[Tribune libre] Il est méchant Monsieur Guéant... Il est tout mou Monsieur Bayrou...

[Tribune libre] Il est méchant Monsieur Guéant… Il est tout mou Monsieur Bayrou… Par Guy Rolland

[box] Titre adapté librement du Dîner de cons. [/box]

(…) Monsieur Guéant (photo) est remarquable. Personne ne peut dire s’il fait semblant ou pas. C’est un type qui a l’air d’être terriblement sérieux. Il a une tête de proviseur ou de surgé. Je ne sais jamais s’il va se mettre à rire ou à éclater en sanglots. Je suis peut-être sévère, il est veuf depuis 2008. Comment a-t-il pu arriver dans la politique, c’est un mystère. Il n’a jamais été jeune, il ne sera jamais vieux. Ce type a du naitre flic. Ou bien était-il déjà très vieux au moment de naitre. Il ne saura jamais le parfum d’un Saint-Emilion quand les Gendarmes font souffler ni la légèreté d’une salsa dans les bras d’une brésilienne à gorge profonde. Monsieur Guéant ne se met jamais en colère, il ne se met jamais en quatre et on ne peut pas l’imaginer sur son trente et un, bien qu’il vienne de passer deux journées agitées à Toulouse.

Au milieu de la folle écurie d’arrivistes dont les dents raient le pré et égaré parmi leurs fragrances d’assiette au beurre rance qu’ils portent en propre – mais pas sur eux – Monsieur le Ministre de l’Intérieur détone singulièrement. On ne peut imaginer qu’il ignore la ligne à haute tension de la loi Gayssot. Mais il se permet des provocations verbales d’une innocence telle qu’il est impossible de ne pas lui suspecter la rouerie des gros sabots de je ne sais quel fond de terroir normand ou auvergnat. Il continue de crayonner un bout de papier pendant que le concert des schbebs effarouchées grimpent aux boiseries de l’hémicycle en poussant leurs cris d’orfraie habituels.

Enfonçant une porte ouverte sur la hiérarchie des civilisations, il a provoqué l’indignation éternelle – d’une journée – d’un Guadeloupéen député, qui ne s’est pas rendu compte qu’il validait simultanément l’assertion ministérielle en invoquant rien de moins que les mânes des … camps de concentration.

Monsieur le Ministre venait benoitement de déclarer, dans un colloque de l’UNI, que les civilisations qui défendent l’humanité sont sans doute supérieures à celles qui la nient. Qui se sent morveux se mouche et Serge Letchimy a consommé, en un instant, des rouleaux de Sopalin et des rames de mouchoirs jetables devant un Guéant immuable et presqu’un peu souriant. Le pays bas qui suit Hollande a riposté à l’émeute par une autre émeute pendant que les téléspectateurs s’endormaient, las.

Dans le quinquennat qui vient et parce que Monsieur Hollande réquisitionne sans vergogne les hordes de la gauche semoule et caviar, c’est l’homme de confiance de Sarkozy qui sera chargé d’expliquer que l’imputation à crime des thèses qu’une prétendue extrême-droite a empruntées à Ferry, Blum, Mollet et Marchais et que droite et gauche s’approprient régulièrement dans le lustre qui suit, (5 ans) ne sauraient empêcher une alliance électorale enfin libérée de l’interdiction pestiférée de la part des héritiers directs de Pol Pot, d’Ho Chi Minh, de Castro, d’Hodja et autres Staline et Mao – spontex ou pas – mais aux cent millions de morts !

Bayrou sonnera alors le grand air de la déroute. Il rangera à jamais son numéro d’équilibriste entre Casher et Hallal, entre chien et loup, entre marteau et enclume, entre poire et fromage, entre Sambre et Meuse, entre Goncourt et Goncourt, entre la vie et la mort, entre fromages ou dessert, entre Charybde et Scylla, entre cinq et sept, entrepôt et manque de bol.

L’horizon retrouvera ses contours naturels, débarrassé enfin du morbac du pubis centriste qui m’avait un peu emporté le morcif quand il corrigea, un Lundi soir sur BFM en direct, la faute que je lui avais signalée par mèl le Vendredi d’avant. En centriste fatal, Bayrou avait attribué à Hugo ce qui était à Rostand, un soir de colloque télé. Enfer et Damnation ! Et la présentatrice n’y avait vu que du feu. J’avais cru pouvoir voter au titre des affinités électives littéraires. Après tout j’adore Aragon comme poète. Mélanchon qui refusille Brasillach tous les soirs n’y comprendra jamais rien. Avec des revenus de fouteboleurs de troisième division un député peut-il aimer la poésie ?

L’humaniste Bayrou l’a joué très “esprit de Munich” sur la question essentielle du Hallal. Gandhi dit qu’on juge une société à la manière qu’elle a de traiter ses animaux. Le carnage Hallal me dégoute au point que je me suis retranché dans mon Alamo de poissons panés only et barricadé jusqu’à nouvel ordre derrière mes provisions de fruits et légumes au Jurançon. Je peux attendre les Chinois et Mahomet.

Guy Rolland

Crédit photo : Πρωθυπουργός της Ελλάδας via Flickr, licence CC.