Gardarem Lou Joly

Gardarem Lou Joly

Le résultat d’Eva Joly à l’élection présidentielle de 2012 est honorable. Elle a tenu son rang. Pourtant la faiblesse de ce score oblige à s’interroger sur l’avenir d’une conception gauchiste de l’écologie politique. Une conclusion s’impose alors : elle est désormais inutile, laissant le champ libre à d’autres courants.
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Eva Joly devant Dominique Voynet

Avec plus de 800.000 voix au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, Eva Joly a obtenu un résultat honorable. Rappelons que Dominique Voynet avait réuni un petit peu plus de 1.000.000 d’électeurs en 1995, mais seulement 576.666 en 2007. Entre-temps, avec près de 1.500.000 suffrages (2002), Noël Mamère avait créé l’espoir d’une écologie installée durablement dans l’espace politique.

Le résultat de Mme Joly est donc dans l’ordre des choses. Pourtant, beaucoup y ont vu un échec. Tout lui a été reproché: son français hésitant, son absence d’empathie, sa méconnaissance de l’écologie, etc. Même ses symboliques lunettes rouges ont été verdies. Rappelons qu’elle a été choisie par un mouvement politique dans une alternative l’opposant à Nicolas Hulot, un journaliste très populaire. Pourquoi, alors que Noël Mamère, autre journaliste, avait obtenu le meilleur résultat des Verts à une élection présidentielle, ces derniers se tournèrent-ils vers un ancien juge d’instruction connue pour sa lutte contre la corruption ? Sa sincérité, son honnêteté, son courage auraient été déterminants. Sous-entendu, l’autre n’était qu’un marchand de savon payé par le Grand Capital. Or, il avait plus à perdre qu’elle dans cet engagement.

La réponse apportée par cet article est que le choix d’Eva Joly a été dicté par une conception gauchiste de l’écologie politique. Son programme manquait singulièrement d’allusion à l’écologie (*). On y vante une Europe fédérale, un monde plus juste, une France ouverte et cosmopolite. On veut lutter contre la corruption, lever le secret bancaire, s’attaquer aux paradis fiscaux. Etc. En revanche, rien ne figure sur l’écologie industrielle, l’écoconception, la décroissance, etc., thèmes qui auraient besoin de porte-voix pour être seulement connus.

A la lecture de cette profession de foi résolument gauchiste, une question s’impose : Le gauchisme a-t-il encore une fonction politique dans notre pays ? De la réponse va dépendre le futur des Verts, en particulier, et de l’écologie politique, en général. Or, la conclusion est que les gauchistes ne servent plus à rien. Ils ont réalisé leur mission : tuer une conception historique de la France pour laisser l’espace détruit colonisé par une autre forme politique dont l’épicentre est en Amérique. Un de leurs outils fut l’écologie.

Les Etats-Unis, puissance tutélaire

En juin 1940, l’armée française est balayée. Elle n’a pas tenu deux mois face à la Wehrmacht. Pour se protéger, la classe dirigeante française s’abrite derrière le maréchal Pétain, un vieux monsieur de 84 ans devenu chef d’un Etat en déliquescence. Puis, en 1944, la plus formidable puissance militaro-industrielle du moment s’installe dans notre pays. A cette époque, les Etats-Unis, c’est 50% du PIB mondial, plus de 100 porte-avions en activité, presque 100.000 avions d’armes en service. Ces chiffres suffiront comme démonstration de leur puissance.

En s’installant en Europe, leur première action fut d’éliminer les classes dirigeantes traditionnelles. Puis ils sélectionnèrent et formèrent des « obligés » pour remplacer ceux qu’ils avaient écartés du pouvoir. Mais, figurant dans le camp des vainqueurs, la France conservait de dangereux îlots de résistance à ce nouvel impérialisme. Il fallait donc les réduire.

Le premier moyen fut de susciter une adhésion populaire à cette tutelle. L’augmentation du niveau de vie des indigènes combiné à une propagande de tous les instants, dont la télévision et le cinéma furent les principaux vecteurs, permirent d’obtenir leur adhésion. Mais il fallait aussi éradiquer la résistance des vaincus : les survivants de l’Epuration. C’est à ce niveau que le gauchisme fut encouragé comme un des moyens de casser toute velléité d’indépendance.

