Françafrique : les apparences de la rupture

Françafrique : les apparences de la rupture

Il parait que le terme de « coopération » était trop marqué «Françafrique».
Alors on a rebaptisé la boutique « développement ». Voilà donc Pascal Canfin, 37 ans, député européen (EELV), nommé ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, « chargé du Développement ». A coup sûr, le personnage peut être qualifié d’intéressant. En effet, cet ancien journaliste du mensuel Alternatives économiques s’est fait connaitre par ses travaux sur la spéculation financière, les banques et l’économie verte.

Donc Libération (18/05/12) s’est cru encouragé à titrer : « Coopération : Canfin marque la rupture » ; ce qui est aller un peu vite en besogne. Tout simplement parce que, pendant la campagne, le futur ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’est fendu d’un voyage au Gabon afin d’y rencontrer Ali Bongo. Nul doute que Monsieur Fabius a tenu à rassurer le clan Bongo quant aux intentions du (futur) président Hollande. En clair, on continuera « comme avant » ; seuls quelques aménagements à la marge seront montés en épingle afin de faire croire à la gauche sociétale et aux médias institutionnels que les choses ont changé. C’est ce que devait faire François Mitterrand.

La veille (17 mai), le Figaro nous apprenait que le poste de conseiller Afrique auprès du président de la République devait revenir à une diplomate bretonne, Hélène Le Gal. Si « Madame Afrique » pouvait se transformer, de temps en temps en « Madame Bretagne » afin de défendre les intérêts bretons, tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le conseiller du Prince peut beaucoup, s’il le veut, grâce à sa proximité avec « Dieu ».

Il est facile d’entrevoir la répartition des tâches. Pour un projet de construction d’un hôpital à Bamako, le dossier atterrira chez Pascal Canfin. Mais pour les affaires « sérieuses » – les entreprises de Bolloré à Abidjan ou de Total au Gabon, par exemple -, on devine aisément que l’affaire sera managée au 2, rue de l’Elysée. Chez Hélène Le Gal. Nihil novi sub sole.

Paul Le Guern

Crédit photo : Joëlle Dollé.

Article publié initialement sur Novopress Breizh.