Forte augmentation de l'immigration illégale en Autriche

Forte augmentation de l’immigration illégale en Autriche

06/07/2012 – 13h30
VIENNE (NOVOpress) —
Comme le confirme le rapport annuel de la police fédérale autrichienne (pdf), les voies de l’immigration illégale vers l’Europe sont multiples, mais aussi fort bien répertoriées. Sur ce marché juteux, les réseaux de passeurs sont très bien organisés et bénéficient toujours d’appuis locaux : logis, argent, véhicules, quelquefois ingénieusement aménagés comme ce car grec à double fond, intercepté l’an dernier près de Vienne, et qui n’avait rien à envier aux bricolages du même type utilisés au temps du rideau de fer. Le profil des candidats à l’immigration est aussi toujours le même : à 80% des hommes entre 19 et 30 ans.

Istanbul reste le principal centre de rassemblement de clandestins afghans, pakistanais, irakiens, iraniens, syriens et kurdes, mais aussi d’algériens qui arrivent en avion avec un passeport de tourisme tout comme les somaliens qui transitent par Le Caire ou Dubaï. Encore une raison évidente pour s’opposer farouchement à la demande d’adhésion turque à l’UE.

Mais arrivés là, il leur faut encore soit rejoindre la Hongrie via la Bulgarie et la Roumanie ; soit rejoindre Edirne d’où on leur fera traverser le fleuve Evros en canot pneumatique pour entrer en Grèce. Un lieu de passage de première importance où la Grèce désirerait édifier un véritable rideau de barbelé de 10,3 Km. Un projet qui n’a bien sûr ni la faveur des bien-pensants, ni pu obtenir l’aval de la Commissaire européenne chargée des affaire intérieures et des migrations Cecilia Malmström. Ainsi s’évanouit pour la Grèce ruinée l’espoir de toucher un financement communautaire pour la construction de cet ouvrage même si elle doit par ailleurs subir une pluie de recommandations et de mises en garde. La Commissaire considère cette construction comme inutile. Mieux vaudrait selon elle « se concentrer sur une réforme structurelle pour l’asile et le contrôle des frontières ». Et il a par ailleurs été rappelé aux Grecs que cette construction ne pourrait se faire que sous leur seule responsabilité, mais bien sûr avec l’obligation de respecter les droits de l’homme et le principe du non refoulement des personnes en droit de bénéficier de l’aide internationale…

Immigration clandestine : car grec intercepté près de Vienne en 2011

Ce car à double fond, intercepté en 2011 près de Vienne, n’a rien à envier aux bricolages du même type utilisés au temps du rideau de fer. Crédit : DR

Délestés de 3000 à 5000 euros pour cette traversée, les clandestins s’attardent généralement ensuite en Grèce – avec tous les problèmes que cela peut poser – , le temps de rassembler l’argent nécessaire à la suite de leur périple. Celui-ci continuera soit par la Macédoine et la Serbie en direction de la Hongrie puis de l’Autriche ; soit par la mer via Patras (nord du Péloponnèse) ou Igoumenitsa (à la Frontière albanaise) pour atteindre Brindisi, Bari, Ancône ou Venise, souvent en canot pneumatique rapide, comme cela a été le cas récemment à Santa Maria de Leuca.

Après une baisse significative en 2007 du nombre d’immigrants illégaux atteignant l’Autriche, et un recul net des arrivants de l’est, le nombre de clandestins arrêtés est reparti à la hausse (+ 27% en 2011) au gré des événements qui ont bouleversé le nord de l’Afrique et des tensions et conflits entretenus aussi par les pays européens. Les plus forts contingents sont actuellement afghans et pakistanais.

Le principal but de ces clandestins est d’atteindre le Burgenland, la province la plus orientale du pays qui bénéficie d’une confortable frontière avec la Hongrie. Des journalistes du quotidien très politiquement correct Kurier (1) y ont interviewé des policiers chargés de surveiller une zone de passage.

Ces derniers expliquent qu’il leur faut en moyenne trois à quatre heures par migrant intercepté pour questionner, enregistrer, traduire : « nous nous efforçons de savoir par quel itinéraire ces gens ont été entrainés » déclare l’inspecteur en chef Wolfgang Ritter. Ces “migrants” (selon le terme désormais usité pour “immigrés illégaux”) ne seraient-ils donc que des victimes passives de passeurs peu scrupuleux ? Toujours est-il que l’on commence avant tout à leur donner « à manger, à boire, des vêtements, un lit pour dormir. Pour la plupart d’entre eux, c’est plus qu’ils n’avaient chez eux à la maison ». Un travail tout en douceur, et un discours émaillé de contradictions : même si pour nombre d’entre eux, le mot police aurait une connotation fort négative et qu’ils seraient gravement traumatisés, ils n’hésitent pourtant pas à se faire arrêter pour demander l’asile, et attendent avec une étonnante sérénité dans les villages que la police veuille les cueillir… Ils sont donc bien renseignés.

Les policiers s’élèvent aussi contre ce cliché qui voudrait que ces gens, dont la plupart n’ont fui leur pays que pour sauver leur peau, seraient principalement des criminels : ils viennent clairement pour rester là. Nous voilà prévenus !

Un travail d’accueil très chargé d’émotion toujours selon le Kurier, et l’inspecteur divisionnaire Friedrich Dürr d’ajouter : « c’est toujours encore plus émouvant pour moi quand ils ont avec eux des bébés ou des petits enfants. En tant que père cela me touche particulièrement ».

S’il y a certes de temps à autre un coup de filet médiatisé, des concertations entre l’Autriche et la Hongrie pour regrouper les analyses et les informations et établir des rapports mensuels, et même la mise sur pied d’une usine à gaz dénommée FIMATHU (Facilitated Illegal Migration Effected Austria Hungary – L’immigration illégale facilitée en Autriche et en Hongrie), tout cela n’aboutit pour le moment même pas à l’arrestation de plus de passeurs. Des arrestations dont le nombre diminue d’ailleurs désespérément et régulièrement de 2003 (1025) à 2011 (288).

Et qu’attendre de plus de la part de forces de l’ordre soutenues par aucune volonté politique, ni nationale, ni européenne, face à ceux qui restent par définition des hors-la-loi : les immigrants clandestins ?

Si l’on en est certes pas encore, de par le nombre, arrivé à un scénario du type “Camp des Saints”, il est inutile de vouloir se cacher que les frontières de l’Europe restent pour le moment béantes, et ce malgré les problèmes économiques et identitaires qui se poseront avec toujours plus d’acuité. Et cela va finir par se savoir.

(1) Fondé en 1945 par les américains sous le nom de Wiener Kurier pour contrer la propagande soviétique, le Kurier se définit aujourd’hui comme pro-européen, pour la défense de la tolérance en ce qui concerne tous les aspects de la vie quotidienne, pour la liberté de la pensée et le respect de toutes les religions. Avec un tirage de 230 000 exemplaire, il est le quatrième quotidien du pays (Wikipedia)

[box class=”info”]Sources : kurier.at et courrierstrategique.com[/box]