[Tribune libre] Un milliard de touristes dans le monde en 2012

[Tribune libre] Un milliard de touristes dans le monde en 2012

Un milliard de touristes dans le monde en 2012 selon les prévisions de l’organisation mondiale du tourisme… Même la crise économique n’arrive pas à endiguer cette catastrophe, c’est à désespérer…

Des centaines de millions de personnes qui voyagent et pas une seule qui rentre moins conne et mauvaise qu’elle n’est partie. Des millions de litres de kérosène brûlés, des centaines de sites naturels définitivement ravagés, des dizaines de milliers de gamines et de gamins prostitués pour vider les couilles des dromomanes en shorts et débardeurs, presque tous les paysages du monde défigurés, tout ça pour rien… Rien d’autre que des comptes facebook saturés de photos à la con, quelques récits « pittoresques » autour d’une Guiness au pub et d’interminables comparaisons tarifaires ou culinaires avec les collègues étant eux-aussi allés souiller telle ou telle région du monde…


Pourquoi font-ils ça ces salopards ? On ne peut s’empêcher de se poser la question en voyant leurs mines accablées et suantes dans l’interminable file d’attente menant à Saint Pierre, leurs sourires figés et forcés devant une statue où un colonne dont ils ignorent tout mais qu’ils pensent trouver « jolie » ou leur angoisse tremblotante à l’idée de rentrer dans un café ou un restaurant où leur langue n’est pas connue. Parce qu’ils se forcent en plus, c’est certain, ça se voit, ca crève les yeux même, ils se forcent à voyager ces pervers ! Parce que ça se fait, parce que les autres le font, parce que faut bien occuper ses vacances, parce que c’est comme ça… Alors ils traînent leur nullité et leur ennui d’un point A à un point B et reviennent, avant de recommencer dans six mois ou un an. Il faut écouter leurs commentaires face au Colisée (« 5000 ans d’histoire, ça a quand même de la gueule! ) ou la fontaine de Trevi (« C’est là qu’à été tournée un des scènes du dernier clip de Shakira je crois… ») pour tirer un trait définitif sur la risible et criminelle légende du voyage qui « forme» ou qui « éduque ».

Le couple de français qui mange sa glace industrielle en poussant des petits cris de délice extatique, l’emmerdeuse à lunettes qui lit entièrement chaque page de son guide en traînant derrière elle un crétin épuisé qui sait qu’il doit encore se taper un ou deux musées s’il veut espérer tremper le biscuit ce soir à l’auberge de jeunesse (Se faire sucer, il a déjà renoncé. Trois églises, un opéra plus une heure trente de broutage de minette pour trois coups de langue désinvoltes et pressés, c’est quand même trop cher payé, on a sa dignité), les étudiants américains qui se soulent à mort assis sur le trottoir, les troupeaux à casquettes de couleurs et oreillettes vissés dans les esgourdes qui bousculent les petites vieilles pour ne pas risquer d’arriver en retard au bus, pourquoi imposer ça au monde?

Pas une plage, pas une île, pas une cité antique, pas un canal, pas un hameau ne peut se remettre du passage de ces parasites bruyants et bedonnants qui s’empressent de tout filmer et tout photographier pour être bien certains de ne rien voir, rien entendre et rien sentir. Et tout ça, encore une fois, pour quel bilan personnel?

Au moins, l’australienne et ses 18 points de suture anaux suite à son idylle avec un tunisien de l’Esquilino, elle, elle ramènera un souvenir un peu sérieux, un peu solide, un truc difficilement oubliable et franchement pas conventionnel. Pas donné à tout le monde en effet de se faire fister la rondelle sur un capot de voiture en pleine rue par un membre d’une minorité opprimée. Douloureux certes, mais original et rock’n roll! Mais les autres qu’est-ce qu’ils rapportent à part d’ignobles bibelots qui font honte à leurs enfants quand ceux-ci amènent des copains à la maison? «Des images plein la tête !», comme ils aiment à répéter? Peut-être. C’est sûr, l’endroit n’étant pas encombré, il y a de la place pour stocker massivement.

Amoyquechault

Crédit photo : jk5854 via Flickr (cc)