"Une femme à Berlin : 1945" par Dominique Venner

“Une femme à Berlin : 1945” par Dominique Venner

Image de Berlin en ruine en 1945. Crédit photo : DR

16/10/2012 — 16h00
PARIS (via le site de Dominique Venner) — Sur ma table de travail, un livre dont je n’avais pas encore trouvé le temps de parler. Je répare cette défaillance en attirant l’attention sur cet ouvrage exceptionnel qui nous change des sempiternels rabâchages sur la défaite du IIIème Reich. Il réunit les souvenirs dantesques d’une jeune Allemande dans les jours tragiques du printemps 1945. Selon sa volonté, ce Journal écrit à chaud est resté anonyme. Après l’avoir lu, on comprend et on admire cette décision qui va tellement à l’encontre des déballages obscènes d’aujourd’hui. Ce Journal a été publié après la mort de son auteur, exilée aux États-Unis. La traduction française a pour titre, Une femme à Berlin. Journal, 20 avril-22 juin 1945.

Jeune journaliste allemande apolitique, certainement vive et jolie, ayant beaucoup voyagé pour son travail, parlant un peu le russe, elle fut saisie, comme tant d’autres femmes dans le piège fatal qu’était devenu Berlin à la fin d’avril 1945, lors de l’effondrement du Reich, à l’arrivée des troupes russes. Plus aucun homme dans la grande ville, sinon quelques vieillards. Tous les autres étaient morts ou mobilisés pour les ultimes combats. La jeune Berlinoise subit alors le sort de toutes les femmes qui ont été prises dans cet atroce guêpier, les viols à répétition accompagnés de toue sorte de violences de la part d’une soldatesque frustre, ivre de vodka, de victoire et de revanche. Sans eau, sans services, sans nourriture, la ville démolie par les bombardements était retournée à l’âge de pierre.  La jeune anonyme raconte son sort et celui des autres femmes autour d’elle. Question bientôt rituelle et comme détachée : « combien de fois vous ont-ils ?… » L’épouvante et l’horreur sont décrites heure par heure. Mais avec une pointe d’humour et de détachement qui l’a sauvée. « Vaincre la mort rend plus fort », cette remarque revient plusieurs fois dans ce Journal. De fait, elle a survécu à tout, physiquement et moralement. Et cette victoire sur le sort et le malheur est sans doute la part la plus admirable de ce livre pathétique et pourtant tonique. Le lecteur est saisi de compassion horrifiée autant que d’admiration. Rarement fut écrit un témoignage aussi poignant et véridique du fond de l’enfer. Dans ces épreuves, après des jours de panique et d’horreur, après ce qu’elle a subi de répugnant comme tant d’autres, cette jeune femme est parvenue à une sorte de sérénité. Dans ce Journal d’épouvante se manifeste une vigueur, un courage et une tonicité indestructibles.

On perçoit que cette jeune femme a été sauvée en partie pour avoir tenu chaque jour son Journal sur les restes d’un méchant cahier ou de simples bouts de papier, ce qui a eu sur elle un effet de catharsis, évacuant le mal en le crachant sur le papier. Dans une situation infiniment pire, elle a fait ce que faisait Marc Aurèle en campagne, consignant ses Pensées après les combats. Ainsi ne s’est-elle jamais abandonnée. « Nous avons besoin de nourriture spirituelle », note-t-elle. Étant détachée de toute religion, cette nourriture spirituelle, elle la trouve en elle-même et dans sa riche culture. Lucide, elle écrit : « Je sais maintenant que nous, Allemands, nous sommes fichus, mais notre bon vieux soleil brille toujours dans le ciel ». Et ailleurs : « Je sais que je fais partie de mon peuple, même maintenant ». Aucun apitoiement. La défaite et ce qui l’a accompagnée ne l’ont pas écrasée et n’ont pas annulé sa capacité de penser. Sa liberté intérieure a résisté à tout.