Comment ils ont tenté de tuer le FN - Par Thierry Normand

Comment ils ont tenté de tuer le FN – Par Thierry Normand

Le Front National fête ses 40 ans. Jamais, dans l’histoire de la République, un parti n’aura autant fait l’objet de campagnes de calomnies et de dénigrements que lui. Trois d’entre elles furent particulièrement spectaculaires :

Le 13 septembre 1987, Jean-Marie Le Pen est l’invité de l’émission « Le grand jury de RTL ». Comme toujours, les journalistes se montrent virulents et agressifs. Alors que le sujet n’intéresse personne, Le Pen est sommé de dire ce qu’il pense du révisionniste Robert Faurisson. Le président du FN répond ne pas connaître ses thèses, précise qu’il ne « dit pas que les chambres à gaz n’ont pas existé » avant de lâcher que « la façon dont ces gens ont été tués constitue un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ». Les questions continuent. Un jour passe. Rien… Mais quarante-huit heures plus tard, l’hystérie collective s’empare des médias. Le monstre ! L’incarnation de l’horreur ! Les chemises brunes sont de retour. Un mot, un seul mot, sans doute maladroit, à suffi à créer un scandale artificiel. Le 18 septembre, Le Pen fait une mise au point lors d’une conférence de presse. A ses côtés se tient Robert Hermerdinger, un conseiller régional du FN qui présente une particularité: il est juif. Son épouse a été déportée à Auschwitz. Les médias n’en ont cure. Le Pen traînera l’affaire du détail comme un boulet pour le reste de sa vie politique.

Dans la nuit du 8 au 9 mai 1990, plusieurs tombes du cimetière juif de Carpentras sont profanées. Le 9mai au soir, Le Pen est l’invité de l’émission « L’heure de vérité ». La profanation n’aurait été découverte que le 10 mai au matin. Aucun lien entre le forfait et la présence de Le Pen à la télévision. Mais qu’importe la chronologie pour les justiciers. Pierre Joxe, ministre socialiste de l’Intérieur, déboule dans le cimetière et déclare: « Les coupables sont connus ». Suivez mon regard ! Le 14 mai, 200000 personnes défilent dans les rues de Paris derrière une effigie de Le Pen empalé et portant la mention « Carpentras, c’est moi ». En tête de la manifestation, François Mitterrand. C’est la première fois qu’un président de la République en exercice prend part à une manifestation publique. Cette campagne enraie l’ascension du FN qui – depuis les premières affaires de voile islamique en 1989 et l’élection, en décembre 1990, de Marie- France Stirbois à l’Assemblée nationale avec 61,3 % des voix – a de nouveau le vent en poupe.

«La quinzaine de la haine »

Changement de décor le 21 avril 2002. Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle en éliminant Lionel Jospin ! La « quinzaine de la haine » (1) commence dès la proclamation des résultats. Les manifestations de rue se multiplient, mobilisant jusqu’aux écoliers de maternelle. Les bambins brandissent des écriteaux « Le Pen, méchant ». Les ont-ils écrits eux-mêmes ? Qu’importe, la France est en danger ! Les bruits de bottes raisonnent ! Les convois de la déportation sont prêts à partir ! Au secours ! Evêques, rabbins, militaires, chanteurs, acteurs de cinéma, hommes politiques, médecins, francs-maçons, enseignants, syndicalistes, journalistes, porno-stars, sportifs et antiracistes, tout le monde sonne le tocsin. Même l’association des victimes de l’amiante appelle à faire barrage « au fascisme assassin »! Du Canada, Johnny Hallyday demande aux Français de se ressaisir. Chacun est sommé, sous peine d’exécution, de dire qu’il votera pour Chirac au second tour. Ce même Chirac, que la gauche appelait « super menteur » avant le premier tour, refuse de débattre avec son adversaire dont il ne prononce pas le nom par peur de la contamination.

Comment ils ont tenté de tuer le FN - Par Thierry Normand

Le 5 mai, la France est sauvée. Elle a échappé à la solution finale. Hitler n’ira pas à l’Elysée. Le Pen non plus. Chirac est réélu avec plus de 82 % des voix. Le 29 décembre 2007, Lionel Jospin reconnaîtra sur France Culture que « l’antifascisme n’était que du théâtre », que « nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, même pas face à un parti fasciste ». Même si faute avouée est à moitié pardonnée, leur mauvaise foi, leur folie psychiatrique et leur furie collective ne sont pas près d’être oubliées.

Thierry Normand

(1) NDLR. Allusion au « quart d’heure de la haine » dans le livre 1984 de George Orwell. Cette liturgie de la haine était un moyen de contrôler psychologiquement les individus.

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 3 octobre 2012 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

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