Faits & Documents n°336 du 15 au 31 mai 2012. Portrait : Jean-Marc Ayrault

Faits & Documents n°336 du 15 au 31 mai 2012. Portrait : Jean-Marc Ayrault

Le nouveau numéro de Faits & Documents du 15 au 31 mai 2012 vient de paraître. Au sommaire, un portrait de Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Extrait.

Faits & Documents n°336 du 15 au 31 mai 2012. Portrait : Jean-Marc Ayrault

Faits & Documents n°336, du 15 au 31 mai 2012

Le président du groupe socialiste de l’Assemblée nationale est le favori pour le poste de Premier ministre de François Hollande. Maire de Nantes, cet ancien professeur d’allemand (ce qui risque d’être utile pour les négociations avec Angela Merkel…), venu au socialisme par le catholicisme de gauche, est un vétéran du Parti socialiste, auquel il a adhéré dès 1971. Comme le nouveau président de la République, il n’a jamais été ni secrétaire d’État, ni ministre… et est un quasi-inconnu des Français, hormis les Bretons. Son profil rappelle celui d’un Pierre Mauroy, tirant sa légitimité de son enracinement de terrain plus que des intrigues parisiennes.

« Là où les Strauss-Kahn, Aubry, Guigou et autres Glavany ont trusté les portefeuilles ministériels, lui a dû se contenter des rôles de l’ombre. Il faut dire que le maire de Nantes n’est pas du genre à se pousser du col […] Une prudence qui a pu lui jouer des tours dans sa carrière, ses adversaires insistant sur son côté “terne”, voire “ennuyeux” à une époque où le clinquant est de mise. » Le Point, 5 octobre 2006.

« C’est aussi l’histoire d’un homme à qui quelque chose manque et continue de manquer : un petit rien qui fait la différence et le hisserait au rang des grands de la politique française. » Libération, 25 septembre 2004.

« Falot, autoritaire et inorganisé. » Le Figaro, 20 juin 2002.

« Jean-Marc Ayrault est le porte-parole de la France socialiste “d’en bas”. » Libération, 20 juin 2002.

« Le projet de société le plus important depuis l’avortement. » Jean-Marc Ayrault, à propos du Pacs.

Jean-Marc Ayrault et Francois-Hollande le 19 décembre 2011.

Jean-Marc Ayrault et Francois-Hollande le 19 décembre 2011. Crédit : Parti Socialiste / Solfé communication (cc) via Flickr

Jean-Marc Ayrault est né le 25 janvier 1950 à 10h (temps universel) à Maulévrier (Maine-et-Loire). Cet aîné de cinq enfants est le fils d’un ouvrier agricole, Joseph Ayrault (né en 1921), qui fut ensuite ouvrier dans l’industrie textile puis cadre d’usine. Sa mère, Georgette Uzenot(née en 1928), fut couturière puis femme au foyer. Un milieu modeste mais catholique de gauche (et socialiste selon diverses sources). Jean-Marc Ayrault a donc effectué son primaire à l’école catholique Saint-Joseph, avant de passer au lycée Colbert de Cholet (1961-1968).

« Jean-Marc Ayrault présente le profil parfait de ces socialistes de l’Ouest de la France, plus influencés par la doctrine sociale de l’Église que par les mythes révolutionnaires[…] Dans la famille Ayrault, on va à la messe en tir groupé et le travail s’impose comme une vertu cardinale (Libération, 30 novembre 2006). » Proche du MRP et ancien de la jeunesse agricole catholique (JAC), il sera perverti, comme tant d’autres, par l’idéologie de Vatican II. Il sera membre du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) à Cholet, puis à l’université de Nantes de la Jeunesse ouvrière chrétienne et de l’Action ouvrière catholique. Comme l’écrit Wikipedia avec justesse, « cette organisation a joué un rôle essentiel dans sa formation politique dans la mesure où, dans les années 1966-1968, elle est marquée par une vision libératrice de la religion et elle aurait adopté certains éléments du marxisme comme outil d’analyse de la société ». On pourra ajouter qu’il en sortira totalement laïc et marxiste : « Il opère alors (au début des années 1970) une laïcisation aussi discrète que réelle, au point aujourd’hui de se définir comme agnostique […] Il est de toutes les luttes de l’époque, celle de Lip notamment, ou s’attriste de la chute d’Allende au Chili. Au point que le couple baptise son premier enfant Ysabelle, avec un Y comme la fille du défunt président, réfugiée en France (Libération, 30 novembre 2006). »

En fait, contrairement à ce que l’on peut lire dans toutes ses biographies édulcorées, Jean-Marc Ayrault a été engagé très à gauche dans sa jeunesse. Il fut notamment le principal responsable du Comité d’action lycéen (à majorité trotskiste-pabliste) de Cholet en mai 1968 (cf. notamment Valeurs actuelles, 23 mai 1997, et Le Figaro, 19 octobre 1988). Comme le dira ce « chouan laïc » : « À Cholet, c’était une vraie révolution. »

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Photo en Une : Jean-Marc Ayrault le 19 décembre 2011. Crédit : Parti Socialiste / Solfé communication (cc) via Flickr