Retraites : une opération électorale sans avenir

Retraites : une opération électorale sans avenir

[box class=”info”] Extraits d’un article de Jeanne Smits dans le quotidien Présent, via Le Salon Beige. [/box]

Retraites : une opération électorale sans avenir“Impossible de ne pas voir dans la précipitation avec laquelle le gouvernement socialiste a annoncé le « retour à la retraite à 60 ans » une opération électorale, lancée à cinq jours du premier tour des législatives. […] La réforme annoncée par Marisol Touraine en conseil des ministres n’est pas de grande envergure : les salariés du privé et les fonctionnaires ainsi que les non-salariés ayant commencé à travailler à 18 ou 19 ans et ayant entre 41 et 41,5 ans de cotisations pourront cesser de travailler à 60 ans, sans attendre les 62 ans prévus par la réforme de Nicolas Sarkozy. Un bonus de deux trimestres est accordé aux mères et aux chômeurs. Pour les mères, cela s’ajoute, assez chichement, aux 4 trimestres par enfant auxquels peuvent prétendre celles qui mettent au monde, élèvent et éduquent les cotisants de demain. […]

Dans une intéressante réflexion publiée sous la direction de l’Institut Montaigne dans Réformer par temps de crise (Manitoba-Les Belles Lettres 2012), Jacques Bichot dénonce le refus de réformer véritablement et avec justice le système français « archaïque, opaque et inégalitaire ». Dans un contexte où déjà l’Etat finance par l’emprunt 30 % de ses dépenses. Toute augmentation des dépenses creuse davantage la dette qui pèse sur les épaules des futures générations, qui devront en même temps faire face à l’explosion du coût de la vieillesse.

Ne nous étonnons pas si l’affaire des retraites et des cadeaux faits par le gouvernement socialiste vient en même temps que des discussions sur la modification de la loi Leonetti annoncée par Jean-Marc Ayrault, et qui se fera nécessairement dans le sens de l’euthanasie. Jacques Bichot s’interroge sur cette idée selon laquelle cesser le travail plus tôt serait nécessairement un « progrès social » ; il pointe le « déni de réalité » qui permet aux responsables de ne pas annoncer l’effondrement d’un système aussi complexe qu’incontrôlable ; il recommande que l’on assouplisse les conditions de maintien au travail tout en universalisant l’acquisition de « points », permettant à chacun de choisir de faire une carrière longue ou une carrière courte, plutôt que de servir les retraites en fonction d’annuités.

[…] Le problème réel des retraites des mères de famille n’est quant à lui pas abordé sinon par ce toilettage minime de deux trimestres. Ni le plafonnement de la majoration de 10 % pour les personnes ayant élevé trois enfants et plus, effectif depuis le début de l’année. Nulle réforme ne sera juste qui ne prenne pas en compte cette réalité affirmée de façon lapidaire par le démographe Alfred Sauvy : « Chaque génération doit payer elle-même ses retraites, non par les cotisations, comme certains l’imaginent [NDLR : elles servent à payer les retraites de la génération précédente], mais par sa descendance. » Le compte n’y est pas, et aujourd’hui ce sont les familles qui ont davantage d’enfants qui sont pénalisées à la fois quant au montant de la retraite qu’elles peuvent espérer et quant à leur capacité d’épargne.”