Crédit Agricole/Emporiki : en parlera-t-on dans les assemblées générales ?

Crédit Agricole/Emporiki : en parlera-t-on dans les assemblées générales ?

Souvent les petits paysans – en particulier ceux qui travaillent dans le secteur bio – se plaignent de ne pouvoir obtenir des prêts auprès du Crédit Agricole. La banque verte possède en effet une solide réputation : préférer les « gros » ; en particulier les éleveurs porcins, l’agroalimentaire et les promoteurs immobiliers. Autant dire que le Crédit Agricole n’a plus de mutualiste que le nom.

Au fur et à mesure que la maison grossissait, ses dirigeants ont voulu jouer dans la cour des grands – comme la BNP. D’où l’achat, par exemple, de banques étrangères. Ce fut le cas, en 2006, de la banque grecque Emporiki, aujourd’hui la cinquième banque du pays. Coût de l’opération : 2,2 milliards d’euros.

Avec l’effondrement du système financier grec, Emporiki, aujourd’hui, ne vaut plus rien. A tel point que le Crédit Agricole a ramené à zéro sa valeur dans ses comptes. Dorénavant, l’essentiel des risques réside dans les liquidités apportées par la maison mère à sa filiale. Soit 4,6 milliards d’euros à fin mars 2012. En juin 2011, le Crédit Agricole avait à faire face à une exposition à hauteur de 10 milliards d’euros avec sa filiale.

Notons également qu’Emporiki bénéficie du financement exceptionnel de la BCE pour 1,2 milliards d’euros. On ne peut pas dire que les choses s’arrangent puisque la filiale grecque a encore pesé pour 940 millions d’euros au premier trimestre 2012 sur les comptes du groupe.

Il y a fort à parier que ce dossier qui devrait intéresser au plus haut point les sociétaires du Crédit Agricole sera escamoté lors des prochaines assemblées générales des caisses locales. On passera vite aux choses sérieuses, c’est-à-dire au volet tourisme et voyage…

Dans le secteur mutualiste, la souveraineté s’exerce lors des assemblées générales. En réalité ce ne sont que des chambres d’enregistrement. Privilège du mutualisme : la technostructure qui dirige ces établissements ne rend de compte à personne. C’est confortable.

Paul Le Guern

Crédit photo : RSNY, via Flickr, licence CC.

Article paru sur Novopress Breizh.