Charles Doux, Jérôme Kerviel, même combat ?

A priori, Charles Doux et Jérôme Kerviel n’ont en commun que d’être bretons et placés sous le feu de l’actualité. Pour le reste, le vieux patron et le jeune trader paraissent radicalement différents. Pourtant, entre les vicissitudes vécues par l’un et l’autre, il y a plus d’un trait commun.

Tous deux, Charles Doux et Jérôme Kerviel sont à leur manière des victimes de la mondialisation de l’économie. À la Société générale, Kerviel gagnait sa vie en réalisant des opérations spéculatives sur les marchés financiers internationaux. Tout a bien marché tant que les Bourses mondiales montaient. Puis elles se sont retournées à la baisse, les opérations sont devenues perdantes et tout s’est détraqué…

Doux a bâti une grande entreprise, numéro un européen dans son secteur. Mais le marché s’est mondialisé : même en pressurant les aviculteurs bretons, la volaille bretonne était plus chère à l’exportation que la volaille brésilienne. Pour préserver ses marchés Doux s’est donc installé au Brésil. Or les prix de l’énergie et des céréales, eux aussi mondiaux, ont fortement monté, les activités brésiliennes de Doux ont plongé dans le rouge…

Et surtout, Kerviel et Doux ont été rejetés dans les mauvais jours par le système qui les encourageait dans les bons. On sait que la Société générale n’a jamais reproché à son trader d’excéder ses autorisations tant que ses opérations étaient gagnantes. Il ne récoltait que des félicitations. Quand le sort s’est retourné, la banque a soudain découvert les irrégularités de son salarié et l’a traîné en justice : pile je gagne, face tu perds.

On l’a moins noté dans le cas de Charles Doux, mais lui aussi est en butte au système. Sans lui demander son avis, et pas davantage celui de ses salariés ni des aviculteurs, le ministère de l’Économie et des Finances avait prévu un plan de « sauvetage » qui consistait en substance à vendre le groupe Doux à une banque étrangère, Barclays. Les intérêts de Barclays, on l’imagine aisément, ne coïncident pas forcément avec ceux de l’entreprise, de son personnel et de ses fournisseurs. Mais les mauvaises nouvelles auraient été renvoyées à plus tard : à quelques jours des élections, fonctionnaires, banquiers et politiques se liguent pour crier haro sur Charles Doux, qui dérange leurs plans si bien fourbis dans quelque bureau de Bercy.

François Kernan
Article publié initialement sur Novopress Breizh.

Photo : poste de travail d’un trader. Crédit photo : Andy Hill, domaine public.