Ce mouvement culmina avec Mai-68. Il permit, entre autres, d’éliminer un Charles De Gaulle qui, après avoir été un obligé, s’était rebellé contre la tutelle impériale. Le syndrome Vindex est la terreur de tous les impérialismes : Gaulois d’Aquitaine fait gouverneur de la province de Gaule lyonnaise sous le nom de Gaius Julius Vindex, il organisa une révolte contre Rome en l’an 68 ap.JC. Depuis les années 1970, l’américanisation est irrépressible. La mondialisation en est le masque.

Demain, la deuxième moitié du XXe siècle sera perçue par les historiens comme une période de mutations sans précédent. Nous vivons désormais dans une civilisation gallo-américaine dont les principales composantes sont :

  • – le réductionnisme économique : la croissance économique est le phare de la politique : le matérialisme marchand est la philosophie de référence ;
  • – le « melting pot » organisé par une classe dirigeante féale : 12 millions d’immigrés sont durablement installés sur notre sol ;
  • – la ploutocratisation de la pensée politique.

Les bienfaits de ce modèle sont à ce jour incontestés par le cœur de la société française. L’alternance UMP/PS en est la manifestation la plus explicite. L’immense majorité vit bien. Mais des failles apparaissent. L’hétérogénéité de la société contemporaine inquiète. Les délocalisations sont autant de menaces de paupérisation. Hier, la destruction des paysages et d’une société « traditionnelle » structurée par une paysannerie prudente avait engendré une écologie politique désirant initialement modérer les succès matériels associés à la puissance tutélaire. Cette écologie politique ne pouvait donc être ni socialiste, ni capitaliste. Or, elle est désormais radicalement gauchiste. Comment cela s’est-il produit ?

L’écologie politique

L’écologie politique naît dans un contexte de développement économique et démographique sans précédent dans l’histoire de la terre. Depuis 1950, la population mondiale est passée d’environ 2,5 milliards à 7 milliards en 2010. Dix milliards bientôt ? Le Produit intérieur brut (PIB) mondial a été multiplié par 7 en 50 ans. Les conséquences sont connues : entre autres la destruction de la nature et les pollutions de tous ordres. Une série de personnalités alertent l’opinion publique dès les années 1960. En France, ce mouvement aboutit à la candidature de René Dumont (1904-2001) à la présidentielle de 1974. Avec 1,32% des votes, son résultat est symbolique. Depuis, deux courants animent l’écologie politique, partout dans le monde. Pour le premier, l’écologie ne peut être associée aux mouvements politiques majeurs, ceux-ci étant à l’origine des situations dénoncées en son nom ; pour d’autres, elle doit s’associer aux « forces de progrès ». L’écosocialisme est la conséquence de cette posture. Avec la fin de l’URSS et le ralliement de ces « forces de progrès » aux vertus d’un capitalisme plus ou moins social, le Développement durable s’est imposé comme la réponse politique aux critiques portées aux prosélytes du développement économique.

Aussi, aujourd’hui, l’écologie politique s’organise selon plusieurs axes. Le premier, sous le nom de Développement durable, associe les « développistes », c’est-à-dire ceux qui voient dans la croissance économique la réponse à tous nos maux. Les seconds portent l’écologie radicale, catégorie dans laquelle on trouve, entre autres, la « deep ecology », peu répandue en France, ou l’écologie identitaire. Enfin, il y a ceux qui voient dans l’écologie un moyen de réaliser leurs vues. Parmi eux, les gauchistes occupent le devant de la scène. C’est cet écologauchisme qu’il convient d’interroger après l’épisode Eva Joly à la présidentielle de 2012.

En France, la vague Mai-68 fut le moment de son épanouissement public. Dans le tumulte des manifestations mettant dans la rue les enfants du baby-boom, beaucoup s’inquiétaient d’une Modernité industrielle ayant détruit en moins de vingt ans les espaces millénaires dont ils étaient issus. N’oublions pas que la vague 68 a porté la nostalgie du passé, face aux ravages de la Modernité. Mais ce mouvement était encadré par des gauchistes dont les objectifs politiques faisaient peu de cas des inquiétudes sincères de la majorité des manifestants. Ceux-là avaient en vue l’avènement de la société mondialisée. Là est le projet de la Modernité dans toutes ses manifestions, religieuses ou séculaires. En face, les Barbares… Les gauchistes ont la vocation d’être les Bachi-Bouzouk de la mondialisation et de faire de chacun de nous des « citoyens du monde ».

