Belgique : le courant nationaliste s'effondre

Belgique : le courant nationaliste s’effondre

Par Édouard Tressalec, correspondant à Bruxelles pour Novopress sur les questions belges et bruxelloises. Crédit photo : saigneurdeguerre via Flickr (cc)

16/10/2012 – 19h30
BRUXELLES (NOVOpress) — À la veille des élections communales belges du 14 octobre, dans deux articles (Élections communales belges : la chasse aux voix allochtones, et Élections communales belges : la Belgique politique en bref) précédemment consacrés aux élections communales belges, complétés par une interview d’Aldo-Michel Mungo, militant islamovigilant du réseau « Les Résistants », nous avions prédit l’effondrement attendu de la mouvance nationaliste belge, tant au nord qu’au sud du pays, le risque de voir les formations politiques nationalistes se persuader de la viabilité de leur stratégie électorale et poursuivre dans l’erreur et enfin, l’essor du vote islamique et l’accroissement de l’influence politique des allochtones musulmans dans la « capitale de l’Europe ». Tout cela s’est effectivement produit ce 14 octobre 2012. Les raisons de cet effondrement sont toutefois différentes, selon que l’on se place en Flandre ou en Fédération Wallonie-Bruxelles.
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[Mise à jour au 16/10/2012 à 19h40, via Lionel Baland : Anvers : Bart De Wever convoque le Vlaams Belang. Le Vlaams Belang a rendez-vous ce mercredi 17 octobre 2012 à 11h30 avec Bart De Wever au sein de l’hôtel de ville (mairie) d’Anvers. Dans le cadre des discussions en vue de la formation de la majorité communale (municipale), Bart De Wever, le dirigeant du parti national-centriste flamand N-VA, a aussi convoqué le parti nationaliste flamand Vlaams Belang. Participeront à l’entretien avec Bart De Wever : Filip Dewinter, Anke Van dermeersch en Jan Penris.]
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La NVA se définit comme une « formation nationaliste démocratique », en un mot, qui pratique un nationalisme favorable à la poursuite de la politique d’immigration actuelle moyennant, tout au plus, quelques aménagements, mais qui fait preuve de la plus grande sévérité socio-économique à l’égard des francophones de Belgique. Cette approche rassure l’électeur flamand, fondamentalement bourgeois, qui se voit ainsi libre de voter « nationaliste » sans avoir à se commettre avec la droite nationaliste, une « révolte confortable », en somme.

La déroute attendue de la mouvance nationaliste

En Flandre, l’écroulement du Vlaams Belang est consécutif à la victoire de la NVA de Bart De Wever, un parti qui se définit comme « nationaliste modéré » et qui s’avère être plus populiste que nationaliste. Du côté francophone, les raisons de la chute libre électorale de la mouvance nationaliste sont bien plus profondes et plus graves. L’absence de cohérence identitaire due à la situation particulière de la Belgique francophone, le morcellement politique et l’inadéquation idéologique des divers mouvements en lice, sont les principaux responsables de la déroute patriotique en Fédération Wallonie-Bruxelles. La place est donc à prendre pour un grand parti populiste en Belgique francophone mais l’échec électoral du Parti Populaire a démontré que même cette option ne parvient pas encore à s’imposer. La mouvance nationaliste et populiste belge est donc bel et bien en situation d’échec grave.

Quant à la NVA, qui a déclaré par la voie de ses dirigeants qu’elle avait, en balayant le VB, nettoyé la tache de l’extrême-droite dont la Flandre était souillée, elle se voit ouvrir les portes du « cordon sanitaire » qui enserre le Vlaams Belang depuis tant d’années.

En Flandre : “Het Vlaams Belang is niet dood !”

