Grèce : le calvaire de la femme de gauche protégée par l’Aube dorée, ou comment le Guardian donne des frissons aux bien-pensants

Grèce : le calvaire de la femme de gauche protégée par l’Aube dorée, ou comment le Guardian donne des frissons aux bien-pensants

30/09/2012 — 10h30
LONDRES (NOVOpress) —
Entre roman gothique et nazi-porn : depuis plusieurs mois, les gros médias d’Europe occidentale régalent leurs lecteurs de « reportages » sur l’Aube dorée à vous faire froid dans le dos. Vendredi, c’est le Guardian qui s’y est mis (copie d’écran en Une) sous la plume de sa correspondante en Grèce, Mrs Smith (ça ne s’invente pas).

On se demande du reste l’intérêt pour le grand quotidien de gauche britannique d’entretenir une correspondante en Grèce, toutes les informations de l’article étant disponibles depuis des semaines ou des mois sur Internet, y compris sur Novopress. Qui ignore désormais que le « parti joue de plus en plus le rôle des agents de la force publique dans les rues » ? Que, lorsque des victimes de vols ou d’agressions vont porter plainte, la police leur répond : « si c’est une affaire qui concerne des immigrés, allez voir l’Aube dorée » ? Que les clandestins ont peur de la « phalange mécanisée » des jeunes Chryssiavghites à moto ? Que « des marchands ambulants d’origine africaine et asiatique ont été pris pour cibles » (en réalité, que des militants de l’Aube dorée se sont chargés de vérifier que des vendeurs immigrés installés sur un marché étaient en règle, les ont laissés en paix s’ils l’étaient, et chassés s’ils ne l’étaient pas) ? Que, « via un vaste programme d’action sociale, qui inclut aussi l’assistance aux personnes âgées dans les zones de forte criminalité, le parti distribue régulièrement de la nourriture et des colis de vêtements aux nécessiteux » ? [Dans l’image en Une, personnes venant de recevoir une distribution de nourriture par l’Aube dorée.]

Mrs Smith est quand même allée sur le terrain : pour interroger « dans son bureau derrière l’Acropole, Anna Diamantopoulou, ancienne commissaire européenne ». Mme Diamantopoulou est une apparatchik du Parti Socialiste grec (PASOK), dont l’édifiant curriculum vitae n’est qu’une longue liste de prébendes (secrétaire général à l’éducation des adultes, secrétaire général pour l’industrie, « ministre délégué pour le développement chargé de la privatisation et de la restructuration industrielle », etc. etc.). Elle était en dernier lieu ministre de l’éducation dans le gouvernement Papandreou, celui qui a mis la Grèce en faillite. Grande mondialiste devant l’Éternel, fréquentant les réunions du groupe Bilderberg, elle s’était notamment signalée en voulant faire de l’anglais la deuxième langue officielle de la Grèce. Elle avait aussi prédit que le pays « serait à la pointe de l’économie de la connaissance d’ici à 2020 ». Avec une puissante originalité, selon sa notice Wikipedia, « elle souligne sans cesse l’importance de maintenir un équilibre entre efficacité économique et justice sociale ».

Devant Mrs Smith, cette haute référence politique et morale « hoche la tête en signe d’incrédulité. “Je n’avais jamais imaginé que quelque chose comme l’Aube dorée arriverait ici, que les Grecs pourraient voter pour de telles gens”, soupire-t-elle ». On imagine la moue de dédain sur son distingué visage. Il faut dire que Mme Diamantopoulou et ses amis du PASOK n’avaient pas imaginé grand-chose. « Cette politique qu’ils ont, poursuit-elle, de distribuer de la nourriture seulement aux Grecs, de donner du sang seulement aux Grecs. Tout cela est terrifiant ». Terrifiant, c’est le mot.

Mais Mrs Smith a recueilli un témoignage plus effrayant encore, celui d’un professeur grec « qui n’a accepté de parler que moyennant l’anonymat ». Il avait « une amie, qui était victime d’un grave harcèlement de la part de son mari et que la police a adressée à l’Aube dorée ». On présume – à moins que l’article n’ait absolument aucun sens –, que le mari en question était issu de l’immigration : la femme avait cherché le bonheur dans la diversité et avait quelque peu déchanté à l’usage…

À ce stade, le lecteur retient son souffle. Il s’attend à ce que les « néo-nazis » de l’Aube dorée aient fait subir à cette malheureuse le traitement prévu pour son cas dans les Turner Diaries, avec autour du cou une pancarte « I defiled my race » (j’ai profané ma race). Ou, au minimum, qu’ils lui aient répondu par le proverbe anglais : « You made your bed, now you must lie in it » (comme on fait son lit, on se couche). « Débrouillez-vous toute seule ! »

En réalité, les gens de l’Aube dorée, qui sont quand même bons gars, ont protégé cette femme de son immigré de mari. Mais, horreur, « elle s’est bientôt retrouvée en train de leur donner des vêtements et de la nourriture en échange ». C’est-à-dire que les militants de l’Aube dorée lui ont demandé de contribuer à leurs collectes de produits de première nécessité au profit des Grecs ruinés par Mme Diamantopoulou et ses associés. « Elle est de gauche et absolument pas raciste, et elle est dégoûtée par ce qu’elle a été obligée [sic] de faire ».

Ni l’ami qui raconte cela, ni Mrs Smith qui le publie n’ont l’air de comprendre que, s’il y a quelque chose de dégoûtant dans cette histoire, c’est l’hypocrisie antiraciste.

Flavien Blanchon