Débat télévisuel Sarkozy-Hollande : voyage au bout de l’ennui

Débat télévisuel Sarkozy-Hollande : voyage au bout de l’ennui

Passage obligé pour les deux finalistes, le débat télévisuel qui a opposé hier soir François Hollande à Nicolas Sarkozy n’aura pas apporté d’éclairage nouveau sur leurs projets respectifs ni sur leur personnalité. Derrière des désaccords – réels mais secondaires – les deux candidats se rejoignent en effet sur les fondamentaux de la doxa mondialiste, qu’ils se gardent bien de remettre en cause. D’où un débat sans surprise, attendu et au final passablement ennuyeux.

Après une passe d’arme où les deux prétendants se sont plaints mutuellement d’avoir été « injuriés » par leurs adversaires respectifs, le débat sur le fond a commencé par la question de l’emploi. Une question sérieuse, puisque la France compte aujourd’hui près de cinq millions de chômeurs et qu’en dix ans 500.000 emplois industriels ont été perdus. Pour résoudre cette question François Hollande propose d’instituer les « contrats de génération » visant à inciter les entreprises à embaucher des jeunes arrivant sur le marché du travail. Nicolas Sarkozy prône de son côté la réduction du coût du travail via la TVA dite « sociale ». Sans surprise, les causes profondes de l’explosion du chômage ne seront pas abordées, pas plus que les sujets qui fâchent – protectionnisme, délocalisations, influence des courants migratoires ou priorité de l’emploi aux autochtones. On est entre gens bien élevés.

Vint ensuite la question de l’Europe. Ratissant large, le président sortant n’hésitera pas à invoquer tout à la fois « l’Europe de Jean Monnet, de Jacques Delors et du général de Gaulle ». Il fallait oser. Le candidat socialiste – un « enfant de Delors » (Zemmour) – ne relèvera pas la contradiction. Nicolas Sarkozy brandira la menace de la faillite et le risque pour la France de prendre la chemin de l’Espagne ou de la Grèce si son concurrent venait à être élu.

Ce dernier estime que l’austérité n’est pas la seule solution pour sortir de la crise de l’euro et rappellera son projet de renégocier le nouveau traité européen, “pour plus de croissance“, tout en faisant observer que son adversaire n’a rien pu tirer de l’Allemagne dans la gestion de la crise. Lui est persuadé qu’il fera plier l’Allemagne. Voire…

Après plus d’une heure trente de débat consacré à l’économie, les deux candidats ont abordé la question de l’immigration. François Hollande – dans le rôle de l’hôpital qui se moque de la charité – a éprouvé un malin plaisir à rappeler au candidat de l’UMP son bilan en la matière : 200.000 entrées régulières pas an depuis dix ans alors que « c’était 150.000 sous le gouvernement de Lionel Jospin ». Un chiffre que contestera mollement Nicolas Sarkozy (« C’est 185.000 »), préférant attaquer son concurrent sur sa position ambigüe concernant les centres de rétention. Il est vrai qu’en matière de « vivre ensemble » de « diversité » et de « métissage », la pensée du candidat socialiste est parfaitement conforme à la bien-pensance véhiculée par l’idéologie mondialiste. Autiste sur ce sujet – qui concerne l’existence même des peuples d’Europe – François Hollande estime au fond de lui que l’immigration n’est pas une question politique majeure. Juste un sujet plutôt « nauséabond », mais dont il faut bien parler, score de Marine Le Pen oblige.

Toujours concernant l’immigration, les deux candidats ont ensuite abordé la question du droit de vote des étrangers. On sait que le président sortant a trouvé ce sujet comme moyen de clivage par rapport au candidat du PS. Selon lui il est « irresponsable de proposer un vote communautariste (…), alors que nous sommes face à des tensions communautaires et identitaires extraordinairement fortes ». Enfonçant le clou il ajoutera : « On a eu une montée des tensions communautaires extravagante, on a eu une radicalisation et une pression, disons les choses comme elles sont, d’un islam de France, alors que nous voulons un islam en France ». Ce à quoi François Hollande répondra : « Pourquoi vous laissez supposer que les étrangers non communautaires, non européens, sont des musulmans ? Pourquoi vous dites ça ? Qu’est-ce qui vous permet de dire que ceux qui ne sont pas européens sont musulmans ? ». Réponse de Nicolas Sarkozy : « Contester que le droit de vote aux immigrés, c’est un droit de vote qui ira d’abord à une communauté d’Afrique du Nord, ou à une communauté subsaharienne, c’est ne rien connaître aux flux migratoires(…) l’essentiel des personnes concernées ne seront pas les Norvégiens, ne seront pas les Canadiens, ou ne seront pas les Américains. » Effectivement.

