Municipales à Anvers : le choc des titans

Municipales à Anvers : le choc des titans

12/10/2012 – 12h00
ANVERS (NOVOpress via Lionel Baland) — Le 14 octobre 2012, des élections locales ont lieu en Belgique. À Anvers, la ville la plus importante de Flandre, trois personnalités de premier plan s’affrontent pour la mairie : le bourgmestre socialiste sortant Patrick Janssens, l’homme fort du Parti nationaliste flamand Vlaams Belang Filip Dewinter et le dirigeant du Parti national-centriste flamand N-VA Bart De Wever.

Lors de ce scrutin (qui se déroule à la proportionnelle comme toutes les élections qui ont lieu en Belgique), les électeurs sont appelés à élire les conseils municipaux, qui à leur tour choisissent le bourgmestre (maire) et les échevins (maires adjoints). Les citoyens qui n’habitent pas à Bruxelles votent aussi pour les membres des conseils provinciaux, qui désignent à leur tour les membres des exécutifs provinciaux : les députés permanents. Et seulement à Anvers, les électeurs procèdent également à l’élection des conseils de districts, une sorte de conseils de quartier, qui choisissent ensuite les membres de leurs exécutifs respectifs. Ces élections du 14 octobre 2012 sont déterminantes pour l’implantation locale des partis politiques durant les six prochaines années.

L’avenir du gouvernement en jeu
Le gouvernement national issu des élections législatives du 13 juin 2010 a été mis en place après 18 mois de négociations, le 6 décembre 2011. Si cette date est celle à laquelle Saint-Nicolas passe apporter ses présents aux enfants sages, le gouvernement Di Rupo né ce jour n’a pas été un cadeau pour la population. Il a été contraint, pour atteindre les objectifs budgétaires fixés par l’Union européenne, de matraquer la population de taxes et de procéder à des coupes budgétaires. Ce scrutin législatif a montré une nette coupure au sein du pays. Dans la riche Flandre, les partis de centre droit et le parti nationaliste flamand Vlaams Belang sont étrillés par le parti national-centriste flamand N-VA. La gauche y reste fortement minoritaire. Dans la pauvre Wallonie, la quasi-totalité du corps électoral a choisi des partis de gauche et du centre. Le gouvernement Di Rupo regroupe les trois partis du système (socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux) tant de la partie francophone du pays que de la partie néerlandophone (précisons que les sociaux-chrétiens et les libéraux sont situés nettement plus à droite sur l’échiquier politique en Flandre qu’en Wallonie).

La présence d’un Premier ministre socialiste francophone issu de la partie la plus pauvre du pays, le Hainaut, cristallise le rejet du gouvernement par la population flamande qui est majoritaire dans le pays. Ce rejet des partis du système qui gouvernent le pays conduit à un effondrement de ces formations politiques qui ne récoltent plus, ensemble, en Flandre, dans les sondages, que 40 % des votes. La N-VA est donnée autour de 40 % et le Vlaams Belang à 10 %. Le reste des voix va en partie vers les écologistes.

Si les estimations des sondages sont confirmées dans les urnes, les partis du système seront laminés et perdront massivement des élus locaux. Le Vlaams Belang aussi. La N-VA, refusant de gouverner avec le Vlaams Belang à quelque niveau que ce soit car ce parti a été placé parle système sous « cordon sanitaire » (ce qui signifie que les autres partis refusent de gouverner avec lui), la N-VA devra se chercher des alliés parmi les autres partis pour obtenir des majorités au sein des assemblées. Cependant, si la N-VA acceptait de s’allier avec le Vlaams Belang, de nombreuses municipalités de Flandre tomberaient complètement aux mains des nationalistes.

La question qui se pose en cas de large victoire des nationalistes flamands est de savoir si le gouvernement belge tiendra le coup ou tombera, les partis flamands du système pouvant difficilement continuer à le soutenir.

Par contre, dans la partie francophone et dans la partie germanophone de la Belgique, les partis du système sont hégémoniques et vont le rester car aucun autre parti ne constitue pour eux une menace électorale.

Nationalisme flamand
L’histoire du nationalisme flamand remonte au XIXème siècle. En 1830, une révolution éclate dans le sud des Pays-Bas de l’époque. Elle conduit à une sécession de la partie méridionale du pays qui donne naissance à la Belgique. Au sein du nouvel État, la langue dominante est le français, langue de la bourgeoisie, alors que le peuple parle des dialectes latins, néerlandais ou allemands. Si, à l’école du village l’enseignement primaire est donné dans la langue (français, néerlandais ou allemand) la plus proche du dialecte parlé, l’enseignement secondaire et supérieur se fait en français.

Cependant, petit à petit, la conscience nationale flamande s’éveille. En 1838, Hendrik Conscience publie le roman historique Le lion des Flandres qui retrace la victoire du peuple flamand sur la chevalerie française lors de la Bataille des éperons d’or en 1302. Le combat pour la défense de la langue et de la culture flamande est lié au combat social face à la bourgeoisie qui est francophone.

Lors de la Première guerre mondiale, alors que la plus grande partie de la Belgique est occupée par les troupes allemandes, une partie du mouvement nationaliste flamand collabore avec l’Allemagne. L’autre partie qui combat au sein de l’armée belge contre l’Allemagne est envoyée au casse-pipe. Au sortir de la Première guerre mondiale, une vague de répression s’abat sur ceux que l’État belge estime avoir trahi. Le mouvement flamand poursuit sa lutte. Lors de la deuxième guerre mondiale, une partie du mouvement nationaliste flamand collabore avec l’Allemagne et subit au sortir du conflit une répression. Décapitée, cette tendance politique se reprend et la Volksunie (Peuple Uni), fondée en 1954, connaît une rapide ascension et est amenée à participer à des gouvernements. À la fin des années 1970, une scission droitière donne naissance au Vlaams Blok qui devient en 2004 Vlaams Belang (Intérêt flamand). Il a le vent en poupe, atteignant 24,2 % des voix en Flandre lors des élections régionales de 2004. Entre 2004 et 2008, la N-VA forme un cartel avec les sociaux-chrétiens flamand. Le Vlaams Belang recule fortement à partir de 2006 suite à la progression de la N-VA qui capte une partie des électeurs déçus par le fait que, à cause du cordon sanitaire, le Vlaams Belang n’a accès à aucun niveau de pouvoir.

Municipales à Anvers : le choc des titans

Le lion des Flandres

La N-VA utilise le slogan « La force du changement » alors que le Vlaams Belang a adopté « choisir la sécurité ». Les deux partis ont publié chacun un livre à propos de l’immigration. Leurs positions divergent cependant. Si les deux désirent une politique d’immigration restrictive, le Vlaams Belang va plus loin et dénonce lors d’actions choc l’islamisation du pays. La N-VA veut avant tout modifier la nature de l’immigration et accueillir des étrangers qui amènent un « plus » tout en évitant d’accepter, comme c’est trop souvent le cas à l’heure actuelle, des étrangers qui posent problème. Bart De Wever dit que 80 % des étrangers qui viennent en Belgique n’ont pas pour objectif de travailler, que des criminels et des violeurs sont régularisés. Le Vlaams Belang dénonce l’islamisation de la société et le multiculturalisme alors que la N-VA est seulement opposée au fondamentalisme musulman.

La N-VA et le Vlaams Belang, issus de la même mouvance politique sont deux frères ennemis. Arriveront-ils à s’entendre ? Réponse après le 14 octobre.

Crédit photo en Une : Wikipédia, (cc).