En Flandre et à Bruxelles, le Vlaams Belang de Filip De Winter s’est littéralement effondré face à la NVA de Bart De Wever, et ce à tel point que certains responsables du VB se sont crus obligés de proclamer : « Het Vlaams Belang is niet dood ! » (« Le Vlaams Belang n’est pas mort ! »). Rien n’est moins certain toutefois. En effet, c’est au nez et à la barbe de Filip De Winter que Bart De Wever a raflé le maïorat d’Anvers. En outre, on ne voit pas ce qui pourrait affaiblir la NVA au profit du Vlaams Belang d’ici les élections législatives, européennes et régionales de 2014. L’avenir politique du VB semble donc bien être compromis. Et il serait vain, d’un point de vue nationaliste ou/et identitaire, de vouloir trouver dans la NVA un allié de remplacement. La NVA se définit comme une « formation nationaliste démocratique », en un mot, qui pratique un nationalisme favorable à la poursuite de la politique d’immigration actuelle moyennant, tout au plus, quelques aménagements (il faut bien rassurer les électeurs transfuges du VB), mais qui fait preuve de la plus grande sévérité socio-économique à l’égard des francophones de Belgique. Cette approche rassure l’électeur flamand, fondamentalement bourgeois, qui se voit ainsi libre de voter « nationaliste » sans avoir à se commettre avec la droite nationaliste, une « révolte confortable », en somme. Quant à la NVA, qui a déclaré par la voie de ses dirigeants qu’elle avait, en balayant le VB, nettoyé la tache de l’extrême-droite dont la Flandre était souillée, elle se voit ouvrir les portes du « cordon sanitaire » qui enserre le Vlaams Belang depuis tant d’années. À noter encore qu’à Bruxelles, en 2006, le VB comptait 16 élus. Il n’en compte plus qu’un seul en 2012.

Fédération Wallonie-Bruxelles : la Berezina des nationalistes et des populistes

Le rendez-vous manqué du Parti Populaire

Le Parti Populaire peut certes se targuer d’avoir obtenu trois conseillers communaux en Wallonie, à Frameries (7,92 %), Trooz (11,44 %) et Verviers (6,03 %), communes comptant respectivement environ 21.000, 8.000 et 56.000 habitants. Mais le Parti Populaire s’était également présenté dans sept autres communes wallonnes où il n’a obtenu aucun élu. Pire, dans les deux communes bruxelloises où le PP avait déposé des listes, il n’obtient que 0,76 % (Bruxelles-Ville) et 1,65 % (Molenbeek-Saint-Jean). Or, cette dernière commune était jusqu’à ce jour dirigée par le socialiste et très islamophile Philippe Moureaux dont la liste s’est effondrée au point de se trouver presque au même niveau que celle du MR à 1,85 % des suffrages prêt. On en vient dès lors à se demander si l’activisme du PP n’aurait pas été plus utile en soutien du MR, afin de contrer le bourgmestre sortant et de faire entendre des voix islamovigilantes au sein même du grand parti libéral, plutôt que de s’acharner à jouer vainement cavalier seul. Ce n’est donc pas grâce au PP, loin s’en faut, que Philippe Moureaux, lâché par certains de ses alliés, s’est vu obligé de déclarer forfait et de proclamer son retrait total. C’est là un premier rendez-vous manqué, local, qui s’ajoute à un autre, à l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où le PP aurait pu profiter largement de la disparition des divers FN. Ces piètres résultats n’empêchent toutefois pas le PP de considérer ces élections communales comme un tremplin pour les élections législatives, régionales et européennes de 2014.

NATION, qui s’est présenté dans trois communes seulement, n’atteint nulle part le seuil des 5 % et n’a pas obtenu le moindre élu.

