financière à l’édification de cette « mosquée cathédrale », « L’Express » lui prête des propos qu’il n’a pas démentis: « J’ai fait valoir l’histoire de Poitiers. Un lieu de culte et de paix sur les ruines de la bataille de 732: tout un symbole. » (1) En effet…

Aussi voit-on mal pourquoi quatre militants identitaires ont été placés en garde à vue durant quarante- huit heures (le maximum légal) puis mis en examen, pour « incitation à la haine raciale » ou « complicité », selon qu’ils étaient sur le toit de la mosquée ou à son pied, au motif qu’ils avaient scandé: « Charles Martel! Charles Martel! » ou encore « L’identité, elle est à nous, on s’est battus pour la reprendre, on se battra pour la défendre! » Le terrain de bataille, en quelque sorte, avait été fixé par le grand mufti lui-même. Joachim Véliocas, animateur de l’Observatoire de l’islamisation, ne s’y est pas trompé, qui a fait, dès dimanche, un don financier à Génération identitaire. Un don de… 732 euros !

Un sous-préfet… ennemi des islamistes !

Ironie de l’histoire, samedi matin à Poitiers, après que la police municipale, alertée, eut refilé prudemment le bébé à la police nationale, le premier représentant officiel de l’Etat a être arrivé sur place fut Rachid Kaci, sous-préfet de Montmorillon, ville située à 50 kilomètres environ de Poitiers. Un baptême du feu pour Kaci, qui n’est en fonction que depuis le 1er septembre. Et qui fut un homme engagé ! Et notamment contre l’islamisme !

Cet ancien vice-président de France Plus (dans les années 1980) est aussi le fondateur de La Droite libre, qui a fait école, puisque son but initial était de promouvoir, au sein de l’UMP, une « droite décomplexée », libérale en économie et conservatrice sur le plan sociétal.

Après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, il avait été nommé conseiller technique à la présidence de la République, chargé de l’intégration… Dans un entretien à un site féministe, Rachid Kaci avait dénoncé la manière « dingue » dont on « organise l’islam dans ce pays »: « On va chercher les visions les plus rétrogrades qui soient, les tendances de l’islam qui dans un certain nombre de pays musulmans sont interdites. (…) L’UOIF, essentiellement, est la structure, la représentation des Frères musulmans, financée par les Saoudiens, par la Ligue islamique mondiale et ce sont ces structures que l’on reconnaît comme étant représentant officiel des musulmans de France! »

Mieux vaut militer à Greenpeace…

Entré dans la préfectorale et donc astreint à un devoir de réserve, Rachid Kaci ne fait plus de politique.

Samedi, c’est lui qui, le premier, a demandé aux jeunes identitaires de cesser leur occupation avant que le préfet de la Vienne, Yves Dassonville, ancien directeur de cabinet de Christian Estrosi au secrétariat à l’Outre-Mer, ne prenne les choses en main. Avec, pour leitmotiv: « Vous avez réussi votre coup, maintenant descendez. »

Après une dizaine d’heures à avoir pataugé dans cinq centimètres d’eau – le toit de la mosquée était inondé! –, les jeunes identitaires sont descendus. Mais malgré la promesse qui leur avait été faite de les laisser partir, car il n’y avait rien à leur reprocher que de bénin (avoir organisé une manifestation sans en demander l’autorisation), quatre des 73 militants, ceux que la police tenait pour les meneurs, ont été arrêtés.

Gardés à vue durant deux jours, ils ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire avec des conditions particulièrement strictes: interdiction de sortir de leur département, d’avoir des contacts avec les autres militants et… de se livrer à une activité politique identitaire! S’ils décidaient d’aller militer à SOS Racisme, là, ils auraient le droit! Ubuesque !

Grotesque aussi que ces jeunes gens soient poursuivis en prime pour « vol et dégradations de biens commis en réunion et portant sur des tapis de prière appartenant à la mosquée de Poitiers », alors qu’ils n’en ont subtilisé aucun et en ont juste dé placé quelques-uns sans les abîmer, sauf à considérer qu’un tapis de prière est « dégradé » du seul fait qu’il a été touché par un « infidèle »

La décision de justice est éminemment politique.

Entre le début de l’occupation et l’évacuation, il y a eu l’incroyable « hystérie de la classe politique » comme l’a relevé Marine Le Pen, avec, comme point culminant, les demandes de dissolution de Génération Identitaire ainsi que du Bloc identitaire, notamment de la part d’Harlem Désir, nouveau premier secrétaire du Parti socialiste (« Harlem Désir a gardé de son passé trotskiste l’obsession de la dissolution de ses adversaires politiques » a commenté le député UMP-Droite populaire des Alpes-Maritimes, Lionnel Luca), et les déclarations du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et du premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ce dernier ayant trouvé urgent de dénoncer « une agression contre la République et ses valeurs » alors qu’il se trouvait à Manille, aux Philippines! Lequel Ayrault, en tant que maire de Nantes, avait fait verser 200000 euros de subventions à un « centre culturel » jouxtant une mosquée tenue, là encore, par l’UOIF…

« Cette action, commente Fabrice Robert, joint par « Minute », montre l’avancée de l’islamisation et que toute la classe politique est prête à collaborer. Sinon, pourquoi une telle hystérie? Des occupations d’usines par la CGT, ça arrive tous les jours! Et ça ne suscite pas de réactions. Il y a une volonté de criminaliser le mouvement identitaire et ceux qui dénoncent l’immigration, et d’interdire tout discours contestataire. »

Quand des militants de Greenpeace pénètrent dans l’enceinte d’une centrale nucléaire, cela ouvre un débat sur la sécurité de notre parc nucléaire (2).

Quand des militants identitaires montent sur le toit d’une mosquée en construction, cela amène à demander la dissolution de leur organisation. Cherchez l’erreur…

Antoine Vouillazère

Rendez-vous : La convention identitaire aura lieu à Orange (Vaucluse) les 3 et 4 novembre. Informations sur www.conventionidentitaire.com/

(1) Lire « Les musulmans sous la coupe de l’UOIF » in « L’Express », 10 janvier 2005.

(2) Note de Novopress : quand il a écrit son article Antoine Vouillazère ne pouvait pas avoir connaissance de l’invasion, le jour de la parution de Minute, d’un studio de la Maison de la Radio à Paris par un commando d’une quinzaine de personnes qui a exigé et obtenu la lecture de son communiqué en direct dans l’émission de France Culture qui était en cours. Communiqué d’un collectif contre la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes que des dizaines ou centaines de milliers d’auditeurs ont été obligés d’entendre. Mais là aussi cela a du être considéré comme “ouvrant un débat” car le commando a pu repartir tranquillement, sans être inquiété, et le collectif n’est pas menacé de dissolution.

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 24 octobre 2012 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

Crédit image en Une : copie d’écran d’un reportage vidéo de BFMTV. Crédit photo dans le texte : Génération Identitaire, (cc).

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