Italie : en toute discrétion, l’invasion continue

Italie : en toute discrétion, l’invasion continue


12/06/2012 – 08h00
ROME (NOVOpress) — Depuis que Mario Monti est au pouvoir, les débarquements de clandestins semblent n’être plus qu’un souvenir. On ne voit plus jamais toutes ces images de « réfugiés » entassés sur les épaves, de femmes au dernier stade de la grossesse, d’enfants terrifiés, de cadavres échoués sur les plages, que les médias passaient et repassaient naguère en boucle, pour culpabiliser les Italiens de souche et paralyser toute réaction du gouvernement Berlusconi, réduit – la Lega « xénophobe » et « raciste » en tête – à jouer indéfiniment les sauveteurs en mer, en attendant que les flux d’immigrés veuillent bien s’arrêter tout seuls. Le 28 mars dernier, le ministre de l’Intérieur de Monti, Annamaria Cancellieri, avait tenu à rassurer ceux, s’il en était, qui s’inquiéteraient encore : il n’y aurait eu depuis janvier que 1.407 débarquements, contre près de vingt mille dans la même période de l’année dernière.

Dans un article paru la semaine dernière dans Libero, le journaliste Salvatore Garzillo a rétabli la vérité : « les bateaux arrivent encore mais on n’en parle pas : l’urgence est niée ». Sur la base des journaux locaux – les seuls à donner parfois encore quelques informations, l’espace d’un entrefilet –, Garzillo a cité des exemples, qui sont loin d’être exhaustifs : 56 Kurdes, Irakiens et Afghans débarqués dans le Salento le 11 mai ; le lendemain, 23 Tunisiens recueillis par les garde-côtes et conduits à Mazara del Vallo en Sicile ; dix jours après, 54 Somaliens secourus sur un canot pneumatique au large de Lampedusa ; le 31 mai, 198 personnes arrivées sur les côtes du Salento à bord d’un bateau de trente mètres, et qui se sont immédiatement dispersées entre Otrante et Porto Badisco. Dans les premiers jours de juin, au moins 300 personnes ont débarqué sur les côtes méridionales de l’Italie : rien que dans la nuit du 1er au 2 juin, 70 immigrés sont arrivés sur un canot pneumatique à Seccagrande, en Sicile, tandis que 65, dont un enfant d’un an, étaient recueillis dans le canal de Sicile, et que 60 débarquaient le lendemain à Pozzallo (province de Raguse, toujours en Sicile).

Depuis la parution de l’article de Garzillo, la liste s’est encore allongée : à Crotone, en Calabre, 156 clandestins, Afgans, Syriens, Iraniens et Irakiens sont arrivés dans la nuit de samedi à dimanche, à bord de deux yachts partis d’Izmir (Smyrne) en Turquie. On compte parmi eux 68 mineurs. Beaucoup de parents étaient accompagnés de leurs enfants. Un couple afghan avait amené avec lui ses huit enfants, presque tous mineurs. Une famille nombreuse comme on n’en voit plus jamais parmi les Italiens de souche.

Dans les centres d’accueil, par exemple le centre Don Tonino Bello à Otrante, le personnel explique que les arrivées sont en réalité « en nette augmentation par rapport à l’année dernière. Il n’y a qu’une différence : avant, il y avait moins de bateaux mais remplis à craquer, à présent les débarquements sont plus nombreux, mais ils se font avec de petites embarcations. Le résultat final ne change pas beaucoup ». Les centres d’accueil continuent à fonctionner à plein régime, avec leur lot régulier de fuites et de révoltes.

Bref, l’invasion continue imperturbablement. Mais, sous les nouveaux maîtres de l’Italie, elle s’accomplit désormais sans bruit. Dans cette discrétion feutrée dont le gouvernement Monti a fait sa devise.

Crédit photo en Une : Friendsofeurope via Flickr (cc)