NATION, adepte de la méthode Coué

Autre adepte, mais bien plus euphorique, de la méthode Coué : le Mouvement NATION. Officiellement, on y nage littéralement dans le bonheur et on ne cesse d’y proclamer des succès électoraux que, même à la loupe, on éprouve quelques peines à distinguer. Contrairement au Parti Populaire, qui s’est présenté dans douze communes (deux bruxelloises et dix wallonnes), NATION, qui s’est présenté dans trois communes seulement (deux bruxelloises et une wallonne), n’atteint nulle part le seuil des 5 % et n’a pas obtenu le moindre élu. On ne manquera pas dès lors de s’étonner de voir NATION qualifier cet évident échec électoral d’« aube ensoleillée », à croire que ce lyrisme, plus aveuglant que simplement lumineux, est supposé mettre du baume au cœur des militants qui commenceraient enfin à prendre conscience de la totale vanité de la stratégie électorale pratiquée par ce mouvement qui existe tout de même, rappelons-le, depuis près d’une quinzaine d’années (NATION fut fondé en 1999). Alors, va-t-on convaincre les militants de partir à marche forcée vers un résultat de 2 ou 3 % dans quinze ans ? On peut le craindre. NATION, comme le PP, a de toute évidence l’intention de persévérer dans la voie électorale. Las, ses arguments sont peu convaincants :

« Les objectifs électoraux sont atteints » : ainsi se satisfait-on, dans deux communes, celle de Forest (1,24%) et de Charleroi (1,16% pour les communales et de 1,46 % pour les provinciales), d’un score dépassant légèrement le « 1 % » symbolique. Mais pourquoi pas 0,5% ou  0,1% ? Qui sait si l’on ne s’en satisfera pas en 2014, histoire de relancer encore une fois la machine électorale vraisemblablement si chère à d’aucuns ?

– On souligne en gras et on ponctue de plusieurs points d’exclamation le grand succès de 4,47% obtenu par NATION à Evere. Ce succès, NATION le doit en partie à la campagne, il est vrai exemplaire, de son candidat local, un transfuge du FN nommé Eddy De Smedt. Toutefois, rappelons que ce bon score ne lui a pas permis d’obtenir le poste de conseiller communal convoité, alors qu’il n’avait pourtant pas à affronter la concurrence d’un Vlaams Belang qui, aux communales de 2006, avait raflé à lui seul 7,41% des suffrages.

– On compare le score de 0,12% obtenu par NATION aux élections régionales de 2009 sur les dix-neuf communes de la Région de Bruxelles-Capitale aux scores obtenus dans deux  communes bruxelloises (et une commune wallonne) aux élections communales de 2012, mais y a-t-il le moindre sens à comparer des élections régionales à des élections communales ? Non, bien évidemment.

– On affirme que NATION est le seul mouvement susceptible de prendre la succession de la nébuleuse FN, mais il faudra alors expliquer pourquoi justement cela ne s’est pas produit cette année, alors que les FN ont éclaté, et pourquoi, dans ce cas, à Charleroi, la liste communale de NATION n’obtenait que 1,16% des suffrages, alors qu’une liste se présentant sous le sigle FN-Belge, en raflait 5,78%, auxquels on pourrait ajouter environ 3 à 5% provenant d’autres petites formations ex-frontistes ? Le FN-Belge s’impose aujourd’hui comme le véritable héritier de l’ancien FN de Belgique.

En définitive, contrairement au Parti Populaire et à la mouvance frontiste, dont les résultats, c’est le moins que l’on puisse dire, ne sont déjà guère brillants, NATION n’a, jusqu’à ce jour, obtenu aucun élu (le FN-Belge à lui seul en compte quatre), et c’est là ce qui devrait amener les cadres de ce mouvement, non à faire montre d’euphorie, mais à se livrer, au contraire, à une sérieuse remise en question.

Le patchwork post-frontiste en pleine débâcle

Les ex-frontistes sont, comme nous l’avions signalé dans nos précédents articles consacrés aux communales belges de 2012, disséminés dans de nombreuses petites formations qui apparaissent, ici et là, selon des lois relevant largement de l’aléatoire. Ainsi a-t-on constaté en Fédération Wallonie-Bruxelles, le dépôt des listes FN-Belge, Fédération des Nationalistes Wallons (FNW), Démocratie Nationale (DN), Nouvelle Wallonie Alternative (NWA), Wallonie d’Abord (WdA) et LEPEN, soit une demi-douzaine de listes ex-frontistes. Aux élections communales de 2006, les FN totalisaient, en Fédération Wallonie-Bruxelles, vingt-neuf élus (dont deux à Bruxelles), au lendemain du 14 octobre 2012, ils n’en comptent plus que six (4 FN-Belge et 1 FNW dans le Hainaut ; 1 Wallonie d’Abord à Dison, dans la province de Liège). Bruxelles ne compte plus d’élu nationaliste issu de listes francophones. Il ne subsiste plus qu’un élu Vlaams Belang à Anderlecht (3,7%), rescapé de l’effondrement du VB en Flandre et à Bruxelles face à la NVA.

