Angleterre : Huit mois de prison avec sursis pour avoir employé le mot « moricaud »

Angleterre : Huit mois de prison avec sursis pour avoir employé le mot « moricaud »

29/09/2012 – 13h50
LONDRES (NOVOpress) —
Huit mois de prison avec sursis, plus 240 heures de travaux d’intérêt général. C’est la peine dont a écopé hier Michael Coleman, un militant du British National Party et ancien conseiller municipal de Stoke-on-Trent, dans le Staffordshire. Pour la BBC, la condamnation est même trop clémente : « Le membre du BNP Michael Coleman échappe à la prison », note avec regret le journaliste.

Le crime abominable de Michael Coleman ? Avoir employé sur son blogue le mot darky, moricaud, pour accuser la municipalité de Stoke-on-Trent « d’inonder cette ville de musulmans et de Noirs, selon un programme complet de substitution de population. L’entrée pour les moricauds, la sortie pour les Blancs ».

Le journaliste Brendan O’Neill commente l’affaire sur son blogue du Daily Telegraph, sous le titre « Moricaud est un mot répugnant mais son usage ne devrait pas être puni d’une peine de prison avec sursis ». Il dit espérer (sérieusement ?) que tous ceux qui avaient brandi la bannière de la liberté d’expression pour défendre les Pussy Riot vont se mobiliser à présent contre la condamnation de Coleman.

Brendan O’Neill relève la réaction du conseiller municipal travailliste Joy Garner, qui est à l’origine des poursuites contre Coleman et qui s’est félicité de sa condamnation, au motif que les idées du BNP « sont inacceptables pour la très grande majorité des habitants de Stoke-on-Trent ». « Qu’est-ce qui nous permet à ce moment-là, demande O’Neill, d’éreinter la Russie de Poutine pour avoir coffré des punkettes qui, selon les sondages, avaient aussi choqué une “très grande majorité” de Russes ? »

O’Neill cite De la liberté de John Stuart Mill (1859), un des textes fondateurs de la pensée libérale anglaise : « Si tous les hommes moins un partageaient la même opinion, ils n’en auraient pas pour autant le droit d’imposer silence à cette personne, pas plus que celle-ci, d’imposer silence aux hommes si elle en avait le pouvoir ». Mais O’Neill est bien obligé de conclure : « La parole est libre ou elle ne l’est pas. Et en Grande-Bretagne actuellement, elle ne l’est pas ».