La BBC refuse la statue de George Orwell : « trop à gauche » !

La BBC refuse la statue de George Orwell : « trop à gauche » !

03/09/2012 — 08h00
LONDRES (NOVOpress) —
A load of pinkos, « un tas de gauchos » : c’est par cette formule fameuse que Sir Denis Thatcher, au temps où sa femme était Premier Ministre, avait caractérisé la direction de la BBC. Certains, outre-Manche, préféreront utiliser un vocabulaire moins énergique mais il y aura peu de gens pour nier que la BBC, depuis plusieurs décennies, soit fermement et systématiquement ce qu’il est convenu d’appeler « de gauche », à la manière de notre France Télévision. D’où la stupeur générale quand on a appris l’argument du directeur général, Mark Thompson, pour refuser l’offre du George Orwell Memorial Trust, qui voulait réaliser à ses frais une statue de l’écrivain pour le nouveau siège de la Compagnie : « Trop à gauche » !

Commentant cette réponse dans le Daily Telegraph, le député européen conservateur Daniel Hannan l’explique par l’étroitesse du petit milieu « métropolitain de gauche » – nous dirions en France bobo –, dans lequel se recrutent les journalistes de la BBC. « Ils ne connaissent pas beaucoup de conservateurs et ils ont donc une idée très inexacte de ce qui fait réagir les gens de droite. Pratiquement aucun conservateur britannique – faites-moi confiance sur ce point, M. Thompson – ne serait choqué par une statue d’Orwell ». Et Hannan de souligner qu’Orwell est beaucoup plus souvent cité par les conservateurs que par les gauchistes. « Ses concepts de thoughtcrime (crime par la pensée) et de newspeak (novlangue) ont étrangement anticipé ce qu’on appelle aujourd’hui le politiquement correct. Ses livres les plus populaires, “La Ferme des animaux” et “1984”, même s’ils blâment l’absolutisme sous toutes ses formes, sont aussi des attaques spécifiques contre le stalinisme. Son livre de non-fiction le plus connu, “Hommage à la Catalogne”, est plus dur pour la faction alignée sur Moscou en Espagne que pour Franco ». De toute façon, conclut Hannan, « et c’est peut-être le point que la BBC a du mal à saisir –, la plupart des conservateurs ne sont pas particulièrement politiques. Ils reconnaissent – nous reconnaissons – le mérite d’un homme sans nous inquiéter de son appartenance. Orwell a mérité sa statue ».

La BBC refuse la statue de George Orwell : « trop à gauche » !

George Orwell en 1933 – Photo : domaine public.

Tout cela est parfaitement exact mais Hannan a tort de supposer que la BBC l’ignore. En refusant une statue d’Orwell, la BBC sait parfaitement ce qu’elle fait. Elle manifeste combien le socialisme honnête, patriote, et vigoureusement anti-communiste d’Orwell est éloigné du conformisme politiquement correct des actuelles gauches européennes. Aux antipodes des multiculturalistes d’aujourd’hui, Orwell aimait sa terre et son peuple. Quoique incroyant, il demanda dans ses dernières volontés à être enterré selon le rite de l’Église anglicane : « la langue et la liturgie de l’Église, a écrit son biographe Bernard Crick, faisaient partie de l’identité anglaise qu’il ressentait si profondément ».

Surtout, Orwell a peint de manière inoubliable la déformation de la vérité, la falsification de l’histoire et l’abrutissement méthodique des peuples par les médias du Système. Les cadres de la BBC, en lisant 1984, n’ont pu manquer de se sentir visés – et pas seulement parce que la chambre de torture du « ministère de l’Amour » y est ironiquement nommée « salle 101 », d’après la salle de réunion de la BBC.

Dix ans avant 1984, Hommage à la Catalogne soulignait déjà le contraste entre la réalité, progressivement découverte par Orwell sur le terrain, et « l’attitude “anti-fasciste” correcte soigneusement répandue par les journaux anglais ». Orwell persiste à considérer que « Franco était un anachronisme. Seuls les millionnaires ou les romantiques pouvaient vouloir sa victoire ». Mais il décrit avec probité ce qu’il a vu: les mécanismes de la répression communiste, l’atmosphère de terreur à Barcelone, la disqualification morale des adversaires comme des « trotsko-fascistes », des « traîtres » et des « agents de la Gestapo », avant leur liquidation physique, le trucage de l’information par les journaux communistes espagnols, docilement suivis par toute la presse de gauche anglaise. Il note désabusé : « un des plus sinistres effets de la guerre a été de m’apprendre que la presse de gauche est en tout point aussi fausse et malhonnête que la presse de droite ».

On comprend que la BBC ne veuille pas de la statue d’Orwell dans ses locaux. Ce serait un reproche permanent.