[Tribune libre] "L’éducation, otage des idéologies" par Zentropa

[Tribune libre] “L’éducation, otage des idéologies” par Zentropa

13/08/2012 — 17h00
PARIS (via Zentropa) — L’éducation « républicaine, laïque, et obligatoire » est par naissance un projet idéologique et politique. Contrairement aux assertions véhiculées par l’imagerie d’Epinal dont la naïveté perdure encore aujourd’hui et qui voudrait faire de la construction mise en place par Jules Ferry une noble et désintéressée croisade contre l’ignorance et l’obscurantisme des temps passés (alors que la France était alphabétisée depuis le XVIe siècle et ses « petites écoles »), l’école « moderne » a été forgée pour, en formatant les jeunes esprits, convertir irrémédiablement le peuple français aux vertus de « l’idéal républicain » et aux mérites de la pensée des « Lumières ». C’était d’ailleurs là une entreprise bien loin d’être évidente tant les français n’étaient pas « naturellement » attachés à un système qui, depuis son avènement, n’avait entraîné qu’une suite quasi ininterrompue de guerres civiles ou étrangères plus sanglantes et destructrices les unes que les autres.

Cette instrumentalisation idéologique « ontologique » a perduré depuis lors et conditionne encore aujourd’hui presque toutes les analyses et les approches des problématiques de l’éducation.

S’opposent en effet désormais essentiellement deux conceptions de l’éducation dite « nationale ». L’une, « de gauche », consistant à vouloir transformer l’école en une sorte de vaste garderie réduite à l’unique mission de marteler le prêchi-prêcha « antiraciste » et le dogme de « l’égalitarisme » confondu avec une haine quasi épidermique de tout talent et de toute méritocratie. L’autre, « de droite », proposant de muer l’école en réservoir et laboratoire de l’entreprise, entièrement soumise aux besoins et exigences du Marché et produisant à la chaîne les rouages hyper-spécialisés de celui-ci.

Dans les deux cas, il n’est plus jamais question de transmission de savoirs, d’encyclopédisme, d’apprentissages de métiers, d’instruction civique et de culture générale minimale commune… Dans les deux cas, l’éducation doit être « utilitariste », formant à la fois des « bons citoyens » conformes et bien pensants et d’efficaces et empressés petits soldats du capitalisme.

L’aspiration à édifier des « honnêtes hommes » a cédé la place à la volonté de produire des clones sagement soumis à la pensée unique patiemment bâtie, main dans la main, par la gauche sociétale et la droite affairiste.

L’abrutissement comme méthode de gouvernement

Des différents « devoirs de mémoire » » (toujours culpabilisants, la mémoire positive ou la célébration glorieuse étant soit interdite, soit réservées aux « minorités ») à la communautarisation rampante en passant par le catéchisme libéral-libertaire, l’éducation, sous couvert de neutralité et de de laïcité, n’a jamais été aussi idéologisée.

Ainsi, contrairement à ce qu’une vision superficielle pourrait laisser penser, l’actuel extraordinaire effondrement du niveau scolaire, la disparition progressive de toute culture classique, l’illettrisme galopant, le confusionnisme historique, l’abandon de la lecture et des sciences humaines, ne sont pas des phénomènes subis par le Système mais bel et bien voulus et entretenus par lui. Aux naïfs qui s’interrogent sur l’inefficacité des sommes astronomiques investies dans « l’éducation nationale » ou qui s’étonnennent de l’incapacité à « réformer le mammouth », il faut répondre que ce naufrage éducatif, cette école de la médiocrité, de l’inculture, du métissage anomique et de la violence, sont du pain béni pour l’oligarchie libérale qui ne rêve que de régner sur des populations acculturées, ignorantes et conformistes, manipulables et corvéables à l’envie. Au-delà des discours, le Système ne veut évidemment pas de citoyens libres, éclairés et lucides, mais biens des consommateurs soumis et des producteurs pavloviens qui ont toutes les caractéristiques des esclaves, à l’exception de la conscience de leur condition.

La destruction de l’éducation n’est pas un accident de l’histoire, c’est un assassinat.

Patronat comme histrions de la gauche sociétale et médiatique se satisfont pleinement d’une école réduite au double utilitarisme, évoqué plus haut, du politiquement correct et du productivisme libéral.

C’est pourquoi il n’y a désormais plus d’espoir pour l’éducation qu’en dehors de celle dite « nationale », familles et communautés doivent se réapproprier la fonction éducative accaparée par l’État, pour faire renaître, en s’appuyant sur des structures alternatives (écoles hors contrats, séminaires, cercles de lecture et de formation ,compagnonnage, réunions corporatives….) une véritable culture populaire, civique et enracinée, base indispensable à toute « décence commune » sans laquelle point de société digne, juste et vivable.

Crédit photo : –Peng/Wikipédia (cc)