Ayrault : quand un grand cumulard fait la guerre aux cumuls

Ayrault : quand un grand cumulard fait la guerre aux cumuls

Ce sont souvent les grands pécheurs ayant beaucoup de choses à se faire pardonner qui se trouvent à l’origine des réformes mettant fin aux abus qu’ils trouvaient normal de pratiquer jusqu’à ce jour. Sans doute parce qu’ils en connaissent mieux que les autres les tenants et les aboutissants.

Dans son rôle d’éléphant du PS et d’oligarque local, Jean-Marc Ayrault (photo) ne voyait aucun inconvénient à additionner les casquettes : maire de Nantes, président de la Communauté urbaine de Nantes Métropole, député de Saint-Herblain, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Comme il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée, on voit mal comment le même homme peut effectuer ces quatre métiers dans de bonnes conditions. Certes Martine Aubry a salué – officiellement – l’ « exceptionnel maire de Nantes » (mardi 22 mai à l’Assemblée nationale)… Bien sûr, il existe une astuce rendue possible par la décentralisation et le financement public des partis politiques : on s’entoure d’une armée de collaborateurs qui font, eux, le travail. Si bien qu’on se trouvait dans une situation singulière : Jean-Marc Ayrault était payé par le contribuable pour effectuer des tâches qu’il n’accomplissait, en réalité, qu’à temps très partiel. Un quart de temps ici, quelques heures là-bas…Seule l’indemnité correspondait à chaque fois à un temps complet.

Cette situation fait le bonheur des directeurs de cabinet, aimables technocrates qui, souvent, détiennent la réalité du pouvoir. Les politiques signent le courrier et coupent les rubans, eux instruisent les dossiers et rédigent les discours. Si bien qu’au fil du temps le patron n’est pas celui pour qui les électeurs ont voté. Ce doublon débouche sur un second salaire à la charge du contribuable (le premier pour le président absent, le second pour le directeur présent).

Mais le souci de rédemption vient de saisir cet ancien permanent du MRJC (Mouvement rural de la jeunesse chrétienne) qu’est Jean-Marc Ayrault. Changement de costume oblige : l’élu local soucieux d’entretenir son pré carré a cédé la place au chef de gouvernement en charge des grands dossiers.

On s’en est aperçu dès le vendredi 18 mai lorsque Jean-Marc Ayrault annonce que les ministres devront abandonner leurs fonctions exécutives dans les collectivités territoriales« d’ici fin juin ». La promesse figurait dans le programme de François Hollande et les ministres s’y sont engagés en signant une charte de déontologie.

« A la fin du mois de juin – ce sera une décision qui sera totalement respectée – il n’y aura pas un seul ministre qui sera chef d’un exécutif local ou même adjoint, président d’une société locale, d’un office HLM. Il pourra rester, s’il le souhaite, simple conseiller », explique le Premier ministre (France Inter).

La première victime – toute relative – de ce couperet s’appelle évidemment Jean-Marc Ayrault ; sa carte de visite va subir une sérieuse cure d’amaigrissement. Il restera toutefois conseiller municipal de Nantes et membre du conseil de la communauté urbaine de Nantes Métropole, histoire de garder un œil sur son fief.

En Bretagne, un autre personnage se trouve concerné par cette décision. Il s’agit du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, contraint d’abandonner la présidence du conseil régional. Mais il conservera un pied dans cette honorable assemblée en redevenant simple conseiller régional – un « basier » en quelque sorte. Bien sûr, il ne participera ni aux réunions de commissions ni aux débats – il passera rapidement, prononcera un petit discours pour qu’on ne l’oublie pas, puis s’enfuira pour ne pas rater son avion ou son TGV, méthode qu’utilisait avec talent Marylise Lebranchu, dans les années 2000, lorsqu’elle était ministre de la Justice.Mais il conservera, ce faisant, une position de repli au cas où le maroquin de la Défense lui serait retiré – on n’est jamais à l’abri d’un remaniement ministériel. L’emploi de ministre a un point commun avec un job dans l’intérim, on sait rarement quand la « mission » va s’interrompre.

Outre son attachement très fort à la Bretagne– devenir président de la Région était certainement la grande affaire de sa vie – Jean-Yves Le Drian est un politicien prudent. Aussi ne brûle-t-il pas ses vaisseaux : « Je veux rester très présent dans le paysage breton », affirme-t-il. Il est vrai qu’un ministre de la Défense a de bonnes raisons de multiplier les déplacements en Bretagne : Brest, Lorient, Saint-Nazaire, Vannes, Landivisiau…

Hervé Cadic

Crédit photo : Jean-Marc Ayrault, via Flickr, licence CC.

Article publié sur Novopress Breizh.