Pierre Mondy au clair de lune

Pierre Mondy au clair de lune

L’année 2012 aura été marquée par plusieurs disparitions de belles figures du cinéma français. Après Pierre Tornade et Christian Marin, c’est Pierre Mondy qui s’en est allé le 15 septembre à l’âge de 87 ans.

Des centaines de rôles au cinéma, au théâtre et à la télévision. Le palmarès de Pierre Mondy fait de lui un des plus grands acteurs français. Les titres s’alignent, les uns après les autres, de 1949 avec Rendez-vous de juillet de Jacques Becker, à 2009 avec Un homme et son chien de Francis Huster. Quelques titres phares émergen t: Week-end à Zuydcoote d’Henri Verneuil ; Impossible… pas français de Robert Lamoureux ; Le téléphone rose d’Edouard Molinaro. [Image en Une : Pierre Mondy (à gauche) joue le commissaire Rouxel dans Le Battant (1983), face à Alain Delon.]

Mais Pierre Mondy, de son vrai nom Pierre Cuq, restera pour toujours, et pour le plus grand nombre, le sergent- chef Chaudard de la trilogie de La septième compagnie. Un chef-d’œuvre du cinéma français imaginé par Robert Lamoureux. Un film comme il s’en faisait dans les années soixante-dix. Drôle et bon enfant. Frais et joyeux. Une satire de la campagne de France et de la résistance où ces diables de Français réussissaient à tourner les Allemands en ridicule. Un film vu et revu mais qui, comme La grande vadrouille ou Le corniaud, ne lassera jamais le spectateur. Un film qui, comme Les tontons flingueurs ou Un taxi pour Tobrouk comporte ses phrases cultes: « Ce qu’il faut maintenant, c’est pas rattraper les Allemands qui sont devant… sans se laisser rattraper par les Allemands qui sont derrière »; ou « Elle a son réseau, j’ai mon réseau, mon beau-frère a son réseau, on a tous un réseau… mais on mélange pas » ; ou encore « Non, c’est pas ça. Ça c’était “touche pas à ça, p’tit con” ». Sans oublier la scène, qui lui collera à la peau jusqu’à la fin de sa carrière, au cours de laquelle il apprend à nager à Aldo Maccione et Jean Lefebvre. Un Jean Lefebvre qui lui ressemblait, aussi Français et populaire que lui, sensible aux charmes de la gent féminine, et qui restera lui, non pas le Pithiviers de La septième compagnie, mais le La Ficelle de Chéri-Bibi.

Comme Jean Lefebvre, Pierre Tornade ou Michel Galabru, Pierre Mondy n’a pas échappé aux films ratés, le cinéma fra nçais des années 1970 possédant aussi le secret des navets mal plantés.

Mais comme Bourvil, qui, à la fin de sa carrière, avait pu montrer dans Le cercle rouge, de Jean-Pierre Melleville, qu’il savait jouer un rôle grave; Pierre Mondy, lui, démontra dès 1960 qu’il pouvait jouer un rôle de composition. Ce rôle, magistral, c’est celui de Bonaparte dans Austerlitz d’Abel Gance. Film qui ne connut pas le succès mérité, mais qui permit de montrer l’étendue du talent de Pierre Mondy. De l’Empereur Bonaparte au chef Chaudard, c’était le même naturel à l’écran, le même air goguenard et ce même physique légèrement enveloppé. Mais où est donc passé Pierre Mondy ? Il a rejoint le panthéon des acteurs français. De Fernandel à Louis de Funès. De Robert Dalban à Bernard Blier. De Jean Gabin à Bourvil. Les grands acteurs. Même dans les seconds rôles. Même dans les mauvais films. Une certaine image de la France. Une certaine vision du cinéma français. Tous deux en voie de disparition. Allez, une petite dernière pour un ultime hommage à la stratégie de la tenaille : « On se bat, on se bat, c’est plutôt qu’on est comme une espèce de poste avancé, quoi. Dans le cas que… comprenez, une supposition, que les Allemands reculent, crac, on est là ! – Pour les empêcher de reculer… – Non, pour euh…, la tenaille quoi. »

Thierry Normand

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 19 septembre 2012 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

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