Raymond Aubrac était un « agent soviétique » – Interview de Stéphane Courtois

[box class= »info »] Après le décès de Raymond Aubrac survenu mardi les hommages se sont multipliés pour cette figure en général considérée comme emblématique de la résistance à l’occupation allemande pendant la guerre de 39-45. Cependant quelques articles discordants sont venus rappeler une partie des zones d’ombre du personnage, comme cette interview de Stéphane Courtois publiée par Jean-Dominique Merchet sur le blog Secret Défense.[/box]

L’historien du communisme, Stéphane Courtois, décrit la face cachée du résistant, décédé aujourd’hui.

Directeur de recherches au CNRS, l’historien Stéphane Courtois est un spécialiste du communisme. Elève d’Annie Kriegel, il a été le maître d’œuvre du Livre noir du communisme. Ses derniers livres sont « le Bolchevisme à la française » (Fayard) et, sous sa direction, « Sortir du communisme, changer d’époque » (PUF). Historien engagé, mais grand connaisseur des archives, il nous décrit la face cachée d’un personnage aujourd’hui encensé.

Qui était vraiment Raymond Aubrac ?
Un agent soviétique, mais pas au sens où il aurait travaillé pour les services d’espionnage de l’Union soviétique. Il était plutôt un membre important du réseau communiste international, un sous-marin communiste si l’on veut ; en tout cas, beaucoup plus qu’un agent d’influence. Un homme comme lui avait évidemment un correspondant à Moscou.

En a-t-on des preuves ?
Nous n’avons pas de documents, comme par exemple dans le cas de l’ancien ministre radical Pierre Cot. Toutefois, l’ancien dissident tchèque Karol Bartosek avait découvert dans les archives du PC à Prague des documents qui montrent qu’Aubrac y était reçu par Klement Gottwald, le chef historique du PC tchécoslovaque, qui fut aussi un agent du Komintern.

Mais Aubrac a toujours expliqué qu’il n’avait jamais été membre du PCF ?
(Rire). C’est exact, formellement, mais tout cela est cousu de fil rouge. Il faisait partie de ce qu’on appelle les « hors-cadres », des gens de haut niveau dont le PCF n’avait pas besoin qu’ils prennent leur carte. Ils leur étaient plus utile à l’extérieur. Aubrac était un ingénieur, sorti de l’Ecole des Ponts et Chaussées, et le PCF ne voulait pas le mettre en avant. Ce qui ne l’empêchait pas de participer à des réunions de cellules comme « observateur ». Avant guerre, sa future épouse Lucie était elle-même communiste, proche d’André Marty – qui fut représentant du PCF au Komintern. […]

[box class= »info »] Source et suite sur le blog Secret Défense. [/box]

Photo : Raymond Aubrac en 2008. Crédit photo : Marie-Lan Nguyen via Wikipédia, licence CC.

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