Des « militants » qui ne militent plus

Des « militants » qui ne militent plus

30/09/2012 – 12h30
PARIS (NOVOpress Breizh) –
Au PS et à l’UMP, on a pris l’habitude singulière de glorifier à tout bout de champ des personnages que l’on désigne sous le vocable de « militants ». A la grande époque du PCF, effectivement existaient des femmes et des hommes qui consacraient une partie – parfois importante – de leur temps libre à militer. Ils tenaient des permanences, ils évrivaient des communiqués pour la presse locale, ils fabriquaient et distribuaient des tracts, ils collaient des affiches, ils tenaient un stand à la Fête de l’Huma, ils vendaient le canard à la criée, ils plaçaient des cartes d’adhérents, ils faisaient du porte-à-porte pour faire signer une pétition… bref, on les voyait partout. Dans leur quartier c’étaient des figures. Populaires et disponibles, ils consacraient leur existence au « Parti ».

Avec la société de consommation et l’effondrement du communisme, ces êtres exceptionnels ont disparu. Qui sont alors les fameux « militants » d’aujourd’hui ? Ils ne faut pas compter sur eux pour s’engager avec la même force et le même désintéressement que les communistes d’il y a trente ans. Au mieux, ils achètent une carte – qu’ils paieront après plusieurs rappels. Dans les moments d’euphorie, (élection présidentielle), ils peuvent faire l’effort d’assister à un meeting – surtout si le transport est gratuit -, voire d’enfiler un t-shirt pour les plus jeunes. Plutôt braillards dans ce genre de circonstances, ils ressemblent fort aux supporters qui peuplent les tribunes lors des matchs de foot. Excités le jour de l’évènement, passés à autre chose le lendemain.

Donc notre « militant » mérite plutôt l’appellation « adhérent » lorsqu’il a payé sa cotisation. Et simplement « supporter » lorsqu’il se contente d’apparaître dans les grandes occasions (photo en Une : réunion de l’UMP).

Depuis les années 1980, des transformations sociologiques et culturelles profondes sont intervenues au sein des partis de gouvernement. Disparition des militants – les vrais – et apparition des professionnels. Des salariés qui, diplôme de Sciences Po en poche, sont entrés au PS ou à l’UMP – le hasard ou les relations déterminant souvent l’orientation – pour y faire carrière. Soit comme apparatchik, soit comme membre d’un cabinet (président de conseil régional, président de conseil général, président d’une communauté d’agglomération, maire d’une grande ville). Pour les plus titrés, sortant de l’ENA, les portes des cabinets ministériels, leurs sont grand ouvertes. Dans ces univers ouatés, les nouveaux « militants » apprennent à côtoyer l’autre nouvelle race de « militants » que sont les politiques, eux aussi empressés à se professionnaliser. Tout le monde est à la recherche d’un emploi…

Si bien qu’en 2012, il ne reste plus de « militants » à œuvrer au quotidien que les élus et leurs collaborateurs, tous rémunérés par le contribuable. Uniquement préoccupés par leur carrière et fort peu désireux de s’investir dans la vie d’une « section ». Certes il reste quelques poignées d’authentiques militants du côté des partis hors système, à l’extrême gauche, au FN ou dans la mouvance identitaire. Mais pas suffisamment pour donner à ces formations – du moins dans l’immédiat – la dimension  nécessaire pour faire contrepoids à ces grosses machines que sont le PS et l’UMP, qui disposent, elles, de ressources importantes. Ne serait-ce que grâce au financement public qui leur assure des revenus substantiels et réguliers. Suite aux élections législatives de 2012, le PS devrait ainsi toucher 12.798.233 euros par an, l’UMP 11.822.951 euros, le FN 5.927.966 euros, le Front de gauche 3.012.110 euros et EELV 2.382.476 euros. Précisons que le remboursement des campagnes électorales n’entre pas dans cette dotation.

À la veille de l’élection du futur président de l’UMP, le « militant » est très à la mode chez les orphelins de Sarkozy. Il est très recherché – momentanément – par les candidats. On le bichonne, on lui fait des mamours. C’est ainsi que Jean-François Copé assure : « Je suis plutôt le candidat des militants dans la mesure où j’ai cette immense chance d’être à la tête de ce parti depuis près de deux ans ». Désireux de se rassurer, il ajoute : « Ce qui est intéressant, c’est de voir qu’à l’occasion de cette élection, les militants n’ont pas forcément envie de se faire dicter ce qu’ils voteront » (Ouest-France, 10/09/2012). Voilà le « militant » devenu la vedette d’un jour, ou plus exactement de deux puisqu’il y aura deux tours (dimanche 18 novembre et 26 novembre). Après on l’oubliera…

M. Copé feint d’oublier que ledit « militant », soit simple adhérent-supporter, soit élu ou collaborateur d’élu, votera en tenant compte de la direction du vent qui lui sera indiquée par les sondages ; ces messieurs-dames suivront le souhait majoritaire des sympathisants de droite, par simple souci d’accompagner la victoire et de mettre sur orbite leur candidat à la présidentielle de 2017 – sauf si, évidemment, Nicolas Sarkozy refaisait surface… Pour l’instant François Fillon semble en pôle position.

Une dernière précision concernant le corps électoral de l’UMP : la maison comptait 264.137 adhérents à jour de leurs cotisations, au 30 juin 2012 (Le Monde 20/07/2012). Si cette armée – aujourd’hui absente du terrain – décidait subitement de « militer » on devine que les élections municipales de 2014 se présenteraient sous un tout autre jour.

Jean-Yves Le Ster

Crédit photo : UMP photos via Flickr, licence CC.