Guerre des gangs, guerre des oligarchies

Guerre des gangs, guerre des oligarchies

Malgré une hyper-règlementation européenne, les « territoires de droit mou » se multiplient. Pour Jean-François Gayraud et François Thual, le développement et l’organisation mondiale de la criminalité n’est pas seulement la « face noire » de la mondialisation, mais sa conséquence naturelle.

Jean-François Gayraud a une carrière atypique. Commissaire divisionnaire issue de l’Ecole de police, il est aussi ancien élève de Sciences-Po, docteur en droit et diplômé en criminologie. La criminologie, c’est son domaine. Mais il en a une conception toute nouvelle. Plus question de Sherlock Holmes en quête d’indices, attentif au petit tas de cendre qui peut révéler le coupable. Jean-François Gayraud estime que la criminalité, c’est dans le vaste champ du monde qu’on la trouve. Et si on ne la voit pas, c’est dans une sorte de déni permanent de l’évidence.

Guerre des gangs, guerre des oligarchiesLe crime son vrai théâtre : le monde entier Que ce soit le phénomène des banlieues en France, où les émeutes sont liées au trafic de la drogue, que ce soit l’issue de la guerre dans les Bal kans, avec l’émergence d’un Etat trafiquant – le Kosovo –, que ce soit aussi dans les domaines traditionnels de la mafia italienne, la Sicile ou la Campanie, que ce soit en Afrique, où les Etats sont corrompus par toutes sortes de trafic, il faut donner au crime son vrai thé âtre: le monde entier. Et son vrai mobile: la puissance par l’argent. C’est dans cette perspective que Jean- François Gayraud a uni ses efforts à ceux de François Thual, géopoliticien bien connu, pour mieux dessiner une scène du crime qui ne peut être qu’aux dimensions du monde. Audacieux et passionnant. Jean Paul II parlait des « structures de péché » dans notre monde. Gayraud envisage une « stratégie du crime » à l’échelle de la planète.

Dans cette toute récente Géostratégie du crime, il montre que ce qui est à l’œuvre, c’est une véritable mondialisation des activités illicites, infiltrant les Etats faibles et les achetant. L’actuelle balkanisation du monde représente une chance extraordinaire pour les trafics en tout genre. « C’est une nouvelle géopolitique qui émerge, non étatique » souligne François Thual. On a voulu mettre la guerre hors la loi. On l’a simplement remplacée par des guerres de gangs ou des guerres de clans, qui s’étendront toujours davantage au détriment de la paix civile. Un livre original sur les nouveaux enjeux planétaires.

A lire sans retard.

Joël Prieur

* Jean-François Gayraud et François Thual, Géostratégie du crime, éd. Odile Jacob 268 p. 27,90 euros.

[box class=”info”] Article de l’hebdomadaire “Minute” du 11 avril 2012 reproduit avec son aimable autorisation. En kiosque ou sur Internet.[/box]

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