Roms : le Premier ministre a-t-il tiré les leçons de son expérience nantaise ?

Roms : le Premier ministre a-t-il tiré les leçons de son expérience nantaise ?

25/08/2012 – 11h00
NANTES (NOVOpress Breizh) –
La réunion sur les Roms organisée mercredi à Matignon n’a pas donné grand chose. Pouvait-il en être autrement ? Son expérience ratée en tant que président de la communauté urbaine de Nantes ne peut qu’inciter Jean-Marc Ayrault à la prudence. Et la question continue à faire polémique dans l’agglomération nantaise.

« Roms : le ras le bol des riverains nantais », a titré Presse Océan sur toute la largeur de sa Une le 17 août (photo ci-dessus). Cette infraction caractérisée au politiquement correct était-elle une négligence d’un stagiaire laissé aux commandes en plein pont du pont du 15 août ? C’est peu probable : l’auteur de l’article-titre, Jérôme Jolivet, est un journaliste expérimenté qui a plusieurs fois traité des sujets délicats. Il évoquait le sort d’un camp rom de Trentemoult, sur la commune de Rezé, « accueilli avec une certaine bienveillance » dans ce quartier dans le quartier « clairement bobo ». « Dix mois plus tard, beaucoup ont déchanté », notait-il en citant les doléances de voisins exaspérés par la saleté des lieux et la multiplication des chapardages, voire des cambriolages.

Qu’il soit ou non un ballon d’essai, cet article ravivait une plaie qui fait mal à la gauche nantaise. Ainsi que Novopress l’avait révélé, la communauté urbaine de Nantes, présidée par Jean-Marc Ayrault, avait décidé il y a plusieurs années d’accueillir à bras ouverts les Roms désireux de s’installer sur son territoire, en s’accordant même avec la préfecture de Loire-Atlantique pour ignorer les lois applicables. Bien entendu, les premiers Roms arrivés avaient passé le mot aux autres, les camps légaux avaient été saturés, des campements illégaux étaient apparus et les incidents avaient commencé à se multiplier.

La nomination de Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre donne un relief particulier à cette expérience négative : la métropole nantaise est une sorte d’expérience pilote pour le gouvernement. Cela contribue à expliquer la quasi-absence de décision concrète lors de la réunion « décisive » sur la question des Roms organisée à Matignon. Derrière une mesure de façade (le marché du travail va être plus largement ouvert aux ressortissants bulgares et roumains, mais il l’aurait été de toute manière dans quelque mois – et encore faudrait-il que les Roms soient désireux de saisir l’occasion, car on ne les a pas tellement vus dans les 150 métiers qu’ils peuvent déjà exercer en France), on note surtout que les évacuations de campements illégaux se poursuivront.

Sans attendre cette réunion, le titre de Presse Océan avait suscité un émoi immédiat au sein de la gauche nantaise. « Évitons les polémiques » avait imploré Marc Dejean, rédacteur en chef du quotidien nantais. Mais pour calmer les amis des Roms, celui-ci avait quand même dû publier le 22 août une interview de Jean-Luc Le Drenn, maire socialiste d’Indre, qui fait localement figure de « gentil » du fait de ses prises de position « pro-Roms » (sa commune loge cinq familles), tandis que son collègue non moins socialiste de Rezé, Gilles Retière, apparaît comme le « méchant » car il réclame systématiquement l’évacuation des campements illégaux. « Nous attendons que la situation des Roms soit revue par le gouvernement », déclarait-il en mai 2011. Aujourd’hui, le gouvernement est dirigé par Jean-Marc Ayrault, mais il n’est pas sûr que Gilles Retière (qui a succédé à Ayrault à la tête de Nantes Métropole) puisse cesser d’attendre de sitôt.

Injustement accusés, les Roms ?

À en croire les associations d’aide à l’immigration, les Roms seraient injustement accusés de  commettre de nombreux méfaits. La direction centrale de la police judiciaire vient de révéler que le nombre de délits commis par des ressortissants bulgares et roumains (c’est-à-dire essentiellement des Roms, non distingués comme tels par les statistiques officielles) a progressé de 69,35 % entre 2009 et 2011, sans même parler des infractions du genre séjour irrégulier sur le territoire, violation de propriété ou vol d’eau et d’électricité. Plus de 20.000 personnes ont été impliquées en 2011. Or, selon un comité d’aide aux Roms, ces derniers « représentent 15.000 personnes en France, dont la moitié sont des enfants » ! Il s’agit souvent d’une délinquance d’habitude, principalement des vols à l’étalage, cambriolages et escroqueries (mais deux Roms d’un  campement de Saint-Herblain attendent actuellement d’être jugés pour un viol commis en septembre dernier). Voici quelques jours, à Nantes, une Roumaine a été condamnée  pour huit vols ou tentatives entre la fin juin et la mi-août, une autre pour un vol et une tentative. Une semaine plus tôt, un Rom avait été condamné pour cambriolage ; c’était sa seconde condamnation depuis son arrivée en France au mois d’avril. Novopress a signalé récemment la découverte d’une « école de fauche » à Rennes.