L’écrivain Roger Vercel (1894-1957) dans le collimateur de la nouvelle Inquisition

L’écrivain Roger Vercel (1894-1957) dans le collimateur de la nouvelle Inquisition

29/02/2012 – 18h50
DINAN (NOVOpress Breizh) – La nouvelle Inquisition chargée de faire appliquer le politiquement correct, en tout lieu et à toute occasion, vient encore de se manifester en Bretagne. A Dinan cette fois, où une association demande que soit débaptisé le collège qui porte le nom de l’écrivain Roger Vercel (1894-1957), qui se serait rendu coupable d’écrits antisémites.

Après Alexis Carrel à Sainte Luce (44), Polig Monjarret à Plescop (56), c’est au tour de l’écrivain Roger Vercel (photo) d’être dans le collimateur des ligues de vertu bien-pensantes. Selon une dépêche de l’AFP, la FNDIRP (Fédération nationale des déportés, internés résistants et patriotes), une association proche du Parti communiste, a officiellement demandé courant janvier que soient débaptisés les collèges de Dinan et du Mans qui portent le nom l’auteur de Capitaine Conan. Ce roman, dont Bertrand Tavernier tira un superbe film salué unanimement par la critique, reçut le prix Goncourt en 1934. La FNDIRP a saisi les présidents des Côtes-d’Armor et de la Sarthe, les maires de Dinan et du Mans, les inspections d’académie et les directions des collèges concernés.

A l’appui de sa requête l’association communiste met en avant un article que l’écrivain aurait écrit dans le journal Ouest-Eclair en octobre 1940 pour demander une élimination de «l’emprise juive» dans la littérature. « Il est scandaleux que des établissements de l’Education nationale portent le nom de ce type car enfin l’antisémitisme est un délit en France », a déclaré à France Bleu le représentant de la FNDIRP dans la Sarthe. Une position nouvelle de la part de la mouvance communiste, quand on sait que le quotidien l’Humanité avait publié le 19 septembre 1996 un article élogieux de Simone Vercel, la fille de l’écrivain, intitulé «Roger Vercel, mon père ».

Dans la vieille cité des Côtes-d’Armor cette annonce a créé la surprise. «Je tombe des nues. À aucun moment cela n’a été évoqué au cours de nombreux hommages à cet écrivain local, qui a toujours suscité de l’admiration» fait observer au Télégramme le maire René Benoît. Même avis du bibliothécaire de la Ville, Loïc-René Vilbert, qui affirme dans le quotidien : «Pour avoir connu nombre de ses anciens proches, de toutes opinions, jamais je n’ai entendu la moindre chose sur ce point. Toute l’œuvre de Vercel est pénétrée d’humanisme, et l’homme a été décoré de la Légion d’honneur. Je pense qu’un collège d’historiens compétents doit se pencher sur la question».

Interrogé sur cette affaire, un historien fait part de son étonnement. « Si tous les établissements d’enseignements portant les noms de personnages soupçonnés d’antisémitisme doivent être débaptisés, alors il faut débaptiser d’urgence le célèbre lycée Saint-Louis à Paris, ce roi ayant banni les juifs de France en 1254, avant de les autoriser à revenir moyennant un versement d’argent au trésor royal, pour finalement leur imposer le port de signes vestimentaires distinctifs. Et je ne parle pas de Voltaire, dont les écrits peu élogieux sur les juifs abondent. »

Evoquant le cas de Roger Vercel sur les ondes de France Bleu Armorique lundi dernier, le président PS du Conseil général des Côtes-d’Armor a précisé qu’il allait demander aux archives départementales d’enquêter sur la véracité de ces allégations. « Après on verra si c’est caractérisé, eh bien il y a des procédures pour débaptiser les collèges, (…) si les choses devaient être avérées il faudrait assumer ses responsabilités avec courage et détermination », a conclu Claudie Lebreton. Au moins pour la détermination, on peut lui faire confiance.

Crédit photo : Agence Meurisse, Bibliothèque nationale de France. Domaine public.