« Il tire à l’arme de guerre sur un intrus »

« Il tire à l’arme de guerre sur un intrus »

L’Association Marnaise Christianisme et Société présente sur son site un bel exemple de désinformation auquel s’est livré le quotidien L’Union / Ardennais, Champagne Ardenne Picardie, dans sa livraison numérique du 7 juillet 2012 à 18h43. Il s’agit d’un fait divers, hélas devenu banal, rapporté par le journal en quelque mots suffisamment appropriés, sans qu’il y ait le moindre travestissement des circonstances, pour transformer la pensée du lecteur, orienter son interprétation et, pourquoi ne pas le dire, sa réaction émotionnelle.
Polémia

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Mieux que la propagande des pires pays totalitaires: la transformation homéopathique de la pensée par les mots (ou le mécanisme de la désinformation).

Prenons connaissance de cet article de l’Union,

CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). Vendredi soir, un habitant du quartier de Manchester a ouvert le feu sur trois personnes qui s’étaient aventurées en pleine nuit dans sa cour. L’un des intrus a été grièvement blessé à la cuisse.

Vendredi soir, un homme d’une quarantaine d’années – domicilié quartier Manchester – a ouvert le feu à l’arme de guerre sur trois individus qui s’étaient introduits dans la cour de sa maison. Il aurait tiré à trois reprises avec un revolver allemand de type Mauser de la seconde Guerre Mondiale, blessant grièvement à la cuisse un des intrus. Cloué au sol par le projectile, la victime – âgée de 18 ans – a été conduite au centre hospitalier par les secours.

Les deux autres intrus – mineurs – ont été interpellés.
Le tireur présumé a lui aussi été placé en garde à vue.

Analyse:

Le titre: « Il tire à l’arme de guerre sur un intrus »

Certes il y a le substantif « intrus » (« …qui s’introduit quelque part sans avoir la qualité pour y être admis » écrit une édition du Petit Larousse), mais le titre est tout de même porteur d’une disproportion entre « arme de guerre » (non ce n’est pas la Kalashnikov répandue dans les quartiers aux mains de « chances pour la France »), mais un pistolet tirant du 9mm, soit une arme classée en première catégorie.

Le corps du texte est dans le même registre :

« Il aurait tiré à trois reprises avec un revolver allemand de type Mauser de la seconde Guerre Mondiale, blessant grièvement à la cuisse un des intrus » : oui, si on tire avec une arme, quelle qu’elle soit et a fortiori avec un gros calibre, on peut blesser grièvement, mais le problème est-il là, ou dans le fait que trois individus (dont on aimerait connaître les noms ou au moins les prénoms) se sont introduits chez un citoyen, de nuit et que celui-ci a fait usage d’une arme au regard de ce que l’on risque lorsque des malfrats s’introduisent chez vous, par ailleurs nuitamment, aujourd’hui où on tue dans la rue pour une cigarette non donnée ?

Il aurait probablement dû s’adresser à eux en leur disant « Messieurs » (car on ne tutoie plus les truands de par les nouvelles consignes de l’actuel gouvernement) « je vous serais obligé de sortir de chez moi et j’appelle votre attention sur le fait qu’au cas où vous ne le feriez pas je téléphonerai à la police pour vous inviter à sortir » .

« Cloué au sol par le projectile, la victime – âgée de 18 ans – a été conduite au centre hospitalier par les secours ». L’expression « cloué au sol » est ici volontairement employée. Son sens figuré est évidemment puissant et sert à émouvoir les âmes sensibles. Notons d’ailleurs que ce n’est plus un des malfrats qui est « cloué au sol », mais « une victime », et par ailleurs « de 18 ans » ( pauvre garçon !!!). Que les âmes sensibles se rassurent : elle a été conduite au centre hospitalier de secours (ses jours ne sont donc pas en danger).
[NDLR : “trois personnes qui s’étaient aventurées” n’est pas mal non plus, elles voulaient sans doute simplement vivre des aventures nocturnes]

[…]

Il faut dénoncer ces mots qui travestissent en permanence la réalité modifient notre pensée de façon homéopathique à travers la presse aux ordres et la télévision, donc sans qu’on s’en rende compte. Il convient de leur dire qu’ils commencent à nous casser les pieds tous ces manipulateurs (seul un électrochoc par les mots nous permettra de sortir de notre torpeur mortifère, de notre sida mental).
[…].

Pierre Falconetti.
Association Marnaise Christianisme et Société
8/07/2012

[box class=”info”] Article repris à partir de Polémia. [/box]