« Majorité silencieuse » « vote de peur » et « vote utile » : 44 ans d'histoire !

« Majorité silencieuse » « vote de peur » et « vote utile » : 44 ans d’histoire !

L’électeur a-t-il la mémoire tampon du poisson rouge ? Certains semblent le croire. En tout cas, pour l’élection présidentielle du 26 avril 2012, les vieilles recettes de la tactique électorale sont de retour : l’appel au « vote utile » et à la « majorité silencieuse » et l’ombre de la peur. Le bilan de 44 dernières années d’histoire politique pourrait pourtant conduire les électeurs à une certaine méfiance….

1968 : l’appel à la « majorité silencieuse » et sa trahison

Pour mettre fin à la « chienlit », Georges Pompidou obtient la dissolution de l’Assemblée nationale. Sur le fond d’un vote de peur, les élections de juin 1968 débouchent sur la chambre des députés la plus « réactionnaire » (au sens étymologique du terme) du XXe siècle. Son bilan est éloquent : loi Edgar Faure créant les conditions d’une destruction durable de l’université française ; loi Pleven contre le « racisme et l’antisémitisme » instituant le délit d’opinion et finançant les associations « antiracistes » ; ouverture des frontières à 200 000 travailleurs étrangers par an (une manière, il est vrai, de « tenir » les salaires et de rendre impossible de grandes grèves générales) ; abandon du privilège d’émission de la Banque de France.

1973 : « vote de peur » contre le « Programme commun » de la gauche et « libéralisme avancé »

En 1973, la « Droite » se mobilise avec succès contre le Programme commun. La majorité UDR/Républicains indépendants et centristes va activement légiférer : loi Mazeaud sur le code de la nationalité étendant le droit du sol et permettant à Merah et à ses consorts d’être aujourd’hui « français » ; réforme judiciaire ; réforme Haby créant le collège unique et mise en œuvre des pédagogies « nouvelles » ; loi Veil sur l’avortement ; explosion des prélèvements obligatoires.

1978 : nouveau succès d’une mobilisation contre la gauche et tentative de redressement

A l’issue d’une forte mobilisation de ses partisans, la majorité RPR/UDF sauve la mise. Le Premier ministre Raymond Barre tentera une politique raisonnable : résistances aux lobbys, recherche de l’équilibre budgétaire, maîtrise de l’immigration, début de politique sécuritaire (projet de loi Peyrefitte).

1986 : l’appel au « vote utile » débouche sur la majorité inutile

Malgré la proportionnelle et un Front National émergent, la coalition RPR/UDF gagne la majorité absolue : le « vote utile » a pleinement fonctionné, notamment durant la dernière semaine de la campagne. La plateforme RPR/UDF, sous influence du Club 89 et du Club de l’Horloge, était clairement « à droite » : réforme judiciaire d’inspiration répressive ; réforme du code de la nationalité fondée sur le droit de la filiation ; sélection à l’entrée de l’université ; limitation de l’immigration. Tout y était. Tout fut abandonné en décembre 1986 à la suite de la campagne de sidération médiatique qui a suivi la mort de Malik Oussékine. Il ne reste de cette période que quelques privatisations ayant fait la fortune d’un petit nombre….

1993 : Une chambre introuvable aux résultats non moins… introuvables

Dans une ambiance de fin de règne pour les socialistes, le RPR et ses alliés remportent une très large majorité. Mais là encore pour des résultats introuvables sauf quelques – toujours juteuses – privatisations (ni plus ni moins que celles qui suivront sous Jospin d’ailleurs !)

2007 : Une campagne présidentielle à droite toute …et puis quoi ?

La campagne de 2007 a fait naître d’immenses espoirs mais l’action n’a pas suivi le verbe. Elle a même parfois été en décalage complet. Il y a bien eu une rupture sarkozyste mais pas celle qu’attendaient ses électeurs : une rupture avec le modèle français mais pas une rupture avec le politiquement correct :
Le vrai bilan de Sarkozy : fausse rupture avec le politiquement correct, vraie rupture avec le modèle français (1re partie)

Éviter le pire pour garder le mal ?

Les ressorts du vote en faveur des gouvernants UMP sont toujours les mêmes : éviter le pire. Au risque d’avoir installé dans la durée une situation qui n’a cessé de se dégrader au regard de l’identité nationale, de la sécurité publique, de la qualité de l’instruction, de la liberté d’expression, sans même parler des comptes publics : les deux tiers de l’endettement français étant dus à des gouvernements dits de droite et non de gauche.

Andrea Massari

[box class=”info”] Source : Polémia. [/box]

Crédit photo : Ken Hammond, domaine public.