Les Bretons devraient rouler breton

Les Bretons devraient rouler breton

08/08/2012 — 14h00
RENNES (NOVOpress Breizh) — PSA se trouvait déjà en mauvaise santé en février 2009. A tel point que le président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy, avait lancé un plan d’aide à l’automobile, qui s’était traduit par un prêt de 3 milliards d’euros à Peugeot-Citroën ; la même somme avait été allouée à Renault. Certes, le principal, avec les intérêts à la clé, fut remboursé par les deux constructeurs, mais sans l’intervention de l’argent public ces deux entreprises n’existeraient peut-être plus aujourd’hui.

En juillet 2012, nouveau court-circuit chez PSA. A l’origine, les erreurs de stratégie du groupe, selon les experts. Un outil de production dimensionné pour quatre millions de véhicules que le groupe n’a jamais été en mesure de vendre, du fait d’une internationalisation insuffisante et d’une surestimation du marché français, un positionnement sur l’entrée et le milieu de gamme – les plus concurrencés – qui tire les prix vers le bas. Résultat : les usines du groupe tournent au mieux à 60-70 % de leur capacité quand celles des Allemands sont à plus de 85%, voire plus de 90% (Les Echos, 25/07/12).

Conséquence : au premier semestre, le groupe a enregistré une perte nette de 819 millions d’euros pour un chiffre d’affaires total de 29,5 milliards (- 5,2 %). L’an passé à la même époque, le résultat net se montait à 806 millions (Le Figaro Economie, 26/07/12).

D’où le plan de restructuration annoncé le 12 juillet dernier : 8.000 postes supprimés et l’usine d’Aulnay fermée. Evidemment, la Bretagne est concernée par cette affaire puisque 1.400 emplois sont condamnés à l’usine de La Janais (Chartres-de-Bretagne).

Dans son intervention du 14 juillet, François Hollande avait estimé qu’il fallait « réduire le nombre d’emplois supprimés ». Son entourage souhaitait alors passer en revue les baisses d’effectifs prévues sur chaque site et dans chaque direction. Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, voulait par exemple faire passer  de 1.400 à 1.000 le nombre de suppressions de postes dans l’usine de Chartres-de-Bretagne. Mais il n’en sera rien, car Philippe Varin, président du directoire de PSA, a refusé de voir le contour de son plan (Le Figaro Economie, 26/07/12). On voit mal d’ailleurs comment M. Montebourg pourrait l’y contraindre.

Quelques chiffres montrent combien la situation est préoccupante dans l’usine bretonne : 315.600 véhicules produits en 25007, seulement 182.300 en 2011. 6.000 employés l’an passé, 5.600 en juillet 2012 et 1.400 suppressions d’emplois prochainement, d’abord au moyen de départs volontaires puis, si ça ne suffit pas, en utilisant la procédure du licenciement collectif pour motif économique.

Actuellement, le site de La Janais fabrique des modèles C5, C6 et 508. Mais les voitures propres y ont également leur place grâce à deux versions hybrides de la Peugeot 508 (photo ci-dessus) : la 508 RXH et la 508 Berline hybrid 4. Mais le marché de la voiture propre demeure balbutiant puisqu’en 2011, en France, les immatriculations de voitures hybrides n’ont été de 13.283 contre 2.630 pour les véhicules électriques. (Le Monde 27/07/12).

La rentrée risque de réserver d’autres mauvaises surprises à l’usine bretonne, après l’arrêt de la petite ligne fabriquant la C6, la suppression de l’équipe de nuit et la dissolution des équipes travaillant sur la prochaine génération de C5. Certes, PSA s’est engagé sur l’attribution d’un nouveau modèle. A ceci près que la promesse ne figure pas sur les documents transmis aux syndicats.

En fait, le constructeur étudie la possibilité d’assembler ses futures grosses berlines (508, C5) dans une usine de General Motors (Opel) sur une plate-forme du constructeur américain, dans le cadre de leur alliance signée en février dernier. Cette décision pourra être officialisée en octobre, lorsque GM et PSA détailleront leurs projets de coopération.

Rennes obtiendrait alors un petit monospace d’Opel et pourrait recevoir les C4 Picasso actuellement assemblées dans l’usine espagnole de Vigo, dont les lignes seront chargées par la Peugeot 301, une autre voiture low cost (Les Echos 23/07/12).

Le ministère du Redressement productif devrait faire appel au patriotisme des automobilistes par une campagne de promotion du « fabriqué en France ». Reste à revoir si les autorités de Bruxelles donneront leur feu vert à cette initiative contraire au sacro-saint principe de la « concurrence libre et non faussée ».

Une campagne sur le thème « fabriqué en Bretagne » aurait certainement d’avantage d’impact, surtout si on savait montrer que l’emploi de nos compatriotes dépend du succès le l’opération. Certes, avec un sentiment d’appartenance plus développé, il ne serait pas utile de développer ce thème : les Bretons auraient le bon réflexe, c’est-à-dire acheter prioritairement breton, leurs choux-fleurs comme leur voiture. La « préférence régionale » en quelque sorte.

Paul Le Guern

Crédit photo : M93/Wikipédia (cc)