De Nantes à Matignon

De Nantes à Matignon

10/05/2012 – 15h00
NANTES (NOVOpress Breizh) – L’heure est à la distribution des places. Jean-Marc Ayrault (à gauche sur la photo), 62 ans, semble le mieux placé pour devenir Premier ministre – au grand désespoir de Martine Aubry qui s’y voyait.

Plusieurs éléments plaident en effet en faveur du maire de Nantes. D’abord ce dernier est un fidèle d’entre les fidèles de Hollande. Ensuite il dispose d’une solide carte de visite, député depuis 1986, maire de Nantes depuis 1989 (il avait succédé à Michel Chauty, RPR), président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale depuis 1997. Autant dire que nul mieux que lui ne connait le Palais-Bourbon – avec ses petits arrangements entre amis.

Puisque François Hollande a l’intention de lancer l’acte III de la décentralisation, un chef de gouvernement capable de « parler » aussi bien aux élus de la majorité (PCF, PS, EELV, MRG, MRC…) qu’à ceux de l’opposition est précieux. Nul doute aussi que les relations avec l’Allemagne demeureront la pierre angulaire de la politique européenne de la France, c’est pourquoi le professeur d’allemand qu’est Jean-Marc Ayrault fera figure d’homme de la situation. Enfin son profil d’homme de consensus ne peut que plaire au nouveau Président de la République.« Ce serait un Premier ministre de conciliation, compatible avec beaucoup de monde », estime l’un de ses proches.

A partir du moment où François Hollande a expliqué sur France 2 qu’il choisirait quelqu’un qui le connaissait bien – « C’est bien de s’entendre. C’est mieux » – tout désigne Jean-Marc Ayrault.

Evidemment, il y a les relations avec les écologistes qui sont exécrables. Avec François Fillon, Jean-Marc Ayrault est en effet le grand cerveau du projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes voulu par des milieux d’affaires à la recherche de relais de croissance… et de profit (béton immobilier) ; si bien qu’à gauche certains voient en lui d’abord un « socialiste d’affaires ».

Son hostilité à la réunification de la Bretagne est connue – là encore il colle aux désidératas des milieux d’affaires. Attitude logique, au fond, chez tout maire de Nantes soucieux de défendre les intérêts de sa ville. En effet, qui dit réunification, dit Rennes capitale, ce qui entraînerait la perte de son statut de capitale régionale pour Nantes. Toutes les directions administratives d’Etat seraient regroupées à Rennes, tous les organismes liés à la Région déménageraient également, même mouvement vers Rennes des directions régionales des grandes entreprises publiques et privées. Autant dire que la ville de Nantes aurait tout à perdre dans l’opération. Combien d’emplois – principalement administratifs (souvent CSP +) – disparaîtraient ? Mille, deux mille, trois mille… Aucun maire de Nantes, de gauche ou de droite ne peut accepter pareil sacrifice. Pour les milieux dirigeants nantais, la réunification signifie abaissement de leur ville, c’est pourquoi les leaders politiques et socio-économiques préfèrent le concept d’ « ouest », avec une « métropole » s’appelant Nantes.

Cela dit, la position de Jean-Marc Ayrault et de ses amis de l’oligarchie nantaise pourrait évoluer si la réunification de la Bretagne voyait Nantes devenir la capitale régionale. Il faut reconnaître que, question image, Nantes capitale de la Bretagne, c’est plus brillant que Nantes capitale du machin dénommé « Pays de la Loire ».

Ayrault à Matignon sera obligé d’abandonner ses mandats locaux (maire de Nantes et président de la communauté urbaine). Un baron hésite toujours à se défaire d’un fief qui lui a permis d’exister, puis de durer. L’astuce consistera sans doute à conserver un pied dans la maison : plus maire, mais conseiller municipal ; plus président, mais conseiller communautaire. Ainsi, si les choses en venaient à se gâter à Matignon, Jean-Marc Ayrault disposerait d’une position de repli. Avec la possibilité de récupérer ses deux anciennes casquettes : il suffirait de prier (?!) le (ou les) successeur(s) de bien vouloir céder la place.

L’homme ou la femme en question sera choisi en tenant compte du critère « soumission à la volonté du patron » momentanément « empêché » ; un intermédiaire à l’échine souple et à l’ambition limitée fera donc l’affaire. Patrick Rimbert, premier adjoint, pourrait très bien être l’homme idoine. Etre maire de Nantes, même avec le statut d’intérimaire, serait une belle fin pour ce socialiste qui n’entend pas poursuivre, à 68 ans, une carrière politique menée dans l’ombre du grand homme.

Crédit photo : Parti socialiste, via Flickr, licence CC