Le gauchisme

Comment définir le gauchisme ? Beaucoup se sont exprimés sur ce sujet. Pour un écologue, le gauchiste est une personnalité de gauche dont le radicalisme veut hâter la venue du monde parfait envisagé par la Modernité. Les manifestations religieuses sont issues de la Bible ; les manifestations séculaires s’organisent à partir de deux axes : les capitalistes, les socialistes. Tous ont en commun, la volonté d’artificialiser l’écosphère dans sa globalité. Le mondialisme en est la conséquence la plus directe. Le découplage de l’Homme – conçu comme une unité – et de la Nature reléguée à un statut instrumental sont les postulats philosophiques fondamentaux de la Modernité sous toutes ses formes.

Cette vision de l’écosphère est par conséquent incompatible avec toutes les formes politiques faisant du localisme le fondement de la vie. Aussi, le gauchiste va s’attaquer à toutes ses manifestations d’attachement au sol et à la Tradition qu’il envisage comme des obstacles à abattre comme toute singularité. Il ne proposera rien de particulier, mais s’attachera à détruire ce qui s’oppose aux idéologies de la Modernité. Aujourd’hui, de nombreux auteurs considèrent que la société libéralo-libertaire voulue par une superclasse mondiale dont la base principale est en Amérique est cette manifestation de la mondialisation heureuse.

Aussi, après que les Américains eurent tutelisé l’Europe de l’Ouest, les gauchistes furent leurs meilleurs alliés pour détruire tout ce qui pouvait s’opposer à leur messianisme. Les manifestations de ce processus sont innombrables. La première fut de créer une classe dirigeante inféodée à leurs vues et les institutions pour encadrer le processus. Le second fut de détruire tout ce qui s’opposait à eux. C’est ainsi que l’espace médiatique est saturé de messages confortant cette vision. L’Ecole aussi a fait l’objet d’attentions particulières. Le troisième enfin est d’encadrer le peuple par cette oligarchie vassalisée et cet espace médiatique pour contenir l’éventuelle gronde populaire. La diabolisation ou l’élimination sociale ou physique des opposants est la dimension ultime de ce processus.

Depuis 1945, à chaque moment et dans chaque espace, le gauchiste va entretenir cette dynamique. C’est à ce titre qu’il s’est intéressé à l’écologie politique comme outil de sa fonction sociale. La conséquence est que, depuis Dominique Voynet en 1995, les Verts, après que les écologistes authentiques eurent été chassés ou réduits au silence, ont toujours présenté des gauchistes aux élections présidentielles. Eva Joly a fait de la destruction de la société française « historique » l’angle de sa campagne politique. Un des moments forts fut sa position sur la controverse Halal/Casher déclenchée par Marine Le Pen. Rappelons sa sentence: « rideau de fumée qui masque les véritables enjeux ». Cela avait heurté quelques écologistes attachés à la dignité animale. Auparavant, elle avait provoqué la fibre patriote en rêvant de remplacer le défilé militaire du 14 juillet par un défilé citoyen. Ses convictions sont tout à fait respectables, mais coïncident-elles avec une conception écologique de la société ? Aurons-nous encore une telle posture du candidat écologiste dans le futur ?

Le futur de tous les écopossibles

Face à l’adhésion massive de la classe politique à la mondialisation, la réponse est non. L’américanisation du territoire français est incontestable. L’écologauchisme n’a donc plus aucune fonction. L’écologie politique va-t-elle alors disparaître. La réponse, là encore, est non. Les mutations subies par l’écosphère depuis les années 1950 obligent à inventer de nouveaux discours politiques en rupture avec ceux ayant structuré l’espace public depuis cette époque. L’Ecologie, discipline scientifique de synthèse, est récente. Les discours politiques dont elle est la matrice sont encore fragiles ; donc à construire. Tout cela laisse espérer des développements intéressants dans le futur.

Frédéric Malaval

Note :

(*) L’écologie / La solution – Le projet présidentiel d’Eva Joly

Voir article Polémia :

Halal/Casher : qu’en pensent les moutons ?

[box class=”info”] Source : Polémia – 17/05/2012 [/box]

Image : Ecologauchistes : Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit, Cécile Duflot Dominique Voynet