Sur le nucléaire, Nicolas Sarkozy entend maintenir la politique menée par la France depuis Charles de Gaulle, tout en développant les énergies nouvelles. « Il nous faut le nucléaire et il nous faut le renouvelable, les deux ensemble, parce que nous n’avons pas de pétrole, parce que nous n’avons pas de gaz et parce que nous n’avons pas d’énergie phosphore» affirme-t-il, reprochant à son concurrent de vouloir détruire la filière nucléaire pour faire plaisir aux Verts. François Hollande réplique que sa « décision c’est de fermer la plus vieille centrale (Fessenheim) et de continuer la plus moderne (EPR). », tout en portant l’effort sur les énergies nouvelles. Mélenchon et les Verts apprécieront.

On demandera aux deux candidats quelle est leur conception du rôle du président de la République.«Je crois que le président de la République c’est quelqu’un qui assume ses responsabilités, qui doit être profondément engagé, qui n’a pas le droit de dire qu’il ne peut pas, qu’il ne veut pas, qu’il aurait voulu, mais qu’il n’a pas pu. Qui doit être en première ligne, qui doit conduire à un certain nombre de changements extraordinairement difficiles dans un monde lui-même extraordinairement complexe », affirmera Nicolas Sarkozy.

En réponse, François Hollande proclame qu’il sera « un président qui, d’abord, respecte les Français, qui les considère. Un président qui ne veut pas être président de tout, chef de tout et en définitive responsable de rien. » Il se veut « exemplaire », affirme qu’il engagera « de grands débats ‘citoyens’ ». « J’avais évoqué une présidence normale. Rien n’est normal quand on est président de la République, puisque les conditions sont exceptionnelles, le monde traverse une crise majeure, en tout cas l’Europe, il y a des conflits dans le monde, sur la planète, il y a l’enjeu de l’environnement, du réchauffement climatique. Bien sûr que le président doit être à la hauteur de ces sujets. Mais il doit aussi être proche du peuple, être capable de le comprendre. »

Riposte immédiate du candidat de l’UMP : « la fonction d’un président de la République ce n’est pas une fonction normale. Et la situation que nous connaissons, ce n’est pas une situation normale. Votre normalité, elle n’est pas à la hauteur des enjeux. »

Signe des temps, la discussion sur la politique étrangère de la France se limitera à l’Afghanistan – l’un veut quitter ce pays fin 2012 et l’autre fin 2013 – et aux otages français détenus au Sahel. «Ensemble avec le président Obama, et nos alliés, nous avons décidé qu’à la fin de 2013, le président Obama vient de le dire, il n’y aurait plus d’actions combattantes des forces alliées. » rappellera Nicolas Sarkozy qui ne semble envisager pour l’armée française que le rôle de supplétif des troupes US. De la position de la France en Europe et dans le monde, du choix des alliances, de la Chine et de la Russie, du Proche et du Moyen Orient, de la Défense nationale et de l’OTAN, il ne sera pas question. Il parait que la question n’intéresse pas les électeurs.

Pour conclure, François Hollande affirmera qu’il est le candidat du changement. « Changer, ça veut dire faire du redressement de notre pays la grande cause : redressement productif, redressement industriel, redressement économique, redressement moral. Je veux que nous puissions nous retrouver sur la seule valeur qui vaille : la jeunesse. »

En appelant aux électeurs de Marine Le Pen – « vous avez exprimé un choix, ce n’est pas le mien, je vous respecte, je vous considère. J’ai entendu votre demande de nation, de frontières, d’authenticité, d’autorité, de fermeté. » – et à ceux de François Bayrou – « La règle d’or, je la ferai adopter, s’il le faut par le référendum, car je considère qu’un pays qui ne rembourse pas sa dette, qui ne réduit pas ses déficits, qui ne diminue pas ses dépenses, ce n’est pas un pays libre. » – le président sortant assure que « c’est parce que j’ai la passion de la France et que je souhaite vous conduire dans ce monde difficile pour les 5 années qui viennent » qu’il est candidat.

Seule certitude, la « présidence du vide » (E. Todd) aura un titulaire le 6 mai. Et dès le lendemain, les choses sérieuses commenceront.