Frontières, immigration, identité, autorité, sécurité : à Nantes, Nicolas Sarkozy tient un discours très « droitier », mais à la crédibilité limitée

Frontières, immigration, identité, autorité, sécurité : à Nantes, Nicolas Sarkozy tient un discours très « droitier », mais à la crédibilité limitée

28/03/2012 – 18h30
NANTES (NOVOpress Breizh) –« L’Europe passoire, c’est fini pour l’immigration ». Nicolas Sarkozy aura tenu hier à Nantes un discours très « droitier » – manifestement tiré de la plume de son très habile conseiller Patrick Buisson. Lutte contre le terrorisme, maitrise des vagues migratoires, importance des frontières, restauration de l’autorité à l’école, identité (« J’ose le mot »), tels étaient les thèmes abordés par le candidat de l’UMP. Reste le bilan du Président, qui ne plaide guère en faveur de sa crédibilité.

Ils étaient venus, ils étaient tous là, pour soutenir « Nicolas » : outre les 7.000 personnes qui remplissaient les gradins du Zénith, on notait au premier rang la présence de l’ancienne Garde des Sceaux Rachida Dati – revenue soudainement en grâce, de Gérard Longuet, ministre de la Défense, de la locale de l’étape Roselyne Bachelot, ministre de la Cohésion Sociale et des Solidarités, de l’ancien ministre Jean-Louis Borloo – pour le côté « social » (?) du casting – de l’ex-ministre de l’intérieur Brice Hortefeux , sans oublier bien sûr Christine Boutin – pour son côté « valeurs judéo-chrétiennes », Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte-parole du candidat qui reconnait volontiers préférer voter Hollande que Marine Le Pen et Bernadette Chirac – la célèbre conseillère générale de Corrèze. Même François Goulard, député et Président du conseil général du Morbihan – villepiniste convaincu et jusqu’à présent opposant notoire à N. Sarkozy – avait fait le déplacement. C’est tout dire.

Jean -François Copé assura l’ouverture de la réunion par un appel vibrant à la mobilisation dans ce « grand Ouest français » – la Bretagne n’était manifestement pas au programme de cette réunion nantaise, n’en déplaise à « Bretagne réunie » qui tractait à la porte – « cette terre de conquête », jusqu’à la victoire non seulement à la présidentielle mais aussi aux législatives et aux futures élections locales.

Après avoir salué les personnalités présentes, N. Sarkozy a commencé son intervention de moins d’une heure en dénonçant l’action des permanents CGT qui ont bloqué la diffusion de Ouest -France car il contenait son interview : « Faut-il que vous ayez peur pour nous empêcher de parler ! ». Succès assuré auprès du public.

Après avoir évoqué les drames de Montauban et de Toulouse, il affirma « qu’on ne peut continuer à faire campagne comme si rien ne s’était passé… ». Pour lui, il est maintenant plus nécessaire que jamais de dire la vérité : « le vrai risque est de ne pas parler des sujets qui fâchent ». Une gageure pour Nicolas Sarkozy dont ce sera le fil conducteur de son intervention. A de nombreuses reprises, il affirmera, tel un leitmotiv, « oui, j’ose le dire » n’oubliant pas de dénonçer au passage la “méprisance” (sic) des “cercles dirigeants”.

« Comment intégrer, comment assimiler, si une vague migratoire incontrôlée vient indéfiniment réduire à néant les efforts de la République ? Comment notre société pourrait elle retrouver ses repères, ses marques, s’il y a encore d’autres personnes à intégrer, alors que ceux qui sont là, nous ne parvenons pas à les intégrer?» s’interroge le Président candidat qui semble avoir lu Le camp des saints, le célèbre roman de Jean Raspail. La main sur le cœur il assure, en direction des électeurs du FN, « je veux simplement parler au peuple de France, à la France qui souffre, quel qu’ait été son vote par le passé. »

Pour conserver notre souveraineté, le candidat de l’UMP rappelle « qu’il y a un besoin renouvelé de frontières… non pas comme une ligne Maginot ….mais comme une protection ». Cela est nécessaire pour réguler l’immigration car « la France a le droit de choisir qui elle veut accueillir. » Pour cela, il faudra, selon lui, revoir les accords de Schengen car « l’Europe doit protéger ses frontières » et, sinon, en suspendre l’application. De même, la France doit défendre ses entreprises et ses emplois « puisqu’ailleurs dans le monde, on ne respecte aucune des règles qu’on nous impose ». Ainsi, pour les marchés publics, Nicolas Sarkozy promet de mettre en place l’équivalent des règles américaines pour les réserver aux entreprises françaises ou européennes.

Reprenant quasiment mot pour mot les propos tenus par Marine Le Pen dimanche à Bouguenais, le Président de la République affirme qu’il veut redonner à l’Etat les moyens d’agir et, en priorité, restaurer l’autorité et en finir avec le laxisme « car il ne fait pas reculer la délinquance ». Cela est également, selon lui, indispensable à l’école, où doit être restaurée « l’autorité du maître ou l’autorité du savoir ». Cela l’est également pour empêcher le développement des communautarismes. L’Etat doit aussi s’attaquer aux fraudeurs sociaux ou fiscaux. N. Sarkozy promet qu’un lien sera rétabli entre la nationalité et le paiement des impôts pour lutter contre l’évasion fiscale, tout en se gardant d’évoquer la question, de plus en plus d’actualité, de la double nationalité.

La réussite de cette démarche passe selon lui par le retour de la morale républicaine : « il faut tenir bon sur les droits mais aussi les devoirs » car « il ne peut y avoir de socialisation sans sanction ». Mais cette morale repose sur notre identité : « Nous ne voulons pas changer les valeurs qui sont les nôtres ». C’est ainsi que fonctionnera « le creuset républicain, fabrique de l’assimilation » autour d’une culture commune, d’une histoire commune, d’un destin commun.

Aussi, affirme l’orateur, tout nouvel immigré devra connaître la langue française et les lois principales notamment sur les droits de la femme qui devront être respectés. Pour tous les Français, N. Sarkozy veut promouvoir « une école d’exigence, qui enseignera la politesse, le respect, le sens de l’effort », et – vaste programme – rétablira une égalité des chances, il est vrai bien mal en point aujourd’hui, l’oligarchie en place réservant à ses enfants les meilleures filières, quitte à en concéder quelques strapontins à la seule « diversité ».

Rappelant enfin qu’au cours des cinq dernières années, il a dû affronter des « crises inouïes sans reculer malgré les pressions », le candidat de l’UMP termine son discours en affirmant : « notre bilan est mieux que ce qu’ils en disent », mettant ainsi le doigt sur ce qui constitue son vrai problème. Les résultats du bilan présidentiel sont en effet, pour beaucoup, bien loin des espoirs soulevés par les promesses faites en 2007.

Renouveler cette année l’opération qui avait si bien marché il y a cinq ans, tel est le pari que tente aujourd’hui le Président de la République. Un pari risqué, mais compte tenu du contexte politique, obligé. Reste à savoir ce qu’en penseront les électeurs, dont la naïveté n’est pas – quoi qu’il en pense – sans limites. Réponse, au plus tard, le 6 mai.

Crédit photos : UMP, via Flickr, licence cc.