[Critique ciné] Oslo, 31 août, de Joachim Trier

Traiter du suicide sans sombrer dans le pathos et le misérabilisme larmoyant est une gageure de haut-vol. Pari parfaitement réussi et maîtrisé par le norvégien Joachim Trier qui, il est vrai, ne partait pas de rien puisqu’il s’est inspiré librement mais néanmoins largement du « Feu follet » de Pierre Drieu la Rochelle, peut-être le seul véritable chef d’œuvre de l’auteur.


Suivre le parcours qui mène Anders, le fils de bonne famille toxicomane, vers son ultime « shoot », c’est comme lire l’acte de décès, brillamment illustré, du monde occidental. Car tout au long du film, on cherche, tout comme certains des « amis » de l’anti-héros, à trouver des raisons et des arguments à opposer à sa démarche nihiliste, sans jamais vraiment en trouver. Au fond, on sent bien que si l’on n’avait pas la foi (qui « est une faiblesse » selon les parents d’Anders), on en arriverait sans doute à la même conclusion que lui…

Mais rien dans ce film n’est démonstratif, lourdement exposé, tout est en filigrane : l’échec de l’éducation « libérale » des parents, l’impasse des jouissances artificielles, la fausse joie et les fausses légèretés des « fêtes », le mensonge et le factice érigés en manière de vivre, l’épuisement d’une génération… La scène du café où Anders silencieux perçoit toute la plate inanité des conversations avoisinantes scelle l’enfermement du personnage dans son projet de fuite qui est pour lui la seule issue envisageable.

Durant tout son propos, le réalisateur suggère beaucoup plus qu’il ne montre, pour finir par ciseler un petit joyau désespéré mais finalement pas désespérant car si Anders « n’a plus la force de tout recommencer », d’autres, fort heureusement, l’ont encore.

Amoyquechault

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