En conclusion : un besoin urgent d’autocritique et de réorganisation !

Le cas du nationalisme flamand nous semble réglé pour longtemps. En outre, la démarche nationaliste flamande est indissociable du conflit communautaire belge dont l’abord nous mènerait bien trop loin de notre propos principal : le besoin de réorganisation de la mouvance nationaliste et populiste en Belgique francophone. Au-delà du désastre électoral du 14 octobre 2012, que constatons-nous ? Que sur les huit formations qui ont déposé des listes, seules quatre ont obtenu des élus : le FN-Belge (4 élus), le Parti Populaire (3 élus), la Fédération des Nationalistes Wallons (1 élu) et Wallonie d’Abord (1 élu). Les formations qui n’ont obtenu aucun élu devraient donc tirer les conclusions de leur échec : si elles n’ont pu décrocher un seul poste de conseiller communal cette année, on les voit mal dérocher un poste de député fédéral ou de conseiller régional dans moins de deux ans ! L’auto-sabordage serait sans doute la solution la plus sage, on peut craindre qu’elle ait toutefois peu de chances d’être retenue. Wallonie d’Abord se présentant comme un parti régionaliste wallon, occupe une place particulière sur l’échiquier politique, distincte du populisme et du national-unitarisme belges, on pourrait donc envisager son maintien. Les trois formations restantes, par contre, nous semblent se faire concurrence pour des raisons que nous ne commenterons pas ici mais qui n’apparaissent pas relever de l’idéologie. Un rapprochement entre ces trois formations, voire entre les seuls FN-Belge et PP (auquel pourrait d’ailleurs s’ajouter d’autres mouvements ou partis actuellement en gestation), pourrait être un premier pas vers la constitution d’un « pôle national-populaire » en Belgique francophone, un pôle, c’est-à-dire un mouvement et non un parti électoraliste, susceptible d’attirer à lui les militants des autres formations patriotiques qui auraient eu la bonne idée de cesser de vouloir jouer cavalier seul. Ce pôle pourrait s’édifier sur la base d’un programme idéologiquement adapté à notre temps, c’est-à-dire se détournant clairement de certaines idéologies dangereusement passéistes, tenant compte, mais sans faiblesse, des desiderata de nos voisins flamands, non pas islamophobe mais islamovigilant, antiglobaliste et défendant une approche enracinée de l’Europe, économiquement ouvert sans être antisocial, social sans être collectiviste, bref, équilibré et en phase avec notre époque. Utopie ? Peut-être. Certains évoqueront, non sans ironie, les querelles de personnes et les egos surdimensionnés qui empêcheront toujours, selon eux, une telle réalisation. D’autres se réclameront d’un solidarisme absolument indissociable avec les visions libérales d’autrui (mais les solidaristes devraient comprendre que loin d’avoir attiré à eux l’extrême-gauche, comme ils l’ont toujours espéré, c’est celle-ci qui semble avoir attiré à elle nombre d’électeurs et de militants nationalistes-révolutionnaires potentiels, si l’on se reporte à la victoire du Parti du Travail de Belgique (PTB+/PVDA) au scrutin du 14 octobre !). D’autres encore nous diront qu’il est trop tard, que de toute façon la Belgique francophone manque de base identitaire. Vœu pieu, donc ? Comme le dit une phrase célèbre, si tel est le cas, n’oublions pas de demander au dernier qui partira d’éteindre la lumière. Nous sommes toutefois encore quelques uns à penser que le moment de l’extinction des feux n’est point encore venu, et cela même si le simple bon sens est souvent, il est vrai, bien difficile à transmettre.

Édouard Tressalec pour Novopress