Valls hésitation - Vers une régularisation massive des clandestins ?

Valls hésitation – Vers une régularisation massive des clandestins ?

Le mois prochain, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, doit adresser à tous les préfets la circulaire fixant les conditions de « régularisation » des immigrés clandestins. L’ennui, c’est que son élaboration se fait en partenariat et sous la vigilance des plus immigrationnistes des associations ! Pas sûr que la popularité de Manuel Valls dure longtemps…

Durant sa campagne présidentielle, François Hollande a nié vouloir « régulariser » de façon massive les immigrés, africains pour la plupart, séjournant de façon illégale sur le territoire français. « Les régularisations seront opérées au cas par cas sur la base de critères objectifs », assurait la proposition 50 de son programme, sans préciser quels seraient lesdits critères !

On pouvait néanmoins craindre qu’ils soient larges dans la mesure où, en mai 2011 dans « Le Point », Hollande s’était prononcé pour une régularisation en continu (sic), en fonction de « critères » qu’il avait énumérés: « Un travail de fait, même s’il est clandestin depuis longtemps, une attestation prouvée par des témoignages d’une présence continue sur le territoire et la réalité d’une famille en France. » « La personne concernée doit enfin faire la démonstration d’une intégration sur le territoire », avait-il ajouté, sans préciser s’il faisait référence à la maîtrise de la langue française ou à la possession d’un passe Navigo.

Le Mrap et SOS Racisme veillent au grain

Or voici venu le temps des décisions, puisque le ministère de l’Intérieur travaille sur le sujet. Une circulaire est en préparation pour indiquer aux préfectures les « critères objectifs » de « régularisation ». Elle sera prête en novembre. Et il y a tout lieu de s’inquiéter. Car cette circulaire est élaborée sous le regard vigilant et en concertation avec la « Plateforme 12 », collectif favorable à ce que tous les « sans papiers » soient régularisés et re groupant douze associations et syndicats dont, pour ne citer que les plus immigrationnistes, la Cimade, le Mrap, SOS Racisme, RESF (le Réseau Education sans frontières), l’Unef, la Ligue des droits de l’homme ou la CGT. L’ensemble de ces braves gens s’oppose au « cas par cas » et réclame la « régularisation » d’à peu près tous les clandestins ainsi que « la généralisation du droit au travail à l’ensemble des détenteurs et des demandeurs de titres de séjour (y compris les demandeurs d’asile) », considérant que ces « travailleurseuses ou futurs travailleurs-euses […] ne prennent le travail de personne » et que leur intégration est établie… par les luttes qu’ils mènent pour obtenir leurs « droits »!

Le 23 mai, la Plateforme 12 a écrit au premier ministre pour réclamer d’être reçue au nom de ces « migrants » qui, il faut le lire pour le croire, donnent « l’image d’une France du courage et qui se lève tôt pour ce faire »! Le 1er octobre, les représentants de la Plateforme 12 ont bien été reçus, et cela par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls en personne, alors que le ministre du Travail, Michel Sapin, avait veillé à ne pas se commettre personnellement et avait délégué une collaboratrice pour cette réunion.

Et Valls les a officiellement adoubés comme interlocuteurs valables… Ils sont repartis avec l’assurance de « rencontrer régulièrement les ministères en amont et en aval de la circulaire en préparation sur la régularisation et du débat parlementaire prévu en 2013 ». De cette façon vont-ils pouvoir veiller sur le contenu de la circulaire… et sur « l’effectivité » de sa mise en œuvre par les services préfectoraux. A les en croire, Valls aurait reconnu devant eux « l’arbitraire » de certains de ses services! Et les « grévistes sans papiers » que la direction nationale de la CGT soutient mordicus, souvent contre sa base, devraient très bientôt obtenir satisfaction…

Jospin fut petit joueur avec ses 80 000 régularisations

Sous le gouvernement Jospin, qui n’avait pas non plus procédé à des « régularisations massives », du moins officiellement, ce sont quand même 80000 immigrés illégaux qui, en 1997 et 1998, avaient été « régularisés », soit plus de la moitié des de mandes qui avaient été faites (150000) avec le soutien des associations immigrationnistes.

Depuis l’élection de François Hollande, la Cour de cassation a déjà interdit de placer en garde à vue des personnes au seul motif qu’elles sont en « situation irrégulière », ainsi que Manuel Valls l’a signifié en juillet au corps préfectoral. En outre, les clandestins en attente d’expulsion ne peuvent plus être placés en centre de détention mais seulement « assignés à résidence », c’est-à-dire libres de se déplacer et de se barrer comme ils veulent à l’autre bout de la France sauf à placer un planton devant chaque domicile connu…

Et, selon un projet de loi présenté fin septembre au conseil des ministres, le fait de faciliter le séjour d’un immigré entré illégalement sur le territoire national ne sera bientôt plus un délit. Le pouvoir socialiste va supprimer le décret-loi qui datait de 1938 (et était devenu l’article L622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) et prévoyait jusqu’à cinq ans de prison et 30000 euros d’amende pour « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France ». Seule l’aide « à but lucratif » sera sanctionnée, pour qu’on puisse quand même poursuivre les « passeurs », tout en « régularisant » à tour de bras les « passés », qui sont estimés aujourd’hui à plus de 400000…

Antoine Vouillazère

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 10 octobre 2012 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

Crédit photo : Bresson Thomas, via Wikimedia (cc).