Histoire belge : Bernard Arnault est riche et vindicatif

Histoire belge : Bernard Arnault est riche et vindicatif

25/09/2012 – 19h00
PARIS (NOVOpress Breizh) – Bernard Arnault (photo), patron du groupe LVMH est l’homme le plus riche de France. En 2011, ce PDG a encaissé 1,7 million d’euros de fixe, 2,7 millions d’euros de variable, sans oublier des actions et/ou stock-options valorisées à 6,3 millions. Non seulement le plus riche, mais aussi le chef d’entreprise le mieux payé du pays. Avec un tel salaire, les spécialistes estiment que, si une tranche à 75% avait existé, il aurait à payer autour de 3,5 millions pour le seul impôt sur le revenu. Mais l’homme   a des conseillers fiscaux avisés. On raconte que M. Arnault aurait déjà trouvé la solution pour échapper à la taxation par un mécanisme sophistiqué d’endettement personnel. Reste que son salaire de patron n’est rien comparé à ses dividendes d’actionnaire touchés en 2011 : 414,6 millions d’euros (Le Monde, 07/09/2012).

La fortune du PDG de LVMH est évaluée à 21,2 milliards d’euros ; elle n’était que de 2,744 en 1996. L’actionnaire principal du leader mondial du luxe en possède 33,5% à travers plusieurs holdings.

Sa fortune a profité de la bonne tenue de l’action LVMH, portée par ses résultats et sa montée au capital d’Hermès. Bernard Arnault est aussi actionnaire à titre personnel de plusieurs autres sociétés importantes. C’est le cas de Carrefour, dont il possède 9,2%. Mais la mauvaise santé de ce grand distributeur a fait perdre à cet investissement la moitié de sa valeur en un an (Challenges,12/07/2012).

La croissance des entreprises du CAC 40 a ralenti durant le premier semestre 2012. Le chiffre d’affaires de ces grands groupes s’est globalement accru de 2,6% par rapport au premier semestre 2011, d’après le cabinet d’audit et de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC). Cette progression est deux fois moindre que celle enregistrée au premier semestre 2011 (+6,6%). Sauf pour LVMH qui réalise un chiffre d’affaires de 12,966 milliards d’euros, soit une évolution de +12% sur 2012/2011. Le résultat net (part du groupe) pour ce premier semestre 2012 est tout aussi flatteur : 1,681 milliard d’euros,  soit une progression de 28,3% par rapport à 2011 (Le Monde, 01/09/2012).

Le futur Belge n’est donc pas malheureux. Il continue à accumuler. Mais parfois survient un grain de sable. C’est le cas avec la famille Hermès qui a porté plaine contre le groupe de Bernard Arnault – qui détient 22,28% du capital d’Hermès International. Cette plainte porte sur les modalités d’entrée de LVMH dans ledit capital. En effet « la famille a toujours estimé que LVMH était entré dans le capital d’Hermès avec des méthodes illicites », explique-t-on du côté des « agressés » (Le Monde 06/09/2012). Cette plaine pour délit d’initié et complicité, ainsi que pour manipulation de cours est toujours à l’étude au parquet de Paris (Charlie Hebdo, 05/09/2012).

Le manque de curiosité des journalistes étonne toujours. Surtout lorsqu’il s’agit d’en savoir « davantage » sur les conditions dans lesquelles ont pu se constituer ces immenses fortunes. En effet, sans l’appui des politiques et des banquiers, la chose s’avère impossible. C’est ainsi que le premier grand coup de Bernard Arnault remonte au règne de François Mitterrand. Il faut dire que les socialistes lui ont rendu beaucoup de services. Fabius et Mauroy en particulier, qui, en 1984, lui avaient offert l’empire Boussac pour une bouchée de pain avec ses perles Dior, le Bon Marché, Conforama. Le début de sa vraie fortune. Un spécialiste incontesté de ces questions, Bernard Tapie, résume l’affaire en deux phrases : « La France lui doit beaucoup, mais il doit également à la France. L’Etat l’a notamment aidé dans le rachat de l’entreprise Boussac, en 1984. » A l’époque, Arnault avait empoché l’équivalent de 300 millions d’euros pour son entreprise (Le Canard enchaîné, 12/09/2012).

Voilà une belle histoire que nos quotidiens et nos hebdomadaires – tous plus « indépendants » (sic) les uns que les autres, en paroles – gagneraient à nous conter par le menu. Mais ils s’en garderont bien. La raison en est toute simple : LVMH est le premier annonceur publicitaire de la place de Paris.

On prendrait donc des risques en désobligeant Bernard Arnault. Cette mésaventure était arrivée au Nouvel Observateur il y a une dizaine d’années. Un de ses journalistes avait osé chatouiller un dirigeant du groupe dans un article. La sanction fut immédiate. Bernard Arnault ordonna l’annulation de tous les contrats publicitaires signés avec l’hebdo de Claude Perdriel. C’était en décembre, période pendant laquelle les magazines engrangent les pages de publicité des groupes spécialisés dans le luxe (parfums, champagne, vêtements…). Compte tenu du nombre de marques possédées par LVMH, la perte fut importante pour le Nouvel Observateur. La direction ne peut que s’en souvenir Et la rédaction éviter de refaire des bêtises.

Ne comptons pas non plus sur les journalistes du quotidien Les Echos – propriété de Bernard Arnault – pour jouer les historiens.

Paul Le Guern

Crédit photo : nicogenin/Flickr, licence CC.