[Tribune libre] La fête islamique de Casapound : retour sur une polémique italienne

[Tribune libre] La fête islamique de Casapound : retour sur une polémique italienne

14/07/2012 — 10h00
ROME (NOVOpress) — Tempête dans un verre d’eau ? Oui, en un sens, mais qui n’en soulève pas moins des questions fondamentales, y compris pour ceux, de notre côté des Alpes, qui suivent avec intérêt, et souvent avec admiration, le travail de nos camarades italiens de CasaPound.

Le 1er juillet, sur plusieurs forums politiques, est postée une série de photographies prises dans un camp pour les sinistrés des tremblements de terre en Émilie. On y voit des volontaires de « La Salamandre », le groupe de protection civile de CasaPound, vêtus des tee-shirts du mouvement, en train de coller une affiche « 21h30, Fête islamique » (le reste du programme est en arabe), puis prenant la pose en enlaçant des enfants sinistrés, tous maghrébins, dont certains arborent eux aussi des tee-shirts CasaPound. La polémique, provocateurs aidant, s’enflamme immédiatement. Tous ceux qui, soit par conviction soit par jalousie, reprochent à CasaPound de ne pas être assez « pure et dure », sautent sur l’occasion. D’un côté comme de l’autre, l’invective tient le plus souvent lieu d’argument. Tant sur Vivamafarka (le forum lié à CasaPound), que dans la section « Droite radicale » de Politica in Rete, les modérateurs doivent intervenir et clore le fil de discussion au bout de quelques heures.

CasaPound ne réagit pas officiellement mais un de ses responsables publie sur Vivamafarka une longue mise au point, où l’on lit notamment : « La municipalité de Bondeno, un des rares cas de municipalité de la Ligue du Nord en Émilie, nous a confié deux camps: Pilastri et Scortichino. À Pilastri, les personnes prises en charge sont toutes de nationalité italienne et de religion en majorité catholique. À Scortichino, presque toutes sont d’origine nord-africaine et de religion musulmane. À Scortichino, les habitants du camp ont voulu célébrer une “Fête islamique”. En notre qualité d’administrateurs du camp, nous les avons aidés à l’organiser. Ce n’est pas CasaPound qui a décidé jusqu’à présent les politiques de l’immigration en Italie. […] Aux communautés musulmanes qui résident sur notre territoire, on ne peut interdire de prier, moins encore annuler leur identité pour les transformer en “Italiens”. Cela va contre le bon sens et aussi contre notre vision du monde, qui est et sera toujours FASCISTE. Celui à qui sa propre identité est bien claire n’a PEUR de se confronter avec personne, parce qu’il ne craint aucune fascination. […] L’identité de notre peuple est mise en péril par un système médiatico-culturel oppresseur infiniment plus que par le voisinage de communautés musulmanes ou étrangères. Celui qui regarde la télévision généraliste l’après-midi trahit son propre peuple infiniment plus que celui qui mange un soir un plat de riz à la cantonaise. »

Metapolis (pseudonyme qui est, de notoriété publique, celui d’un des principaux penseurs de la droite radicale italienne, inspirateur intellectuel de CasaPound) avait d’emblée porté un jugement sévère sur l’initiative des militants concernés et sur ceux qui par, solidarité d’organisation, cherchaient à toute force à les défendre. Il vient d’y revenir, toujours sur le forum Vivamafarka, où il a lancé, au-delà de cet épisode particulier, une mise en garde acérée contre les « tentations crypto-mondialistes ». « Que l’on ne se rende pas compte, dans la vie et dans les exemples de tous les jours, des messages mondialistes que l’on véhicule est un fait inquiétant ». Metapolis, qui connaît très bien la France, définit le mondialisme comme « le fait de faire banlieue » (en français dans le texte). « C’est pourquoi ce genre de fête islamique et surtout les poses sur les photos sont du mondialisme ». « Il est absolument inacceptable que des gens qui ont un destin à accomplir se prennent en photo avec des tee-shirts donnés en cadeau et des sourires, devant des tableaux écrits en arabe, pour démontrer qu’ils sont de bons jeunes gens. Car c’est de cela qu’il s’agit. Les regards satisfaits veulent dire : Voyez comme nous sommes bons et gentils, et comme vous avez tort de nous considérer comme racistes ».

À l’objection qu’il ne faut pas tomber dans la xénophobie primaire à la Ligue du Nord – vrai repoussoir pour beaucoup de jeunes de CasaPound, et non sans raison, puisque la rhétorique anti-immigrée de la Ligue a accompagné et couvert, dans les faits, une très large capitulation devant l’invasion –, Metapolis répond : « L’immigré ne doit pas être criminalisé et l’immigration doit être renversée par des interventions politiques coordonnées ? Certes, mais on ne doit pas lancer des messages qui signifient que l’immigration convient, parce qu’elle serait irréversible ou pour d’autres raisons. On le peut d’autant moins lorsqu’est sur le point d’être déchaînée en Italie [sous la houlette de Monti] une offensive génocidaire sur les modèles français et belge ».

« J’ai toujours plus l’impression, ajoute Metapolis, que beaucoup ici (et je ne parle pas de CasaPound en soi mais d’ici) jouent un jeu de société et ne se rendent pas compte que nous sommes en guerre ».

Et finalement, lui qui a vigoureusement dénoncé dans ses livres le « suprématisme blanc » de matrice anglo-saxonne, il ne craint pas d’écrire : « Mais si, en se battant contre ces déformations, on en arrive à justifier le droit du sol, ou la naturalisation des divers Balotelli, ou les “fêtes islamiques” mondalistes empreintes du narcissisme plein de bons sentiments de gentils jeunes gens, ou si l’on en arrive à invoquer, non pas un dépassement (ce qui inclut une reconnaissance élémentaire) du facteur biologique, mais son inexistence, voire à culpabiliser ceux qui le revendiquent, alors il vaut mieux le Ku Klux Klan ».

Ces avertissements ne valent-ils que pour l’Italie ? Sommes-nous indemnes, en France même, de pareilles dérives ? Ne courons-nous pas nous aussi le risque de glisser de « 0% racisme, 100% identité » – qui est un excellent slogan – à « 100% antiracisme » ? Et, sous couleur de concentrer la lutte contre le système ou l’Empire comme l’ennemi principal, d’accepter la mondialisation de notre propre pays – sa transformation tout entier en banlieue ?

Flavien Blanchon