Les 30 milliards de François Hollande : simple hors d’œuvre

Les 30 milliards de François Hollande : simple hors d’œuvre

17/09/2012 – 12h30
PARIS (NOVOpress Breizh) –« Le déficit public sera réduit à 3% du produit intérieur brut en 2013. Je rétablirai l’équilibre budgétaire en fin de mandat », annonçait François Hollande dans son programme présidentiel (« Mes 60 engagements pour la France » page 11). Avec cette promesse, il ne faisait que mettre ses pas dans ceux de Nicolas Sarkozy qui avait déjà eu l’occasion d’indiquer à la Commission européenne la même trajectoire en matière de réduction du déficit public (Etat + collectivités territoriales + administrations de sécurité sociale + ODAC).

Le 9 septembre dernier, sur TF1, François Hollande a confirmé qu’à la fin 2013, ledit déficit public serait ramené à 3% du PIB. Pour ce faire, compte tenu d’une très faible croissance, le Gouvernement doit trouver 30 milliards d’euros. Côté dépenses, le gel des crédits de l’Etat va représenter un effort de 10 milliards. Côté recettes, le chef de l’Etat a précisé que 10 milliards de plus seront prélevés sur les entreprises et 10 milliards sur les ménages.

Ce programme de « rigueur » ou d’« austérité » – au choix – a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Pourtant journalistes et commentateurs ont oublié de se pencher sur la suite. Comment s’y prendre pour passer d’un déficit à 3% à un quasi-équilibre ? Le déficit public annoncé en 2012 est de 4,5% du PIB. 30 milliards d’euros sont- nécessaires pour parvenir à 3%. Combien de milliards faudra-t-il trouver pour atteindre 2,25% en 2014, 1,5% en 2015 et 0,75% en 2016 ? Puisque telle est la trajectoire du déficit public établie par Bercy (Les Échos, 10/09/2012). Ce sont les engagements de Nicolas Sarkozy pris à la demande de la Commission européenne.

Il y a certainement moyen d’y parvenir en remettant en question les « initiatives » fiscales prises par la gauche et la droite depuis une dizaine d’années. « Selon Gilles Carrez, rapporteur général (UMP) du budget [jusqu’en juin 2012], dix années de baisses d’impôts, depuis celles engagées par Laurent Fabius en 2000, ont privé l’Etat d’un manque à gagner de 100 milliards d’euros en 2010 » rappelle Pascal Canfin (EELV), à l’époque député européen. « De plus le manque à gagner annuel lié à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux se situe autour de 30 milliards. C’est la plus grande niche fiscale ! Le Syndicat national unifié des impôts (SNUI) estime possible d’en récupérer au moins 3 milliards dès la première année avec l’embauche de 2.000 contrôleurs formés aux techniques les plus sophistiquées. », ajoute-t-il (Le Monde, 08/11/2011).

Devenu ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement, Pascal Canfin a le privilège de rencontrer chaque mercredi matin, au cours du Conseil des ministres, son collègue Pierre Moscovici (photo en Une), ministre de l’Économie, des Finances et du commerce extérieur. A coup sûr ce dernier, qui se trouve à la recherche de recettes pour boucler ses fins de mois et pour réduire déficit et dette, écouterait ces propositions avec intérêt. Sauf qu’il n’entre pas dans les habitudes des socialistes de s’en prendre sérieusement au Grand Capital. On préfère les demi-mesures. Et puis les campagnes électorales coûtent de plus en plus cher…

Paul Le Guern
Crédit Photo : Bresson Thomas, via Wikimedia (cc)