Château d’Ancenis : un cas exemplaire de « vandalisme officiel » ?

Château d’Ancenis : un cas exemplaire de « vandalisme officiel » ?

07/08/2012 – 10h00
ANCENIS (NOVOpress Breizh) – Vu le nombre toujours plus grand de fonctionnaires et de nécessiteux, les services sociaux du conseil général de Loire-Atlantique cherchaient à s’agrandir à Ancenis. Alors que le déclassement d’une bande de terrain près de leurs locaux actuels aurait pu convenir, et à moindre coût, pour d’obscures raisons la Ville a préféré modifier le plan local d’Urbanisme (PLU) et, par arrêté municipal du 31 mai 2010, a accordé un permis de construire au conseil général… dans la cour du château (photo), classé monument historique. Une affaire emblématique dénoncée par les habitants d’Ancenis qui voient dans ce projet une opération de vandalisme pur et simple.

Dès l’annonce du projet, l’Association pour la protection et la promotion du château d’Ancenis (A2PCA), une association de riverains et d’Anceniens amoureux de leur patrimoine, s’est constituée. Interpellant, alertant, dénonçant un projet inepte qui dénaturera un magnifique site classé, elle a fait circuler une première pétition qui a recueilli plus d’un millier de signatures, puis une seconde qui en a réuni 3.800. Rien n’y a fait. La municipalité s’entête, le conseil général prétend qu’on ne lui a pas proposé autre chose.

L’association a donc saisi la justice, mais le recours n’étant pas suspensif, les travaux ont commencé en octobre 2011, altérant gravement le site « par des coups de pelleteuses maladroits ».

Une première décision est tombée le 10 avril 2012, constatant le bien-fondé de l’Association, mais rejetant les arguments de la requête. Entre temps l’ancien ministre de la Culture Frédéric Mitterrand est venu lui-même sur le site, puis récemment le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, suivant de près l’affaire mais n’osant condamner ni la municipalité UMP, ni le conseil général PS.

Selon un bon connaisseur du dossier, dans ce dernier « de sombres intérêts financiers, de copinage plus ou moins occulte, se mêlent étrangement ». Il faut dire que le cabinet qui a remporté le concours du nouveau bâtiment, Prunet et Ménard, n’est autre que celui de l’architecte des bâtiments de France, normalement chargé de la protection des sites et de leur environnement ! Mieux, c’est le même cabinet qui vient d’obtenir la réhabilitation du logis Renaissance. « Quel talent ! » ironise un membre de l’A2PCA.

L’association a fait appel, en formant une demande de sursis à exécution qui a été jugé recevable. La Ville d’Ancenis et le conseil général vont devoir déposer un mémoire en défense.

Depuis, après quelques découvertes mineures (il n’y a eu que des « sondages » préventifs), une découverte majeure vient d’avoir lieu, ou plutôt d’être révélée, car elle daterait en réalité du mois de mars ! A deux mètres du chantier, un sarcophage mérovingien du VIIème siècle reposant sur un sol datant du Bas-Empire a en effet été mis à jour. Ce qui embarrasse passablement la DRAC, qui n’a pas manifesté beaucoup d’enthousiasme pour défendre le site.

En urgence, le directeur du service régional d’archéologie, Guy San Juan, a fait le déplacement et déclaré qu’il « s’agissait d’une découverte majeure, d’une information historique qui témoigne d’une occupation antique du site ». Début septembre, deux archéologues doivent venir examiner cela de près.

Si l’intérêt exceptionnel se confirme, en lien avec d’autres découvertes dans la cour devant le logis, à deux pas du chantier, celui-ci serait compromis, à tout le moins gravement entaché d’atteinte irrémédiable au patrimoine, par ceux là même qui ont en charge sa protection . Les milliers d’Anceniens qui s’opposent à ce projet – qualifié de « vandalisme officiel » – attendent la suite.

Crédit photo : Adam Bishop, via Wikimedia (cc)