Présidentielle : à Rennes Ségolène et François ont fait estrade commune

Présidentielle : à Rennes Ségolène et François ont fait estrade commune

06/04/2012 – 12h30
RENNES (NOVOpress Breizh) – Ségolène Royal était présente avant-hier soir à Rennes au meeting que tenait son ex-compagnon François Hollande. Une première depuis leur séparation. « C’est la manifestation de l’unité des socialistes », a tenu à préciser – sans rire – Pierre Moscovici, directeur de campagne du candidat du PS, en parlant de cet épisode breton digne de figurer dans la célèbre collection Arlequin. Arrêt sur une représentation (presque) parfaite de la politique-spectacle donnée mercredi soir dans la capitale bretonne par des membres éminents de l’oligarchie mondialiste.

C’était à quelques semaines du premier tour de la présidentielle de 2007. François était venu « soutenir » la candidate Ségolène à Limoges. Un soutien bien timide et plutôt du genre critique. « J’étais la cible non seulement des attaques de la droite, mais aussi de celles de mon propre camp. » Dans un entretien accordé à VSD, Ségolène Royal rappelle que, chaque fois qu’elle faisait une proposition, « deux ou trois responsables du PS prenaient la parole pour la critiquer. »

Le soir du 17 juin 2007, la rupture du couple sera officialisée. Par un communiqué laconique publié à 22 heures, qui tombera comme un couperet, Ségolène Royal annonçait : « J’ai demandé à François Hollande de quitter le domicile conjugal. » Depuis, entre les deux, les rapports sont restés plutôt distants, l’un et l’autre n’hésitant pas à se tacler au gré des évènements et des soubresauts du PS. Au choix, cela a donné : « François Hollande est un notable. Si on l’écoute c’est ‘dormez braves gens, on ne va pas changer grand-chose’ ». Ou mieux, en octobre 2011, à l’occasion des primaires socialistes : «est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu’il (François Hollande) aurait réalisée en trente ans de vie politique? Une seule? ».

Campagne 2012 oblige, tout cela est oublié. Ségolène milite aujourd’hui activement pour François. Pas gratuitement, on s’en doute. Madame Royal aimerait bien se retrouver, parait-il, au perchoir de l’Assemblée nationale. L’Hôtel de Lassay vaut bien un meeting.

Donc, avant-hier, la présidente de Poitou-Charentes avait pour mission, l’abstentionnisme semblant prospérer, d’appeler les électeurs à se rendre aux urnes le 22 avril prochain. « Aux urnes citoyens ! » a-t-elle lancé, affirmant le plus sérieusement du monde: « Il faut que ceux qui doutent, qui sont désespérés, qui sont déçus, se disent qu’ils auront la garantie d’être associés à la définition et la réalisation de la transformation de notre pays », avant de passer le relais au député de Corrèze : « Je suis l’ancienne candidate et donc je vais passer le flambeau à celui qui peut aujourd’hui l’emporter ».

Mise en scène parfaite, on a alors assisté à l’arrivée du nouveau candidat, qui a rejoint la candidate de 2007. Les photographes ont pu s’en donner – si l’on ose dire – à cœur joie. Leur mission accomplie, François s’empressera de diriger Ségolène vers la coulisse. Du people, ma non troppo. « C’est une belle réunion car Ségolène Royal est là, qui a mené une campagne courageuse et imaginative », dira-il. « Ségolène Royal est là comme symbole de l’unité qui avait manqué en 2007 mais qui est là maintenant, puissante, irréversible » ajoutera le favori des sondages. Des militantes essuient une larme.

Valérie ne quitte pas François d'une semelle...

Après la séquence people vint enfin la séquence politique. Après tout le public était venu aussi pour ça. Rien de bien nouveau. Le bilan de Sarkozy est catastrophique, rappellera Hollande. Mais ça tout le monde le sait. Par contre, si lui est élu, « celui qui n’a rien fait en trente ans » (S.R.) fera, entre autre, une réforme fiscale (« plus juste » bien sûr), renégociera le traité européen (ça risque d’être plus difficile), augmentera diverses allocations et réduira la rémunération des ministres (mesures « populistes » diront les mauvaises langues).

En politique étrangère, François Hollande annonce le retrait des troupes françaises d’Afghanistan, mais n’envisage pas une seconde que la France puisse quitter l’Otan. « Je réaffirmerai ma fermeté à l’égard de l’Iran, dont la course à l’arme atomique doit être arrêtée comme la prolifération nucléaire » précise-t-il également. Apparemment l’élève de Jacques Delors ne saurait envisager une grande politique étrangère fondée sur les seuls intérêts géopolitiques du pays. Hollande à l’Elysée, Hubert Védrine a peu de chance de retrouver le Quai d’Orsay.

Le favori des sondages n’oublie pas les mesures sociétales (pour la plus grande satisfaction des « communautés ») et les mesures politiques en faveur des étrangers (les ligues de vertu antiracistes seront comblées). Bien entendu, pas un mot sur les sujets qui fâchent : protectionnisme, insécurité, immigration, délinquance, terrorisme sont des questions exclues du champ politique socialiste, définitivement acquis à la doxa mondialiste.

Le candidat terminera son intervention par un vibrant « vive la Bretagne*, vive la République et vive la France! » avant que ne résonne la Marseillaise. Au premier rang Madame Royal et madame Trierweiler – qui ne lâche pas son François d’une semelle – se sont aimablement saluées. Même Laurent Fabius, hollandiste fraîchement converti (« Franchement, vous imaginez Hollande Président de la République? On rêve ! »), était là, sérieux comme un pape. Une bien belle réunion, on vous dit.

* On ignore quelle Bretagne a voulu saluer F. Hollande : celle de son ami Le Drian à cinq départements ou celle de son ami Ayrault à quatre départements ?

Crédit photos : Parti socialiste via Flickr Licence cc.